Accueil Eco & SocialEnvironnement En Cisjordanie, menace sur l’électricité verte

En Cisjordanie, menace sur l’électricité verte

par De profundis

Masafer_h150Un projet conjoint israélo-palestinien, des financements européens… pour rien ? Les autorités israéliennes entendent démonter des installations solaires et éoliennes qui alimentent en électricité des villageois palestiniens.


 

 

Une bataille diplomatique silencieuse est en cours entre des gouvernements européens et les autorités israéliennes. En jeu, la destruction envisagée d’un projet humanitaire. C’est en 2006 que l’organisation Community Energy Technology in the Middle East (Comet) a lancé ce projet : fournir à des communautés palestiniennes de Cisjordanie, non reliées au réseau électrique, du courant obtenu à partir d’énergies renouvelables – solaire et éolienne.

Cette organisation israélo-palestinienne a été fondée par deux scientifiques israéliens, Elad Orian et Noam Dotan. A ce jour, Comet a construit 22 installations électriques dans autant de villages, fournissant en courant plus de 1 500 Palestiniens, des paysans et leurs familles, qui vivent d’agriculture et d’élevage sur des terres arides de Cisjordanie.

Ordres de démolition

La Cisjordanie est divisée en trois zones. La Zone A est officiellement sous contrôle palestinien et la Zone B sous contrôle conjoint israélo-palestinien. La Zone C, enfin, qui comprend 62% du territoire (dont Jérusalem Est) est sous contrôle exclusif d’Israël.

« Les communautés palestiniennes sont délibérément privés des accès aux routes, à l’électricité, à l’eau et aux infrastructures d’assainissement par les autorités israéliennes, qui entendent consacrer la Zone C exclusivement aux implantations de colons », explique à IPS Aya Shoshan, responsable du développement chez Comet.

Le projet de l’organisation a été financé, à hauteur d’un demi-million d’euros environ, par des gouvernements européens, notamment l’Allemagne, et par des organisations et fondations internationales. La construction des installations électriques a pris trois à quatre ans, menée à bien en grande partie grâce au travail de volontaires palestiniens comme israéliens.

Mais « il y a environ un an, nous avons commencé à recevoir des ordres de démolition émanant de l’administration civile israélienne. A ce jour, 10 installations sont menacées de destruction. Cela priverait d’électricité plus d’un millier de personnes », poursuit la responsable de Comet.

Campagne diplomatique

« Au regard du droit international, Israël, en tant que puissance occupante, est responsable du bien-être des Palestiniens qui vivent sous son contrôle. Non seulement Israël n’assume pas cette responsabilité, mais elle menace de détruire un projet humanitaire, financé par des donateurs internationaux, qui vise à rendre meilleure la vie de ces communautés palestiniennes », dénonce-t-elle.

Face aux menaces de l’administration israélienne, Comet s’est lancée dans une campagne diplomatique pour sauver ce projet. Elle a interpellé des responsables européens et des politiciens locaux, ainsi que les médias, et engagé des procédures judiciaires .

« Le gouvernement allemand, principal financeur, et d’autres États, ont fait pression sur les autorités israéliennes pour empêcher les démolitions. C’est pourquoi, nous en sommes sûrs, nos installations sont toujours debout. Mais la menace n’est pas écartée », juge Aya Shoshan.

Le matin où IPS s’est rendu dans le village de Gawa’is, dans la région de Masafer Yatta, une démolition était justement prévue, et des responsables de l’administration civile israélienne étaient sur place. C’est sans doute la présence, également, d’une équipe de tournage israélienne qui a permis de surseoir à l’exécution de l’ordre de démolition.

Meilleure vie, meilleure économie

Les installations électriques de Comet ont grandement amélioré la vie des Palestiniens concernés, et fait croître l’économie locale de 70%, selon l’organisation. « Au lieu de devoir vendre leurs produits périssables, comme le beurre et le fromage, au plus vite en se rendant immédiatement dans les villes voisines, ils peuvent maintenant les garder au frais, limiter leurs déplacement et les vendre en gros », souligne Aya Shoshan.

L’installation d’une baratte électrique a par ailleurs permis d’accroître la production de beurre et de fromage de 15%. Auparavant, il revenait à deux femmes de battre le lait, pendant des heures. L’utilisation d’eau fraîche a également amélioré la qualité, permettant aux fermier de vendre leurs produits 50% plus cher qu’avant.

Les vies des femmes, qui sont les responsables de la production de produits laitiers, se sont ainsi améliorées. Le linge est désormais lavé en machine. Et les familles ont accès à la télévision et la radio. Les enfants, le soir, peuvent faire leurs devoirs à la lumière d’une lampe, quand ils devaient auparavant travailler à la lueur de la bougie.

« Pour la première fois de ma vie, je me sens vivre comme un être humain », témoigne Ali Awad, du village de Tuba. « En quoi ces infrastructures de base constituent-elles une menace pour Israël ? »

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

Photo :Eliad Orian, de Comet, dans la grotte qui fait office de centre de commande de la poduction électrique de Masafer Yatta © Mel Frykberg, IPS

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire