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Céline Goberville contre les cow-boys

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Cline_GOBERVILLE

Céline Goberville en 2010. By Mikoto59

La mixité dans les épreuves olympiques ? En tir, c’est possible, et cela a même déjà été le cas. C’est ce que rappelle Céline Goberville, première médaillée française à Londres, en argent sur l’épreuve de tir au pistolet 10 m.


 

Il y a quatre ans, Céline Goberville, avait raté de justesse les épreuves finales de sélection pour les JO de Pékin. A 25 ans, la Picarde a saisi l’occasion de prendre sa revanche, avec une place sur le podium pour sa première participation aux Jeux.

« Cow-boys »

La Française, aussitôt après avoir reçu sa médaille, a dit espérer que cette mise en avant médiatique « va faire connaître le tir et ses valeurs : la concentration, le calme, le contrôle de soi ».

Céline Goberville espère aussi que cette médaille va « faire taire toutes les idées reçues ». En premier lieu, l’idée que ce sport est «  dangereux » ; en second lieu qu’il serait réservé aux hommes. Car elle observe qu’« on dit souvent que c’est un sport d’hommes ». Tout faux, assène-t-elle : « Justement, c’est un sport qui n’est pas physique et qui se joue uniquement sur le mental. » La championne, qui s’intéresse autant à l’équitation qu’au tir, en conclut avec humour : « C’est peut-être parce que les cow-boys sont toujours des hommes ! »

Lors d’une interview en avril dernier, à la question de savoir si le tir était toujours considéré comme une discipline masculine, elle répondait qu’effectivement, cette vision était « très répandue ».

Catégorie dames, « ça ne s’explique pas »

Selon la jeune femme, la séparation des épreuves dites masculines et féminines en tir n’a aucune raison d’être. En effet, elle souligne que la discipline requiert des aptitudes identiques chez les tireurs des deux sexes. D’ailleurs la non-mixité, qui est la norme aujourd’hui pour les Jeux, ne va pas nécessairement de soi.

Il n’y a qu’à regarder la programmation des épreuves de tir aux Jeux Olympiques. En 1968, avec l’entrée officielle des femmes dans la discipline olympique, l’ensemble des épreuves de tir étaient mixtes. Elles le sont restées jusqu’en 1980 avant d’être progressivement séparées entre les hommes et les femmes. Et ce jusqu’en 1996 où plus une seule des épreuves programmées n’aura échappé à cette division.

Pour Céline Goberville, l’explication est toute trouvée : « Les seules disciplines où il y avait encore une mixité, ils ont vite changé dès que les femmes ont commencé à battre les hommes ». En 1992, la Chinoise Zhang Shan obtenait à 24 ans la médaille d’or en skeet, devenant la première femme – et la dernière – à remporter l’or olympique dans une épreuve mixte.

Mixité dans les bassins ?

Comme en tir, la question peut se poser en natation. Ainsi le nageur Américain Ryan Lochte déclare à propos de la Chinoise Ye Shiwen, championne olympique du 400 m 4 nages, tout comme lui : « Si elle avait été avec moi (en course), elle m’aurait peut-être battu. » En effet, la jeune athlète a nagé un dernier 50 m nage libre en 28.93 contre 29.10 pour l’Américain et un dernier 100 m en 58.68 contre 58.65 pour son homologue. De quoi faire naître, tout autant que l’admiration, des soupçons de dopage, aussitôt balayés par le CIO.

« Ne pas pouvoir comparer »

Et non seulement les épreuves de tir ne sont plus mixtes, mais elles ne sont pas toutes identiques, aujourd’hui, pour les hommes et les femmes (il y a d’ailleurs 9 épreuves masculines, et seulement 6 féminines). Pour la tireuse française, il y a bien un « côté un peu macho » dans le fait d’avoir instauré « des disciplines qui ne soient pas les mêmes ».

Et lorsqu’il s’agit des mêmes épreuves, « le nombre de coups à tirer est différent ». Conclusion, pour Céline Goberville : « Tout est différent pour ne pas pouvoir comparer, en fait. »

 

 

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7 commentaires

Genn 31 juillet 2012 - 08:16

Merci pour cet article très intéressant.
Il serait intéressant de savoir comment le comité olympique explique cette non-mixité après la victoire d’une femme et cette différence entre les épreuves, mais l’explication de Céline Goberville semble la seule plausible. Et c’est lamentable.

Félicitations à elle en tous cas, et bonne chance pour l’épreuve suivante !

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Lili 31 juillet 2012 - 09:02

Super article. il pose une question tout de même. Enfin, deux. La première est de savoir s’il existe un recours réglementaire pour obtenir la mixité.

La deuxième est de fond : sur quoi baser la mixité ou pas d’une discipline? Il me semble logique que, si on décide que le 110 m haies est non-mixte, le tir doive l’être aussi. Ca évite de se lancer dans des débats sexistes pour savoir si les qualités du tireur sont « plutôt féminines » et celles du sauteur de haies « plutôt masculines », quelle est le critère qui justifie la mixité ou pas. Le fait qu’un sexe gagne systématiquement ne me semble pas un critère aberrant.

Ou alors on rend toutes les disciplines mixtes, et là on n’aura plus qu’à s’appuyer sur les séries statistiques pour affirmer comme dogme que « naturellement » les hommes courent plus vite alors que les femmes sont plus calmes et maîtres d’elles-mêmes…

Il y a fort à parier qu’en peu de temps les petits garçons cesseront de pratiquer le tir, « sport de filles » tandis que les filles se décourageront de pratiquer le sprint, où elles auront moins de chance de gagner. Je ne suis pas sûre que ce soit un progrès pour la lutte contre les stéréotypes et l’égalité.

La vraie injustice, c’est cette histoire de différenciation des épreuves, et ça ça devrait faire l’objet de plaintes contre le CIO.

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Genn 31 juillet 2012 - 14:09

« Lili »
La deuxième est de fond : sur quoi baser la mixité ou pas d’une discipline? Il me semble logique que, si on décide que le 110 m haies est non-mixte, le tir doive l’être aussi. Ca évite de se lancer dans des débats sexistes pour savoir si les qualités du tireur sont « plutôt féminines » et celles du sauteur de haies « plutôt masculines », quelle est le critère qui justifie la mixité ou pas. Le fait qu’un sexe gagne systématiquement ne me semble pas un critère aberrant.

Oui, c’est une bonne question qui mérite réflexion.
Ceci dit, dans le cas du tir, les femmes ne gagnaient pas systématiquement, loin de là : la mixité s’est arrêtée après une unique victoire d’une femme. Les femmes ne sont a priori pas avantagées par la nature pour une discipline comme le tir (d’ailleurs visiblement toujours considérée comme masculine).

Quant au fait que le fait qu’une discipline se féminisant pourrait repousser les petits garçons, si c’est malheureusement trop exact, la première question c’est : comment faire pour cesser de dévaluer les activités dites féminines ?

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Lili 31 juillet 2012 - 16:35

« Comment faire pour cesser de dévaluer les activités dites féminines ? » Bonne question.

Ce n’est pas seulement, et notamment en sport, une question de dévalorisation. C’est aussi un souhait d’entre soi. L’école est mixte, la famille aussi, la vie sociale aussi. Et c’est heureux.

Mais les garçons comme les filles, puis les ados, ont à certaines périodes de leur vie un besoin de se retrouver entre garçons, entre filles, au moins à certains moments. Cela fait partie de leur construction psychologique, en complémentarité avec les temps mixtes.

Et les activités extra-scolaires constituent de nos jours le lieu privilégié de cette dimension de « similarité ». Des sports comme l’équitation sont dans la phase où cette féminisation est naissante et où on commence à constater la chose : les petits garçons trouvent qu’il y a trop de filles, et qu’il ne se feront pas de copains, tout simplement. L’image de l’équitation est pour l’instant encore mixte et valorisante pour l’homme, donc là n’est pas (encore) le souci.

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Lili 31 juillet 2012 - 16:42

« Ceci dit, dans le cas du tir, les femmes ne gagnaient pas systématiquement, loin de là : la mixité s’est arrêtée après une unique victoire d’une femme. Les femmes ne sont a priori pas avantagées par la nature pour une discipline comme le tir (d’ailleurs visiblement toujours considérée comme masculine). »

C’est justement pour éviter de rentrer dans ce genre de considérations sur les « avantages » réels ou supposés des uns et des autres qu’une décision de principe (tout mixte ou tout séparé) me semble la plus opérationnelle (je ne dit pas la plus rationnelle, ni la plus réaliste). Le tir n’est pas plus masculin que la GRS n’est féminine, alors qu’il n’y a pas d’épreuve masculine de GRS, ce qui est également une discrimination sexiste, que le patinage artistique ne pratique pas par exemple.

Du reste, avoir séparé hommes et femmes après une seule victoire est d’un sexisme particulièrement stupide. On peut comparer les performances au 100 m des hommes et des femmes même s’ils ne courent pas ensemble, et le jour où là championne olympique ira aussi voire plus vite que le champion, il sera difficile de ne pas le voir…

Mais les JO c’est beaucoup une histoire d’argent, et de politique, et la non-mixité permet de multiplier les compétitions, et donc les chances pour une nation d’avoir un champion et pour les sponsors de se montrer, et je pense que cet argument a du peser au moins aussi lourd que la question du genre…

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Lène 31 juillet 2012 - 21:13

« Lili »
On peut comparer les performances au 100 m des hommes et des femmes même s’ils ne courent pas ensemble, et le jour où là championne olympique ira aussi voire plus vite que le champion, il sera difficile de ne pas le voir…

Après modifications génétiques conséquentes, non? Car vu les données biologiques et morphologiques d’aujourd’hui, ce sera plutôt difficile à voir. Je dirais même impossible…

Autrement, concernant le commentaire précédent, je pense que la non-mixité est à éviter autant que possible. Car c’est en apprenant à se connaître, à connaître l’autre, que l’entente, le respect, la complicité sont possibles. Quant à moi je ne me suis jamais sentie plus à l’aise dans un groupe de fille que dans un groupe de garçon: tout dépendait de la personnalité des gens du groupe.

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Lili 31 juillet 2012 - 21:16

Puis-je vous proposer cet excellent article sur la question « vu de l’intérieur »?
http://combat.blog.lemonde.fr/2012/07/27/le-regne-sans-partage-de-teddy-riner/

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