Accueil CultureCinéma Attention, mère forte !

Attention, mère forte !

par Valérie Ganne

Suliane Brahim (à droite) et Sofian Khammes, nouveaux agriculteurs

Portrait d’une agricultrice qui se saigne littéralement au travail, La Nuée dépasse le genre fantastique pour alerter sur la fin de notre monde.

La Nuée est un film fantastique dans tous les sens du terme. Il peut se savourer comme une plongée dans une nuée de sauterelles, un suspens fiévreux autour du destin d’une agricultrice lancée dans l’élevage intensif. On peut aussi simplement se régaler du talent de mise en scène du jeune réalisateur, Just Philippot dont c’est le premier long métrage. Mais La Nuée est aussi un  portrait de mère courage… L’héroïne, veuve, se saigne pour nourrir ses enfants et tenir jusqu’au bout des rendements inhumains, flirte avec la folie pour sauver sa petite exploitation. Ce qui nous mène tout naturellement à lire dans ce film une dénonciation sociale de notre monde capitaliste affamant la planète, jouant aux apprentis sorciers et nous poussant, comme cette jeune agricultrice, tous droit dans le mur.

C’est grâce à cette richesse de sens, fond et forme intimement liés, alternant fantastique et social que La Nuée est réussie. Pour son premier grand rôle au cinéma, Suliane Brahim, de la Comédie-Française (remarquée également à la télévision dans la série Zone blanche), crée un personnage de mère forte, fiévreuse, une guerrière de moins en moins bavarde et de plus en plus musclée. Tous les comédiens sont d’ailleurs excellents, notamment les enfants. Loin d’être réduits à des caricatures, ils sont partie prenante de l’histoire. L’adolescente (Marie Narbonne), qui tente de sauver sa mère, est une vraie révélation. Comme beaucoup de nouveaux cinéastes français de ces dix dernières années, Just Philippot a choisi le film de genre pour s’exprimer. Et il a su, comme dans ses courts métrages, y ajouter une dimension humaine forte. Ce qui fait de La Nuée un film dont on se souviendra.

La Nuée de Just Philippot avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne et Raphaël Romand. D’après un scénario de Jérôme Genevray et Franck Victor. Produit par Capricci et Jokers. En salles le 16 juin 2021. Interdit aux moins de 12 ans.

Bande annonce

La Nuée devait sortir en salles en novembre dernier, mais a dû attendre leur réouverture plus de sept mois. Entretemps la plateforme américaine Netflix l’a repéré et acheté pour les télévisions du monde entier, tout en lui laissant une fenêtre pour sa sortie dans les salles de cinéma de France et d’Espagne. Just Philippot évoque dans ses inspirations aussi bien Alien et Petit paysan d’Hubert Charuel que Take shelter de Jeff Nichols.

« Il y a cette femme au centre qui ne cesse de se donner, de se sacrifier le plus normalement du monde. Ça commence comme un thriller agricole, puis une fois la limite franchie, on atteint un point de non-retour et on tombe dans le film catastrophe. » raconte le réalisateur.

Son court métrage Acide évoquait les difficultés de protéger les siens dans un monde qui s’effondre (les pluies acides), quand son précédent, Ses Souffles, évoquait une petite fille qui vit avec sa mère dans une voiture. Cette fois encore, c’est une mère qui est au centre du film.

« Je souhaitais construire un film autour d’un personnage féminin fort et humain malgré son abnégation et sa folie qui la poussent au sacrifice. Mais, c’est aussi un film sur des enfants qui vont devenir adultes beaucoup plus vite. La Nuée, c’est le passage de l’enfance à l’âge adulte en l’espace d’une histoire, dans un temps trop court. Les parents ont beau essayer de préserver leurs enfants de la catastrophe, de préserver leur enfance, les enfants d’aujourd’hui vont devoir être adultes plus vite et trouver des solutions. »

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com