Accueil Politique Ces députés qui s’attaquent à l’IVG

Ces députés qui s’attaquent à l’IVG

par Arnaud Bihel

Lors de l’examen de la loi pour l’égalité, des députés UMP prévoient de batailler contre l’accès à l’IVG, en évoquant même son déremboursement. Passage en revue des amendements régressifs…


Une semaine de débats sur les droits des femmes à l’Assemblée nationale. A partir de 16h, lundi 20 janvier, et tout au long de la semaine, les députés examinent le projet de loi pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Au lendemain d’une manifestation des anti-IVG à Paris, et dans un contexte tendu en Europe, les débats parlementaires s’annoncent tout particulièrement tendus sur la question de l’accès à l’avortement.

Une disposition adoptée en décembre par la commission des Lois de l’Assemblée prévoit de supprimer la référence à la « situation de détresse » à laquelle est lié, dans le code de santé publique, le recours à l’IVG (Voir : Pour les députés, l’IVG n’est plus lié à la « détresse »). Les députés d’extrême droite Marion Maréchal Le Pen et Jacques Bompard ont chacun déposé un amendement contre cette évolution. Tandis que plusieurs députés UMP (dont Frédéric Poisson, Philippe Gosselin, Hervé Mariton ou encore Marc Le Fur, qui se sont déjà distingués par leur opposition au « mariage pour tous »1) ont déposé une salve d’amendements pour que l’IVG reste lié dans les textes à la « détresse ».

L’un d’eux s’oppose à cet article du projet de loi au nom de la « protection de l’enfant ». Jacques Bompard aussi voit dans l’IVG une atteinte aux droits de l’enfant et déplore que les avortements participent à la chute de la natalité ».

Un autre amendement, anticipant l’adoption de l’article, prévoit alors de ne plus rembourser l’IVG, arguant que « si la notion de détresse est supprimée dans la définition de l’interruption volontaire de grossesse, les conditions de remboursement de l’acte par la sécurité sociale ne sont plus remplies ».

Ces députés refusent également l’extension du délit d’entrave à l’IVG, déjà adoptée par le Sénat. Ils y voient « une atteinte intolérable, non seulement à la liberté d’expression, mais aussi à la liberté d’information », soulignent-ils dans les motifs de leur amendement. « La femme qui souhaite recueillir des informations sur l’avortement ne pourra pas obtenir de réponse complète, et encore moins objective, s’il ne lui ai (sic) présenté qu’un seul point de vue et arguments uniquement en faveur de cet acte. » Comme si les centres IVG étaient des centres de propagande…

Pas de sanction financière trop élevée…

Au-delà de l’IVG, une autre disposition du texte, a priori plus anodine en faveur de l’égalité, choque ces députés. Il s’agit d’un article prévoyant « un enseignement sur l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes, les violences faites aux femmes et les violences commises au sein des couples » dans les écoles de journalisme. Insupportable aux yeux de ces députés pour qui, « même si les établissements d’enseignement supérieur relèvent de l’État, il n’est pas dans ses attributions d’imposer des enseignements purement idéologiques. »

Bras de fer en vue également sur les pénalités financières pour les partis qui ne respecteraient pas la parité des candidatures aux élections législatives. Là, c’est l’ensemble du groupe UMP qui dans un bel élan s’oppose à la disposition qui prévoit de porter la retenue financière à 200% de l’écart entre candidats hommes et femmes, contre 75% actuellement. L’amendement du groupe UMP a pour but d’en revenir à la disposition adoptée par le Sénat, qui prévoir une pénalité de 150%.

L’UMP, pour n’avoir présenté que 25% de femmes aux législatives de 2012, se prive, jusqu’aux prochaines législatives, de près de 4 millions d’euros par an.

 


 

1Voir par exemple : Le nom du père, pomme de discorde… comme en 2002

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

3 commentaires

taranis 20 janvier 2014 - 12:01

Depuis leur création les CIVG ont fait régulièrement l’objet d’actions ou manifestations. La plupart sont restées impunies. La violence morale et sectaire n’est pas prise en compte. Sus aux hérétiques . La présence de sympathisants “pro-vie” dans le milieu médical ou à proximité des centres hospitaliers traumatise et contribue à culpabiliser durablement les femmes ayant recours à une IVG. Quand ils ne manifestent pas devant les centres hospitaliers, certains provie, médecins ou infirmières, profitent de leur emploi pour “sadiser” à peu de frais des femmes sur le point d’avorter : insultes glissées à l’oreille, “oubli” d’anesthésie, femmes qui avortent dans la même salle qu’une femme qui accouche…On s’en rend mieux compte quand on comprend que ce que vivent les femmes , c’est ce qui se passe, et se passait en France il y a un peu plus de 40 ans, quand l’avortement n’était pas justement encadré par la loi : la peur au ventre, au sens propre, d’être enceinte, d’être violée, d’être en vie. C’est le sort que tous les anti-vie-des-femmes voudraient nous réserver.Et parfois, encore aujourd’hui, on ne prend pas la mesure du combat qui a été gagné dans les années 1970 par les féministes ou comment la pénalisation de l’avortement a provoqué la mort de centaines de femmes, a privé de mère des milliers d’enfants, empêché des artistes -des femmes, tout simplement de s’épanouir et de vivre leur vie d’êtres humains, au nom du très spécieux « droit à la vie d’un embryon ». C’est le choix des femmes de mener à terme une grossesse : elles n’ont pas à se justifier sur ce choix, Il faut faire confiance aux femmes, ce sont les mieux placées pour savoir ce qu’elles font de leur grossesse. Qui peut s’engager à leur place ?Il faudrait déjà aider ceux qui sont déjà nés à vivre dignement….. Ce phénomène mondialement réactionnaire menace la liberté des femmes à disposer de leur corps avec une nouvelle vague d’attaque anti-IVG.

Répondre
delandre 20 janvier 2014 - 17:14

Vous oubliez de dire que la pape est le premier à être CONTRE l’IVG – quel con ! -, que les livres sur l’avortement sont au nombre de 3 (et oui !), qu’encore les (jeunes) hommes n’ont pas le réflexe « préservatif »… bref… pour un média soit-disant paritaire vos articles sur le sujet sont bien mous.

Répondre
09 Aziza 23 janvier 2014 - 10:25

Oui, il y a 40 ans, il y avait les sondes; les interventions par des médecins dits « marron », qui parfois « baclaient » les femmes après les avoir soulagées de 1200/1500 frs…une de mes amies a manqué en mourir, une autre est restée longtemps traumatisée et a du se faire traiter contre la stérilité….et si on arrivait à l’hôpital, il y avait les curetages à vif »pour qu’on ne recommence pas »….C’est tout cela que nous avons combattu, sans relâche. MAIS, nous pensions sincèrement qu’avec la libéralisation de la contraception, l’avortement deviendrait une exception nécessaire. Personne aujourd’hui n’accepte de se poser les bonnes questions: il y a deux clans qui se hurlent dessus, les pour et les contre, et les femmes au milieu. Or, les gynécologues informent mal, les hommes ne sont pas responsabilisés, et beaucoup de jeunes filles ne se prennent pas en main. En 73 circulait un super petit bouquin « Notre corps, nous mêmes! » On en refait un comme ça?

Répondre

Laisser un commentaire