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Benni, petite fille sauvage

par Valérie Ganne

Une jeune réalisatrice allemande Nora Fingscheidt nous offre un portrait saisissant d’une enfant face à l’empathie des éducateurs sociaux : en salle le 22 juin avec la réouverture des cinémas.

« Benni » devait sortir en mars, et le portait de cette enfant blonde sur fond rose – faussement candide – s’affiche depuis trois mois sur quelques panneaux publicitaires, en tous cas à Paris. Cette fillette, Benni, neuf ans, est une enfant devenue violente après un traumatisme ancien. Prise en charge par les services sociaux, elle aspire à retrouver l’amour maternel mais ne parvient pourtant pas à contenir sa violence. Portrait de cette petite fille, tantôt attachante, tantôt irritante, «Benni» donne toute leur place aux adultes qui l’entourent, partagés entre impuissance, bonne volonté et ténacité : sa mère dépassée, son assistante sociale fidèle et un nouvel éducateur impliqué. Plongés dans ce concentré d’énergie pure, nous voici baladés avec eux entre espoir et découragement pour cette petite fille dont on aimerait qu’elle trouve sa place dans le monde. Elle qu’on appelle une « system crasher » (le titre original du film).

A la sortie, nous voici plongés dans la réflexion sur notre rapport à la violence enfantine, tout particulièrement lorsqu’elle vient d’une fille. Le choix de la jeune comédienne qui joue Benni avec de grandes nuances d’interprétation, Helena Zengel, est pour beaucoup dans notre empathie : son visage d’ange garde une douceur et une tristesse qui contrastent avec ses accès de violence. Cette découverte, car c’est un premier film, a été récompensée par l’Ours d’or du premier long métrage au festival de Berlin l’année dernière. Dans la lignée de « l’Enfant sauvage » de Truffaut, de « Mommy » de Xavier Dolan, il faudra désormais compter avec « Benni »…

« Benni « de Nora Fingsheidt (Allemagne, 2h ) avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Shmeide. Produit par Kineo, distribué par Ad Vitam, en salles le 22 juin.

Prix du public au 11e Arcs Film Festival, et prix du premier film au festival de Berlin 2019.

Qui est Nora Fingscheidt ?

La réalisatrice de 37 ans s’est formée au cinéma et à la direction d’acteurs en Allemagne. Son film de fin d’études était un documentaire, celui-ci est son premier film de fiction. Elle prépare actuellement son deuxième film avec l’actrice américaine Sandra Bullock. Ce qu’elle dit de « System Crasher » (le titre allemand de « Benni ») :

« J’ai toujours eu envie de faire un film sur une petite fille « sauvage » car j’étais moi-même une sauvageonne quand j’étais enfant. De plus, je trouve que ce genre de personnage est trop rare au cinéma. Je tenais donc mon sujet, mais il me manquait l’histoire. Quelques années plus tard, à l’âge de 27 ans, je tournais un documentaire et j’ai croisé une jeune fille de 14 ans dans un centre d’hébergement pour femmes. J’étais choquée qu’une personne si jeune se retrouve là. Cette rencontre a été l’élément déclencheur de l’histoire que je souhaitais raconter. Le processus d’écriture et de recherches a commencé et s’est poursuivi sur quatre années. »

« J’étais très anxieuse de montrer le film à des travailleurs sociaux et ils l’ont merveilleusement bien accueilli. En Allemagne, le film a fait 600 000 entrées, ce qui est énorme pour un film indépendant, et complètement inattendu de sa part, d’autant que l’Allemagne n’est pas un pays cinéphile comme la France. Ce succès est dû en partie aux travailleurs sociaux qui emmènent leurs classes le voir en salles. Ils incitent leurs collègues à y aller, ou bien des professeurs invitent des éducateurs à venir débattre. Souvent, les films qui traitent de l’enfance malheureuse dénoncent les insuffisances du système d’éducation et de santé. Ce n’est pas le cas de « Benni », où les éducateurs et travailleurs sociaux se sentent respectés et compris. De plus, ce film ouvre le débat sur ce qui pourrait améliorer la prise en charge des enfants en souffrance. »

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