Accueil International Au Brésil, le viol reste trop souvent invisible

Au Brésil, le viol reste trop souvent invisible

par De profundis

Dans l’Etat de Rio de Janeiro, 5 000 femmes sont violées chaque année. Et ailleurs dans le pays, les données sur les violences sexuelles ne sont pas disponibles. Tandis que les réponses ne sont pas à la hauteur.


 

« Nous sommes en état d’alerte rouge. Les autorités doivent agir. Nous ne pouvons pas accepter, notamment, les traitements discriminatoires à l’encontre des victimes des classes défavorisées ». Eleuteria da Silva, coordinatrice de la Casa da Mulher Trabalhadora (CAMTRA), une association de femmes de l’Etat de Rio de Janeiro, accuse : les politiques, fédérales comme nationales, de prévention et de répression des crimes sexuels sont inefficaces. Tout comme les mesures de protection des victimes.

5 000 femmes violées en 2012 à Rio

Le 4 juin, l’Etat de Rio a adopté la Loi 6 457, à l’initiative de la députée Inês Pandeló, qui crée un système de collecte de données et d’analyses sur les violences faites aux femmes. Le programme regroupe les 92 municipalités de l’état et implique les associations d’aide aux victimes.

Selon le “Dossiê Mulher”, un rapport établi par l’Institut de sécurité publique (ISP) de Rio de Janeiro, les agressions sexuelles sont la forme de violence contre les femmes la plus répandue dans l’état. En 2012, 6 029 viols y ont été commis (soit 37 victimes pour 100 000 habitants), et 4 993 victimes étaient des femmes. En un an, le nombre de femmes violées s’est accru de 24%.

Et selon les derniers rapports de police, au cours des 4 premiers mois de 2012 ce sont 1 822 viols qui ont été commis dans l’Etat. Mais seulement 70 personnes ont été arrêtées. Les victimes sont généralement des femmes entre 20 et 30 ans, souvent noires, et de toutes classes sociales.

Des statistiques pour répondre par la politique

« Près de 5 000 femmes violées à Rio, c’est un nombre énorme, quand un seul cas devrait suffire à scandaliser. La société ne doit plus tolérer cette situation, qui est la conséquence d’une éducation répressive, sexiste, patriarcale, machiste et raciste », lance Eleuteria da Silva.

« De telles statistiques, au 21ème siècle, me rendent furieuse. C’est terrifiant. Les gens imaginent que l’esprit humain évolue vers toujours plus d’égalité, mais le fait est que la culture machiste persiste. La violence existe, et il faut en rendre compte pour aider à développer les politiques publiques en réponse », souligne pour sa part Inês Pandeló.

Les chiffres disponibles à Rio ne peuvent pas servir à des comparaisons nationales ou internationales, car le Brésil ne dispose pas de données comparables pour les autres Etats. Mais les militantes des droits humains estiment qu’ils fournissent un juste indicateur du niveau de violence sexuelle dans ce pays de 198 millions d’habitants.

Inês Pandeló vient par ailleurs d’intégrer le secrétariat aux droits des femmes de l’Union nationale des législateurs d’Etats. De cette position, elle espère étendre au niveau national les collectes statistiques de l’Etat de Rio sur le viol.

« L’impunité prédomine »

« Une telle agression peut détruire la vie d’une femme. Elle prend peur, craint de sortir de chez elle. Souvent elle culpabilise et développe un sentiment de honte. C’est pourquoi peu de femmes portent plainte pour viol, surtout en sachant que l’impunité prédomine », souligne Eleuteria da Silva. D’autant qu’après avoir porté plainte les victimes doivent subir des examens à l’institut de médecine légale pour recueillir des preuves physiques. « Une situation humiliante ».

Inês Pandeló déplore elle aussi cette situation. « La femme se trouve ainsi à nouveau victimisée, son corps soumis à l’examen. Il existe pourtant déjà un décret national pour que les tests se déroulent dans un établissement hospitalier. La volonté politique est là, elle doit encore devenir effective ».

Mais pour Eleuteria da Silva, bien des choses restent à améliorer sur le terrain. Il existe trop peu de centres qui fournissent un soutien psychologique et juridique aux femmes victimes de violences : on compte seulement 30 refuges de la sorte, pour 92 municipalités dans l’état de Rio.

Il existe par ailleurs un centre national pour les femmes victimes de violence, un numéro d’urgence 24h/24 (le 180) et des postes de police spéciaux dans diverses villes. Mais il existe aussi un problème de coordination, souligne Eleuteria da Silva, qui ne s’attend pas à voir rapidement des améliorations concrètes de l’accueil des victimes. « En général, ces instances ne dialoguent pas entre elles, aucune ne sait ce que fait l’autre ».

© 2013 IPS-Inter Press Service

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