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Aveu de faiblesse

par vincimoz

ABUS-DE-FAIBLESSE-5--Flach-Film-Production-256Un duo pervers balance entre haine et amour non consommé dans le dernier film de Catherine Breillat : Isabelle Huppert toute cassée fait face au solide Kool Shen qui la protège pour mieux l’escroquer. La critique ciné du mardi de Valérie Ganne


C’est parti pour une semaine de tous les dangers dans les salles de cinéma avec plus de 20 nouveaux films à l’affiche, dont deux mastodontes formatés : Les Trois frères le retour, comédie du trio des Inconnus et La Belle et la bête, conte revisité façon Disney à la française. Les vacances de février approchant, les dessins animés se pressent vers la sortie : Mr Peabody, Tante Hilda, Le secret de la pierre de lune, viennent côtoyer Minuscules. Rayon adultes, le bouche à oreille présente For Those in peril, premier film de Paul Wright, comme une œuvre originale et inclassable, un jeune réalisateur à suivre. Mais je ne l’ai pas vu, pas plus qu’Ida présenté comme un « éblouissement » dans la catégorie du drame intimiste en noir et blanc…

Cette semaine, parlons donc de Catherine Breillat. Ecrivaine et réalisatrice, cette femme puissante a toujours aimé creuser les thèmes de la manipulation psychologique et des rapports de pouvoir, dans une fratrie (A ma soeur) ou au sein d’un couple (Parfait amour, Romance). C’est encore une histoire de domination qui irrigue Abus de faiblesse, film né de sa propre histoire récente : après une hémorragie cérébrale qui la laissa à moitié paralysée, elle relança un projet de film, Bad Love, affrontement amoureux entre une star et un jeune inconnu. Elle tenait à en donner le premier rôle masculin à Christophe Rocancourt. Comme tout le monde, elle sait qu’il est un artiste du mensonge sorti de prison après avoir arnaqué une partie de la jet-set parisienne et du milieu du cinéma hollywoodien. Cela ne l’empêche pas de se faire à son tour escroquer de centaines de milliers d’euros, consciemment fascinée par cet homme sans jamais comprendre ce qui lui arrive : « C’était moi et c’était pas moi ». Catherine Breillat a d’abord écrit un livre, paru en 2009, avant d’en faire un film, sans doute son plus personnel. Abus de faiblesse donne à Isabelle Huppert, de tous les plans, l’occasion de montrer toute la puissance de son jeu, maigre et pourtant portée par une énergie énorme. En face Kool Shen (co-fondateur du groupe de rap NTM) joue son premier rôle principal au cinéma en animal incontrôlable maître dans l’art de la manipulation. Pourtant, on ne plaint jamais Maud, l’héroïne, consciente de sa propre perversité. C’est une des grandes qualités de ce récit que d’avancer sans pathos ou apitoiement. Ni exutoire, ni récit autobiographique, voyons-le comme l’aveu de faiblesse d’une femme que l’on espère apaisée.

Abus de faiblesse de Catherine Breillat, avec Isabelle Huppert et Kool Shen, produit par Flach Film, distribué par Rezo, en salles le 12 février 2014.

http://www.rezofilms.com/distribution/abus-de-faiblesse

 

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Lène 12 février 2014 - 12:33

je n’ai jamais compris ce que voulais montrer Catherine Breillat dans ses films. J’ai arrêté d’essayer de comprendre après avoir vu « Anatomie de l’enfer »: je lui avais posé une question à l’issue de la projection, et n’avais reçu qu’une réponse hautaine et dédaigneuse pour mon idéal d’un monde où les rapports homme/femme ne serait pas fondés sur la domination et l’humiliation (j’étais adolescente et n’ai pas répliqué).
Dans « la Pornographie ou l’effacement du désir » de M. Marziano, j’ai trouvé une bonne approche critique de ses films. Que je n’ai aucune envie de continuer à voir…

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