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Alerte rouge au réchauffement climatique

par Arnaud Bihel

L’Agence internationale de l’énergie observe un niveau record des rejets de CO2. Le scénario qui se profile, sur fond de croissance, laisse peu d’espoir de contenir la hausse des températures sous le seuil des 2°C.


En 2010, 30,6 gigatonnes (Gt) de CO2 ont été relâchées dans l’atmosphère, une hausse de 5% par rapport à 2008 – dernière année record après une baisse en 2009, attribuée au ralentissement industriel dû à la crise économique.

Ces chiffres portent « un coup sévère à nos espoirs de limiter la hausse globale des températures en dessous des 2ºC », commente l’économiste en chef de l’AIE, Fatih Birol. Une augmentation des températures de 2 °C d’ici la fin du siècle, c’est ce qui pourrait conduire à « dangereux changement climatique » selon les scientifiques du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat).

Pour rester sous ce seuil, les prévisions les plus optimistes estiment que les rejets de CO2 doivent être stabilisés sous les 32 Gt par an en 2020. C’est à dire ne pas augmenter plus, dans les 10 prochaines années, qu’ils ne l’ont fait sur la seule année dernière.

L’économiste Nicholas Stern, cité par The Guardian, se fait plus pessimiste encore : « Ces chiffres indiquent que [les émissions] tendent se rapprocher d’un scénario ‘business as usual’. Selon les projections [du GIEC], un tel scénario implique 50% de risque d’un réchauffement global de 4°C d’ici 2100 ».

La menace de la croissance

Ne pas dépasser le pic de 32 Gt : la croissance économique, en particulier dans les grands pays émergents – Chine et Inde – rend improbable ce scénario, constate l’AIE. Sans pour autant remettre en cause le dogme de la croissance, présentée comme garantie du bien-être : « Le défi d’améliorer et maintenir la qualité de vie des personnes dans tous les pays tout en limitant les émissions de CO2 n’a jamais été aussi grand », observe l’agence. Sir David King, ancien conseiller scientifique du gouvernement britannique, avertit pourtant : les chiffres ne font que confirmer le lien entre l’accroissement du PIB et la hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Dans son précédent rapport, l’AIE jugeait que « la faiblesse des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris en vertu de l’accord de Copenhague réduit indubitablement la probabilité de concrétisation de l’objectif de 2°C ». Autrement dit, dès l’an dernier, l’agence doutait de la possibilité d’une telle imitation de la hausse des températures.

Au vu de ces derniers chiffres alarmants, « des décisions audacieuses et décisives » doivent être prises très vite, lance Fatih Birol. Car depuis l’échec du sommet de Copenhague, il y a un an et demi, les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique piétinent.

En décembre dernier à Cancun, les promesses n’ont atteint que 60% de ce qui est nécessaire pour contenir la hausse des températures sous les 2°C, estime la négociatrice en chef de l’ONU sur le climat, Christina Figueres. Avant le prochain sommet à la fin de l’année en Afrique du Sud, les négociateurs se retrouveront à Bonn dans les prochains jours, du 6 au 17 juin. Avec en tête cette dernière alerte, mais en main peu de cartes pour espérer des réponses.

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3 commentaires

Finiderire 30 mai 2011 - 13:46

Bonjour,

CO2 ou déchets radioactifs ? C’est la question qui résume l’actualité du jour avec le rejet du nucléaire par le Japon et l’Allemagne.

Réponse : ni l’un ni l’autre si on se donne la peine de développer l’énergie solaire, l’éolien et les autres énergies.

a+, =)
-=Finiderire=-

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Joke 31 mai 2011 - 12:46

Pour compléter ce que dit #1 Finiderire

« Depuis des années, EDF se voit reprocher de minimiser les coûts du démantèlement des équipements et de la gestion du combustible usé, et de provisionner trop peu pour cela dans ces comptes. Par un tour de passe-passe comptable, l’électricien national vient d’ailleurs d’affecter la moitié du capital de Réseau de transport d’électricité (RTE) au fonds de démantèlement des centrales. De quoi accréditer l’idée que ces coûts reviendront un jour à la charge du contribuable… Aux yeux de certains analystes, en particulier américains, l’ensemble de ces coûts rend aujourd’hui le nucléaire en réalité moins compétitif que l’éolien ou le solaire photovoltaïque. Lesquels possèdent en outre l’avantage d’être déployés plus rapidement. »

Nucléaire : l’impasse industrielle
Marc Chevallier
Alternatives Economiques n° 303 – juin 2011
http://www.alternatives-economiques.fr/nucleaire-nbsp—l-impasse-industrielle_fr_art_1094_54432.html

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agnes.maillard 14 juin 2011 - 16:49

En fait, selon les chercheurs de Météo France, nous sommes déjà actuellement au-delà du pire scénario de réchauffement climatique que tous les modèles prévoyaient. Et on ne parle pas du réchauffement comme hypothèse pour dans 5 ans, on parle de maintenant!

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