Accueil Culture Les autrices de théâtre oubliées de l’Ancien Régime

Les autrices de théâtre oubliées de l’Ancien Régime

par Arnaud Bihel

Aurore Evain a travaillé sur les autrices de théâtre de l’Ancien Régime, que l’Histoire officielle a peu à peu oubliées (lire son interview). Voici les principales.


 

La première femme dramaturge connue à ce jour en France n’est autre qu’une grande reine de la Renaissance, Marguerite de Navarre, qui a écrit des pièces subversives et satiriques, sans épargner l’Eglise, pourtant toute-puissante en ces temps d’Inquisition. Quant aux premières autrices du théâtre professionnel, elles font leur apparition dès le XVIIe siècle, dans les années 1650-1660 : ce sont Françoise Pascal, qui a fait jouer ses pièces par des troupes professionnelles à Lyon, et Mme de Villedieu, dont la tragi-comédie du Favori a été représentée à Paris par Molière, et même à Versailles devant Louis XIV.

Quelques années plus tard, Catherine Bernard a également marqué une étape importante, puisqu’elle a été la première femme à être jouée à la Comédie-Française (en 1689, après la fusion des différentes troupes parisiennes), avec sa tragédie Laodamie : la pièce met en scène une reine dont le peuple conteste la légitimité à gouverner seule et réclame qu’elle se marie pour avoir un roi.

Marie-Anne Barbier a été la première à vouloir mener une carrière professionnelle comme autrice de théâtre – celles qui l’ont précédée ont utilisé le théâtre pour se faire connaître, et se sont ensuite tournées vers le roman, plus rentable économiquement et moins scandaleux pour leur réputation. C’est la première à avoir, comme Corneille, publié son théâtre complet. Elle a été traduite en plusieurs langues et a connu une renommée internationale.

Dans les années 1720, il y eut également la comédienne italienne Elena Virginia Riccoboni, une femme extrêmement lettrée, aux multiples activités, qui donna Le Naufrage, une comédie inspirée du Latin Plaute : elle et son mari, Luigi Riccoboni, furent appelés par le roi pour diriger la troupe du Nouveau Théâtre Italien. Malheureusement l’histoire n’a retenu que Luigi Ricconibi, en tant qu’auteur et théoricien du théâtre, reléguant Elena dans la classe des comédiennes, muses et autres femmes d’acteur.

La période qui a suivi a été marquée par l’essentialisation des genres littéraires : les femmes peuvent écrire du théâtre, mais sous conditions, et dans la logique de la complémentarité des sexes. Finie donc la tragédie… Elles se spécialisent désormais dans le théâtre d’éducation et le théâtre de société, qui relèvent de la sphère privée, et pour celles qui s’aventurent du côté de la scène professionnelle, dans les comédies larmoyantes, morales, et sensibles… Sortir de ces frontières de genre revenait à trahir son sexe. Cela n’empêcha pas Mme Dubocage de faire scandale en 1749 en portant sur la scène de la Comédie-Française une tragédie intitulée Les Amazones, qui lui valut des attaques d’une rare misogynie.

A la fin du XVIIIe siècle, dans la France pré-révolutionnaire, des femmes de la noblesse comme Mme de Montesson ou Fanny de Beauharnais tentent encore de faire jouer leurs pièces à la Comédie-Française, mais elles subissent de violentes cabales. Tout comme Olympe de Gouges ; avec cette dernière on revient à un théâtre politique et subversif : elle écrivait sur l’esclavage, le divorce, mais finit guillotinée pour ses prises de position. D’une reine engagée – Marguerite de Navarre – à une femme révolutionnaire, la boucle est ainsi bouclée pour l’histoire des autrices de théâtre de l’Ancien Régime.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

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Femmes de théâtre : « l’histoire d’une disparition »

 

Pour aller plus loin :

le site Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, tenu par Aurore Evain, section « Autrices »

 

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