Accueil Politique Contre le culte de la maigreur, des propositions excessives ?

Contre le culte de la maigreur, des propositions excessives ?

par Arnaud Bihel

Interdire les mannequins trop maigres et les photos retouchées dans les magazines jeunesse : ce sont deux propositions émises dans un rapport sur la politique de santé afin de « réduire la pression sociale d’un idéal minceur inaccessible ».


 

Interdire les photos retouchées dans les magazines jeunesse, et interdire de défilés les mannequins trop maigres. Au-delà de diverses propositions concernant spécifiquement la nutrition et la santé, ce sont deux mesures choc préconisées dans le rapport « pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française de santé publique » remis cette semaine à la ministre de la Santé.

Il importe de « réduire la pression sociale d’un idéal minceur inaccessible pour de nombreux individus (notamment les adolescentes) », écrit le professeur Serge Hercberg, « monsieur nutrition » auteur de ces propositions.

« Favoriser (…) une représentation de l’image du corps plus en phase avec la réalité »

Le malaise du rapport au corps chez les adolescents, et surtout les adolescentes, c’était l’un des aspects soulevés dans le dernier « bilan de la santé des collégiens en France », publié au début du mois de septembre par l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé). Il montrait que les jeunes filles sont plus d’un tiers (et les garçons un quart) à se trouver trop grosses, cette perception augmentant avec l’âge. Une sur cinq suit un régime. Pourtant, seulement 10 % des collégiens sont en surpoids – et les filles encore moins que les garçons (Voir : Un tiers des collégiennes se trouvent trop grosses).

C’est donc afin de « favoriser (…) une représentation de l’image du corps plus en phase avec la réalité au niveau de la population, notamment des jeunes », que Serge Hercberg propose ces deux mesures : « interdiction des retouches de photos dans les magazines et journaux (notamment destinés à la jeunesse) » et « interdiction de faire défiler des mannequins » trop maigres, plus précisément dont l’Index de Masse Corporelle (IMC) est inférieur à 19 (L’IMC correspond au poids divisé par le carré de la taille, exprimé en kg/m2).

Parlement frileux

Le législateur osera-t-il suivre ces recommandations ? Rien n’est moins sûr. En septembre 2009, la députée UMP Valérie Boyer avait déposé une proposition de loi qui n’allait pas si loin : elle proposait de signaler obligatoirement « les photographies publicitaires de personnes dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image ». Elles seraient « accompagnées de la mention : “Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne”. » Mais ce texte n’a jamais été examiné par l’Assemblée nationale.

Quant à l’interdiction de défilés sur la base de l’IMC, c’est encore moins vraisemblable. L’Organisation mondiale de la santé considère qu’une personne est en sous-poids si son IMC est inférieur à 18,5 – ce qui concerne 5% des personnes en France. Mais la légitimité de cet indice est contestée. En faire « une référence légale ne semble donc pas être un choix satisfaisant, étant donné son caractère sommaire et essentiellement destiné à lutter contre l’obésité dans le cadre de comparaisons internationales », relevait ainsi en 2008 un rapport du Sénat.

L’Espagne et Israël ont légiféré

Pour autant, quelques pays ont déjà pris des mesures radicales, similaires à celles préconisées par Serge Hercberg. En 2006, l’Espagne a légiféré pour interdire aux mannequins ayant un IMC inférieur à 18 de participer aux défilés. Une décision prise après le décès d’une mannequin de 22 ans, sous alimentée, morte d’épuisement à la fin d’un défilé.

Au printemps 2012 le Parlement israélien a interdit, lui, les images de mannequins trop maigres : les modèles, hommes et femmes, présentant un IMC de moins de 18.5 ne peuvent plus apparaître dans les publicités (Voir : Israël dit stop aux mannequins trop maigres). Le texte de loi israélien oblige également à indiquer clairement si les images ont été retouchées.

Quelques mois plus tôt, le ministre de l’Égalité norvégien avait projeté d’accoler des avertissements aux photos ou affiches utilisant des images de mannequins retouchées (Voir : La Norvège s’en prend aux images anorexiques). Mais cette mesure est restée à l’état de projet.

 

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2 commentaires

midinet 31 janvier 2014 - 18:04

Si nouvellesNews lançait une rubrique « comment répondre/ se comporter avec un goujat ? » …celui qui vient de passer, comptable, la soixantaine, m’a proposé tout de go de m’emmener en Tunisie pour l’accompagner pour son séjour (travail) : que lui dire à son retour ? Pour 250 KE je pourrais étudier votre proposition… puis l’on détourne le regard et on tend la main pour le chèque… j’ai envie d’ajouter « vous pourriez peut-être utiliser votre main gauche tout seul, ça calme les ardeurs »… 10 KE le conseil !

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élodie 31 janvier 2014 - 18:46

« midinet »
« comment répondre/ se comporter avec un goujat ? »

un manuel pratique de défense à l’usage des femmes, consultable en ligne : http://www.editions-zones.fr/spip.php?article60

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