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Le Brésil face à la culpabilisation des femmes

par Arnaud Bihel
Respeito

« Ma façon de m’habiller n’autorise pas ta violence. » Visuel du gouvernement brésilien.

Pour la majorité des répondant-e-s à une enquête officielle, « si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols ». La présidente appelle à la « tolérance zéro contre les violences ».


 

« Respect ». C’est le mot d’ordre lancé par le gouvernement brésilien après la publication d’une étude choc sur la perception de la violence à l’égard des femmes.

Vendredi 27 mars, l’Institut d’enquête économique du gouvernement (IPEA) publiait les résultats d’une vaste étude sur la « tolérance sociale à l’égard des violences faites aux femmes ». Pour cette equête officielle, 3 810 Brésiliens et Brésiliennes ont été invités à se prononcer sur une série de 25 affirmations. Les deux dernières réponses ont particulièrement choqué :

Les deux tiers des répondants (et des répondantes), 65,1% , ont acquiescé à cette affirmation : « Les femmes portant des vêtements qui laissent voir leur corps méritent d’être agressées ».

Et presque autant, 58,5%, considèrent que « si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols ».

Ces deux chiffres témoignent d’une « culpabilisation des femmes », déplore l’IPEA, en notant que « derrière ces affirmations, on retrouve l’idée que les hommes ne sont pas capables de contrôler leurs appétits sexuels ».

L’incidence de la religion

Une idée pas spécifiquement masculine,1 puisque les deux tiers des répondants à cette enquête étaient des femmes. L’institut, étrangement, ne fournit d’ailleurs pas de données spécifiques en fonction du sexe des répondants. Mais précise en revanche l’incidence de la religion sur les réponses. Les catholiques sont 1,4 fois, et les évangéliques 1,5 fois, plus susceptibles d’être d’accord avec l’affirmation selon laquelle « si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols ».

La religion augmente également significativement les chances d’être d’accord avec cette autre affirmation : « une femme doit servir sexuellement son mari, même contre sa volonté » – une affirmation qui reçoit l’approbation de 27% des répondant-e-s. « Une donnée inquiétante », note Rafael Osorio, le directeur de l’IPEA.

« Je ne mérite pas d’être violée »

Ces données montrent que « la société brésilienne a encore beaucoup de progrès à faire pour combattre la violence envers les femmes », a réagi la présidente Dilma Rousseff sur Twitter. Et d’appeler à la « tolérance zéro contre les violences ».

Dilma

Les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux, notamment derrière le mot-clé #EuNãoMereçoSerEstuprada – « Je ne mérite pas d’être violée ».

D’autres chiffres de l’enquête sont tout de même plus positifs. La plupart des réponses aux 25 questions montrent une « intolérance à la violence ». Il sont 89% à dénoncer le fait qu’un homme insulte sa femme. Et 91% à estimer qu’« un homme qui bat sa femme doit aller en prison ». Seuls un quart estiment que « la question des violences faites aux femmes reçoit plus d’importance quelle n’en mérite ».

 


1 Et qui n’a évidemment rien de spécifiquement brésilien, demandez à Eric Raoult.

 

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1 commenter

09 Aziza 1 avril 2014 - 09:51

Entendu en commentaire voix off de l’émission « Apocalypse » sur la Grande Guerre: « pensons à la misère sexuelle de ces pauvres soldats, qui ne peuvent se payer que des femmes à quelques sous qui font de l’abattage… » C’est interdit aux moins de 10 ans, mais ainsi, un ado de 15 ans pourra entendre qu’il est normal de « se payer » une femme, et qu’on peut exiger la meilleure qualité…Que fait le CSA ?

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