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La Belle saison : cachez ces lesbiennes…

par Marina Fabre

Affiche_Belle_SaisonHomophobie ? La réalisatrice Catherine Corsini a répondu au maire d’extrême droite qui a cherché à censurer l’affiche de son film La Belle saison, histoire d’amour entre deux femmes.


 

À Camaret-sur-Aigues, depuis quelques jours, la polémique enfle. Le maire de cette ville du Vaucluse, Philippe de Beauregard (Ligue du Sud, soutenu par le Front National), en place depuis l’année dernière, aurait censuré l’affiche du film La Belle saison.
En cause : la nudité suggérée de deux femmes enlacées, en l’occurrence Izia Higelin et Cécile de France, dont le baiser semble imminent. Une affiche annonciatrice puisque la réalisatrice Catherine Corsini filme l’histoire d’amour entre une professeure d’espagnol parisienne et une jeune fermière sur fond de féminisme et de naissance du MLF (notre critique à lire ici).

Philippe de Beauregard, choqué par cette nudité – et non par l’homosexualité, il s’en défend – a donc décidé de retirer l’affiche du film du hall de la mairie et de ne pas le promouvoir sur le site de la commune, contrairement aux autres films projetés par l’association Cinéval. Christophe Ricard, président de ce cinéma itinérant, raconte aux Nouvelles NEWS : « Notre équipe de bénévoles s’apprêtait à effectuer l’affichage du film, comme d’habitude, quand le maire leur a signalé qu’il était préférable qu’aucune affiche de La Belle saison ne soit placardée ».

Ainsi, dans un premier temps, le maire aurait demandé la censure de l’affiche sur tous les spots de Camaret-sur-Aigues. Face au rejet de sa demande par l’équipe de bénévoles, il décide de retirer l’affiche du hall de sa mairie. « Des habitants nous ont prévenu », poursuit Christophe Ricard. « Nous avons par la suite eu un entretien – prévu de longue date – avec le maire. C’était la première fois que nous le rencontrions. Pour lui, le film n’était pas adapté à une programmation tout public, il aurait aimé qu’on puisse y mettre un avertissement. Il nous a confié qu’il avait vu le film, qu’il avait été choqué ».

Et même si le maire a confirmé à Christophe Ricard que la convention qui liait son association à Camaret-sur-Aigues n’allait pas en pâtir, la pilule passe mal : « Si le maire s’immisce dans notre programmation, s’il ne veut pas que l’on promeuve les films qui ne sont pas compatibles avec ses valeurs, ça va être très compliqué ».

« Est-ce la caméra qui découvre les poils pubiens d’une actrice, en gros plan comme un tableau, qui vous trouble, ou est-ce de voir deux femmes s’aimer ? »

Cette censure, limitée à deux spots – les affiches n’ayant pas été retirée des autres panneaux municipaux pour l’instant – a fait réagir. Dès le 18 septembre, Fleur Pellerin, ministre de la Culture tweetait :

 

Quelques jours plus tard, lundi 21 septembre, la réalisatrice du film, Catherine Corsini, répondait au maire FN dans une lettre ouverte : « Ce qu’on voit dans La Belle saison, c’est la nudité des corps, dans leur liberté, dans leur beauté et dans leur insouciance face au désir, ce sont les visages, les rires, les sourires de deux femmes qui évoquent l’appétit de la vie. Est-cela qui vous choque ? Est-ce la caméra qui découvre les poils pubiens d’une actrice, en gros plan comme un tableau, qui vous trouble, ou est-ce de voir deux femmes s’aimer ? »

Sur ce point justement, le maire affirme qu’il aurait eu la même réaction vis-à-vis d’un couple hétérosexuel. Dans un communiqué intitulé « Ni interdiction, ni promotion » il renverse les arguments de censure et prétend défendre sa « liberté d’expression » et son « droit à la critique ». Il réaffirme son argument principal : « Le film comprend de nombreuses scènes de nature à perturber un jeune public, ne fait l’objet d’aucune restriction d’âge ni de moindre avertissement à l’attention des parents ».

« Je pense que la peur derrière cette censure, c’est que l’on représente l’homosexualité comme l’hétérosexualité »

Pourtant Christophe Ricard a confirmé aux Nouvelles NEWS que d’autres affiches de films présentant des personnes dénudées ont été placardées dans la ville depuis l’élection du maire FN. « Et même si les affiches n’étaient pas explicites, le contenu et le scénario auraient été sujets à controverse pour le maire », a t-il précisé.

Alors, homophobie ? Pour Marie Kirschen, rédactrice en cheffe de la revue lesbienne Well Well Well, « les films hétéros qui créent la polémique ont un autre niveau d’érotisme, on pense notamment au film de Gaspard Noé. Dans La Belle saison il n’y a pas de pornographie, il y a quelques scènes d’amour mais cela reste très pudique ». Et de poursuivre : « Je pense que la peur derrière cette censure, c’est que l’on représente l’homosexualité comme l’hétérosexualité. Cela signifie qu’elle est normale et de même valeur. De plus, la sexualité des lesbiennes est souvent niée parce qu’elle ne comprend tout simplement pas de pénis. Ici, sur cette affiche et dans le film, cette sexualité est évoquée, elle est montrée de manière naturelle. Cela fait peur aux homophobes ».

Lire aussi : Les lesbiennes encore invisibles

Un enjeu que Christophe Ricard a saisi : « Au-delà de la nudité, ce film parle d’homosexualité et de libération de la femme avec la création du MLF, le maire est proche de certains catholiques intégristes, cela n’a pas dû lui plaire ».

Philippe de Beauregard apparaît en effet très proche de l’Eglise. Sur son blog, il se félicite de la récente « consécration de sa ville au Sacré-Cœur ». Et reprend un article paru dans l’hebdomadaire « Famille chrétienne » soulignant qu’il « s’engage à prendre des décisions conformes à l’enseignement de l’Eglise » (mais pas au point d’emboîter le pas aux évêques qui appellent à la solidarité avec les réfugiés…).

Catherine Corsini en profite pour le rappeler : « La nudité féminine était là, bien avant l’apparition de la religion chrétienne, symbole de fertilité, d’érotisme, et symbole de la famille ».

 

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