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Balade avec les vampires

par Arnaud Bihel

OLLAAdam et Eve forment un couple de vampires rocks, romantiques et forcément un rien blasés après quelques siècles d’existence. De la ville de Détroit abandonnée aux ruelles de Tanger, Jim Jarmusch filme l’errance de ces amants lassés du XXIème siècle. La critique cinéma du mardi de Valérie Ganne.


 

Ils trimballent leur beauté et leur immortalité avec élégance et détachement. Il fut un brillant musicien et collectionne maintenant vinyles et guitares électriques. Elle, magnifique sous sa crinière argentée, préfère les vieux livres. Tous deux côtoyèrent Lord Byron et Mary Shelley, et leur meilleur ami est le poète Christopher Marlowe, contemporain de Shakespeare… Adam (Tom Hiddleston) et Eve (Tilda Swinton) sont de très beaux vampires, mais bien tristes sous leurs lunettes noires.

On est forcément un peu blasé quand on a des siècles d’existence derrière soi et qu’il n’est plus aussi facile de croquer quelque vierge au détour d’une forêt. Accroc au sang et de plus en plus en manque, notre couple se ravitaille dans un hôpital en sous-main ou via le circuit mystérieux des pharmacies du souk.

Only lovers left alive, cette balade réalisée par l’américain Jim Jarmusch, mélange la poésie sombre de l’Angleterre élisabéthaine (les deux acteurs principaux sont d’ailleurs écossaise et anglais) et le nihilisme dépressif des stars du rock des années 70, de celles qui meurent trop jeunes. Musique et mise en scène brillantes sont au rendez-vous. Contemplatif, classe et snob, au rythme très (trop ?) lent, Only lovers left alive sait aussi mettre en valeur l’étrange beauté nocturne des villes, surtout Détroit et ses immeubles immenses abandonnés.

Jim Jarmusch, qui a toujours aimé les êtres en marge, parvient à distiller quelques traits d’humour dans la vie de ses vampires modernes, en particulier quand la petite sœur trop gourmande surgit pour finir les thermos de sang en cachette et les entraîner dans quelque fête de ceux qu’ils appellent les « zombies » (les humains).

Cinéaste au look proche de ses deux héros, Jarmusch offre avec cet autoportrait à peine déguisé un exercice de style désabusé qui sera, on l’espère, un nouveau départ plutôt qu’une sortie élégante. Réservé aux amoureux du genre et de Jarmusch.

 

Only lovers left alive de Jim Jarmusch, avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, John Hurt, Mia Wasikowska. ¨Produit par Recorded Pictures et Pandora Film, distribué par le Pacte, sortie le 19 février 2014.

 

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