Accueil Eco & SocialEnvironnement Changement climatique : Sarkozy et Lula contre les géants

Changement climatique : Sarkozy et Lula contre les géants

par Arnaud Bihel

A coups d’annonces, à Singapour et à Paris, le scénario du « grand théâtre climatique » est devenu encore plus complexe ce week-end.


 

A Paris, le président français et son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva tenaient un discours volontariste, en concrétisant une initiative commune pour parvenir à un accord ambitieux à la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP-15), dans un mois  à Copenhague. Mais dans le même temps à Singapour, les Etats-Unis ont douché les derniers maigres espoirs de parvenir dès la COP-15 à un véritable traité.

Il serait « irréaliste de croire qu’un accord international complet et légalement contraignant puisse être négocié entre aujourd’hui et le sommet de Copenhague », a déclaré le conseiller spécial de Barack Obama pour les relations internationales, à l’issue du sommet économique Asie-Pacifique (APEC), regroupant 21 pays dont la Chine et les Etats-Unis.

Nicolas Sarkozy a présenté le partenariat franco-brésilien comme « l’axe du changement climatique ». Plus qu’une lettre d’intentions, « une Bible climatique », a estimé Lula.

 

Le Brésil vient de s’engager, le premier parmi les pays émergents, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 36 à 39% d’ici à 2020. Notamment en diminuant de 80% la déforestation de l’Amazonie.

 

La proposition commune appelle les pays riches à un engagement de réduction des émissions de GES d’au moins 80% d’ici à 2050 par rapport à 1990. Les pays en développement « doivent rechercher une croissance sobre en carbone ». Le texte souligne la nécessité, pour cela, de renforcer le soutien financier aux pays pauvres et les transferts de technologies.

 

La France et le Brésil s’accordent enfin « sur la nécessité de créer une organisation internationale consacrée à l’environnement et au développement durable ». Un principe que le président français semble particulièrement décidé à mettre en avant.

 

Une Organisation mondiale de l’environnement, voilà qui est séduisant à première vue. Reste que c’est une fausse bonne idée au yeux de nombreux experts, qui doutent de son efficacité (un « machin » de plus, dirait de Gaulle) et préfèreraient voir l’environnement prendre toute sa place au sein de l’Organisation mondiale du commerce.

  

Reste aussi que, Nicolas Sarkozy l’a concédé, le temps manque et la COP-15 n’aboutira pas à « un texte juridique qui répond à toutes les questions et à tous les problèmes ». Mais il dit toujours espérer que la conférence débouchera sur « des engagements politiques contraignants, précis, à la fois sur le plan des objectifs et sur le plan financier ».

 

Le « G2 » en ligne de mire

 

Les deux dirigeants ambitionnent de réunir à leurs côtés l’Europe, l’Amérique latine, l’Afrique, des pays d’Asie ainsi que le Commonwealth. Nicolas Sarkozy rencontrera jeudi Angela Merkel et le premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen. Et, à la fin du mois, le président français se rendra au sommet du Commonwealth. « On va faire le tour de la planète, pour convaincre » avant Copenhague, a-t-il prévenu. Lula, lui, espère s’entretenir avec Barack Obama au téléphone ce lundi.

 

Il est vrai que ce qui apparaît surtout derrière l’initiative franco-brésilienne, c’est la crainte d’un « G2 » (le terme est de Lula), une entente entre les deux géants et deux plus grands pollueurs mondiaux : Etats-Unis et Chine. Leurs leaders doivent d’ailleurs se rencontrer mardi et, a indiqué Lula, « nous n’avons pas le droit de permettre que le président Obama et le président Hu Jintao puissent célébrer un accord prenant pour base les seules réalités de leur pays ».

 

Alors, Sarkozy-Lula contre Obama-Hu Jintao, comme remake de David et Goliath ?

 

L’affiche est belle mais pas sûr que l’affrontement ait réellement lieu. En tout cas, les deux parties ne semblent pas jouer sur le même terrain. Celui du volontarisme pour les premiers. Celui du réalisme résigné pour les seconds.

 

Envisager « un accord international et légalement contraignant à Copenhague » est « irréaliste ». Voilà ce qu’ont annoncé les Etats-Unis au sommet de l’APEC. En présentant ce constat comme une position commune avec les pays d’Asie, mais aussi avec le premier ministre danois, qui s’est rendu sur place. Ainsi, pour ces dirigeants, ce qui ressortira de Copenhague sera une déclaration d’intention politique et un mandat pour poursuivre les négociations avec une nouvelle date butoir – pas avant la mi-2010.

 

La semaine dernière, le haut responsable de l’ONU chargé du climat, Janos Pazstor, avait lui-même reconnu que les négociations devraient se poursuivre après Copenhague. Le tout étant qu’elles aboutissent « le plus tôt possible, en six mois plutôt qu’en douze ».

  

D’autant que si ces négociations piétinent, c’est en grande partie parce que Barack Obama n’entend pas s’engager sur des objectifs avant l’adoption au Congrès d’une loi sur le climat ; un texte farouchement combattu par les Républicains, et dont le vote risque de ne pas intervenir avant le printemps. Et, selon un expert cité par le Wall Street Journal, « le président Obama va grandement se compliquer la tâche devant le Congrès s’il s’engage sur des objectifs à Copenhague ».

 

Les 21 dirigeants du sommet Asie-Pacifique ont d’ailleurs eux aussi choisi de ne pas s’engager : ils avaient initialement prévu un document portant engagement de 50% de réduction des émissions de GES pour 2050. Dans leur communiqué final, cet objectif a été supprimé.

 

 

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Lili 20 novembre 2009 - 17:50

Sailor et Lula …

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