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Autochtones au Canada : « un système colonialiste et paternaliste »

par auteur
Lariviere

Photo © Thien V sur Flickr. Widia Larivière (avec le mégaphone) lors de la manifestation à Montréal le 11 janvier 2013.

Entretien avec Widia Larivière, l’une des meneuses au Québec du mouvement ‘Idle No More’, mobilisé depuis l’automne 2012 pour les droits des autochtones.


 

Elles ont choisi la plume rouge comme emblème, clin d’œil au carré rouge des étudiants lors du « printemps érable » québécois. Elles s’appellent Widia Larivière et Mélissa Mollen-Dupuis, l’une d’origine Algonquine et salariée de l’association Femmes autochtones du Québec, l’autre d’origine Innue et assistante de diffusion pour un studio ambulant de création audiovisuelle dans les communautés autochtones.

Les deux jeunes femmes âgées de 28 et 24 ans, sont les co-fondatrices de la section québécoise d’Idle No More (en français « Plus jamais passif »), un mouvement de protestation né au Canada à l’automne 2012. Ce mouvement conteste des changements législatifs en matière d’environnement notamment, impactant les territoires des Premières Nations canadiennes (Lire : Les Indiens du Canada sortent de leur réserve).

Pour Widia Larivière, il est d’abord l’expression d’un besoin de reconnaissance. Entretien.

Derrière la contestation des « lois mammouths » du gouvernement Harper, le mouvement Idle No More pointe un problème bien plus profond entre l’Etat et les peuples autochtones ?

Widia Larivière : Le plus important pour nous est d’obtenir un dialogue de nation à nation. Nous n’avons finalement jamais été consultés ! Les peuples autochtones en ont vraiment ras-le-bol de cette situation. Aujourd’hui, nous sommes encore dans un système colonialiste et paternaliste. Les peuples autochtones veulent pouvoir prendre les décisions qui les concernent. C’est encore le gouvernement fédéral qui choisit en matière d’enseignement, de dépenses… La Loi sur les Indiens met nos peuples sous la tutelle du gouvernement.

Les autochtones habitent dans ce qu’on appelle des « réserves », c’est-à-dire des territoires qui appartiennent et sont contrôlés par le gouvernement. Nous n’aimons pas ce terme et lui préférons celui de « communauté ».

Idle No More a été lancé au Canada par quatre femmes, de votre côté à Montréal vous êtes avec Mélissa Mullen-Dupuis deux femmes à avoir fondé la section québécoise. Cette implication des femmes dans la contestation est-elle nouvelle ?

W. L. : Les femmes ont toujours été des leadeuses dans les communautés autochtones, traditionnellement elles y ont une place importante. Elles sont particulièrement impliquées dans le bien-être des communautés. C’est déjà par elles que les luttes sont passées. Il y a par exemple eu la marche des femmes innues en 2012. Elles ont parcouru plus de 1000 kilomètres à pieds pour faire entendre leurs voix.

Mais dans le système imposé par le gouvernement, c’est beaucoup les hommes qui ont le pouvoir. Les conseils de bande ont été importés mais n’appartiennent pas à notre tradition. Le pouvoir des dirigeants est très limité par rapport à une municipalité normale.

Comment votre combat est-il vu par le reste de la population ?

W. L. : Les non autochtones sont sensibles aux enjeux démocratiques, environnementaux et humains. C’est pour ça qu’on reçoit tant d’appuis. Le 10 janvier 2013, la manifestation à Montréal a réuni le plus grand nombre de participants après celle d’Ottawa. Au Québec, les électeurs ne votent pas beaucoup pour le parti conservateur. Le « printemps érable » a été un éveil collectif du peuple québécois, déjà sensible aux questions de justice sociale. On a déjà de l’entrainement !

Mais il existe un certain désaccord avec le mouvement. Certaines personnes ont l’impression que nous demandons des privilèges. Nous, nous demandons d’être considérés comme égaux.

Le 10 janvier également, le Premier ministre canadien Stephen Harper a rencontré une délégation de chefs des Premières Nations (voir encadré ci-dessous). Qu’en pensez-vous ?

W. L. : Nous, la base, on regarde ça comme quelque chose à laquelle on ne peut pas participer. Une chose est sûre, les problèmes n’allaient pas être réglés en une seule rencontre ! Stephen Harper a lui-même décidé de l’ordre du jour, portant sur les questions économiques principalement. Il n’a pas voulu parler des lois que nous contestons.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

W. L. : Nous prévoyons une nouvelle action à Montréal en même temps que dans le reste du Canada pour le 28 janvier, jour où les députés reviennent travailler à la Chambre des communes. 

 

Une réponse politique insuffisante pour les autochtones

Le mouvement continue à s’amplifier malgré la réunion de travail entre une délégation de chefs des Premières Nations et le Premier ministre canadien Stephen Harper qui s’est déroulée le 10 janvier 2013.

Cette rencontre a laissé des résultats mitigés, rapporte Le Devoir, l’un des quotidiens francophone de Montréal. Boycottée par plusieurs leaders régionaux et Theresa Spence, la réunion s’est déroulée sans le gouverneur général du Canada, représentant de la reine Elisabeth II dans le pays. Sa présence avait été réclamée par la chef, au motif que la Couronne britannique a signé les traités avec les peuples autochtones. Theresa Spence maintient la pression en poursuivant sa grève de la faim entamée le 11 décembre 2012.

Sur un seul point, les chefs des Premières Nations ont obtenu satisfaction : les dossiers concernant les autochtones seront sous la supervision directe du bureau du Premier ministre. Ce dernier a également annoncé que les discussions se poursuivront sur les relations découlant des traités historiques entre les autochtones et l’Etat canadien. Un premier pas vers plus de reconnaissance alors que les autochtones vivent encore dans un régime de tutelle du gouvernement fédéral.

Quid des lois contestées par le mouvement ? Il n’en a pas été question. L’explication : le Premier ministre ne veut pas donner l’impression d’avoir accepté cette rencontre sous la pression de la rue. Officiellement, il s’agit d’une réunion déjà prévue, avancée à la demande des chefs des Premières Nations.

Lors de la nouvelle journée d’action nationale du 16 janvier 2013 au Canada, les partisans d’Idle No More ont ralenti la circulation des routes, bloqué des ponts et des voies ferrées. En France, un site de soutien au mouvement a été créé dans l’Isère ; et une page Facebook non officielle a vu le jour. Les soutiens français prévoient de se réunir le 16 février 2013 sur le parvis des droits de l’Homme, au Trocadéro à Paris.

 

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