Accueil Eco & SocialEnvironnement Climat : faux accord, vrai fiasco

Climat : faux accord, vrai fiasco

par Arnaud Bihel

Yvo de Boer, le responsable des négociations pour l'ONU, a lcommenté laconiquement : Le sommet de Copenhague a accouché d’une souris, et ce n’est pas une souris verte. La COP-15, qui devait être un tournant décisif pour freiner le réchauffement climatique, en fixant un cadre juridiquement contraignant pour prolonger le protocole de Kyoto après 2012, n’a atteint aucun de ses objectifs. « On aurait pu mieux faire », a laconiquement commenté Yvo de Boer, le responsable des négociations climatiques pour l’ONU (photo). En vérité, il aurait été difficile de faire pire.


 

Pseudo-accord

A l’issue de ces deux semaines de négociations houleuses dans la capitale danoise, un texte de consensus entre gros émetteurs, notamment Chine et Etats-Unis, est certes sorti au forceps, dans la nuit de vendredi à samedi. Mais il contient surtout du vent. Et on ne peut pas parler d’accord au sens propre, puisque si la présidence de la conférence a « pris acte » du document, plusieurs pays, parmi ceux en développement, ne comptent pas l’entériner.

 
Impuissance
 
Les signataires s’engagent à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, mais aucun engagement chiffré ne vient appuyer cette promesse. Et, Barack Obama l’a reconnu, le texte ne sera pas juridiquement contraignant. Chaque pays développé est censé, dans les mois qui viennent, fixer ses propres objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour 2020. Et les pays en développement expliciter leurs actions d’atténuation.
 
Autre aveu d’impuissance : la déclaration ne prévoit aucun engagement pour 2050, ce qui était pourtant l’un des objectifs de la conférence.
 
Quant aux financements, si le texte annonce une aide de 100 milliards d’euros aux pays en développement à l’horizon 2020, la nature de ces financements est imprécise : ils proviendront « d’une grande variété de sources, publiques comme privées ».
 
« Fiasco », « honte », « forfaiture », « échec abject »… chez les défenseurs de l’environnement, les mots sont violents pour dénoncer cette issue lamentable.
 

Qui est responsable de cet échec ?

Les pays occidentaux rejettent la responsabilité sur la Chine, qui a refusé de sacrifier sa croissance pour des objectifs contraignants. Mais pour les ONG et les pays pauvres, la faute incombe aux pays développés dans leur ensemble, Etats-Unis en tête, qui ont fait preuve d’arrogance tout au long des négociations. La plupart des propositions, dont la dernière, ont été rédigées en coulisses, entre puissants, sans tenir compte des négociations multilatérales. L’Union européenne, qui devait jouer un rôle moteur, est surtout apparue incapable de faire preuve d’unité.

 

« Racisme »

La journaliste et auteure Naomi Klein voit dans « les calculs froids » des pays riches au Bella Center ni plus ni moins que du « racisme » : « Réagirait-on ainsi si c’est l’Australie qui risquait de sombrer sous les eaux », et non les petites îles du Pacifique ? (voir la vidéo ci-dessous). Pour le délégué soudanais, président du groupe des pays pauvres, cette issue est comparable à l’holocauste. Il est vrai que selon les experts, un réchauffement global de 2°C impliquerait, sur le continent africain, une hausse des températures de 3,5°C.

 

Un rapport révélé cette semaine indique aussi que même en s’en tenant aux engagements les plus ambitieux annoncés à Copenhague, la température mondiale monterait tout de même de 3°C. Ce qui, selon les scientifiques du GIEC, impliquera des catastrophes climatiques à grande échelle dans les prochaines décennies, tout particulièrement dans les pays du Sud. Décidément les grands perdants de ce sommet nordique.

 

 

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