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Deux guerrières

par Arnaud Bihel

Cette semaine, deux guerrières à suivre dans les salles de cinéma : Nathalie qui se bat pour se remettre d’un viol dans Une Histoire Banale et Govend, jeune institutrice insoumise d’un village du Kurdistan dans My Sweet Pepper Land. Deux critiques du mardi de Valérie Ganne.


 

UneHistoireBanale

 

Une Histoire Banale, c’est le titre du film d’Audrey Estrougo et c’est ce que vivent environ 75 000 femmes chaque année en France : un viol.

Produit sans argent, porté par la réalisatrice et des comédiens impliqués, tourné en trois semaines dans son appartement avec une équipe bénévole, Une Histoire Banale est ce qu’on appelle un film « guérilla ». Il est né en dehors des circuits traditionnels de financement du cinéma, concrétisé grâce à une cagnotte de 8 000 euros collectée sur Internet et la bonne volonté de tout le monde.

Son principal intérêt, outre l’émotion qu’il suscite, est le traitement de la double peine qui pèse sur les femmes violées : le retournement contre elles-mêmes de la violence qui leur a été infligée. Le chemin qu’a choisi de décrire Audrey Estrougo est celui qui amène Nathalie à se libérer et porter plainte, ce qui n’est le cas que d’une personne violée sur dix.

Loin du démonstratif ou du bricolé, Une Histoire Banale est du vrai cinéma : grâce au talent des comédiens – Marie Denarnaud en tête – mais aussi du directeur de la photographie Guillaume Schiffman qui a su créer une image magnifique avec deux projecteurs et trois bouts de ficelle… Bref, l’histoire de ce tournage n’est pas banale et le résultat est une réussite.

 

Une Histoire Banale d’Audrey Estrougo, avec Marie Denarnaud, Marie-Sohna Condé, Oumar Diaw, Renaud Astegiani, produit par Six Onze films, distribué par Damned distribution, en salles le 9 avril 2014

> La bande annonce

 

MSPL

Dans My Sweet Pepper Land, l’institutrice d’un petit village du Kurdistan irakien est jeune, belle et surtout célibataire. Govend n’a échappé au joug de ses sept frères et gardes du corps que pour représenter une potentielle proie pour les mafieux de la région… Heureusement, un nouveau « shérif » débarque dans ce village, cœur de tous les trafics.

Ce western de l’Est tourné dans les montagnes donne la part belle à une nature éblouissante mais aussi à une actrice iranienne au nom à retenir : Golshifteh Farahani. Découverte en France dans A Propos d’Elly d’Asghar Farhadi puis dans Pierre de Patience d’Atiq Rahimi, Golshifteh Farahani s’est exilée récemment en France pour pouvoir exercer ce métier où elle excelle. Ses talents de musicienne sont également mis à profit puisqu’elle joue du hang, un instrument étrange moitié tambour, moitié xylophone.

A la fois moderne et désuet, un peu de guingois, My Sweet Pepper Land est le plus souvent drôle. Son humour désabusé est très bien résumé par le réalisateur Hiner Saleem, citant son grand père : « Notre passé est triste, notre présent est tragique, mais heureusement on n’a pas d’avenir ».

De plus, voici un film résolument féministe. Quand le cinéaste évoque la situation du Kurdistan, son pays d’origine récemment autonome, il souligne : « Aucun pays ne pourra accéder à la démocratie sans égalité entre hommes et femmes. »

 

My Sweet PepperLand de Hiner Saleem avec Golshifteh Farahani et Korkmaz Arslan, produit par Agat Films, distribué par Memento, en salles le 9 avril 2014.

Grand Prix du Festival de Valenciennes 

> La bande annonce

 

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