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Coup de foudre à Arras

par Arnaud Bihel

PasSonGenreQuand un prof de philo parisien muté à Arras rencontre une coiffeuse reine du karaoké, de quoi se parlent-ils entre deux galipettes ? Littérature, musique et cinéma : leurs goûts sont aux antipodes. Mais en matière d’amour, c’est elle qui va lui donner une leçon. La critique du mardi de Valérie Ganne.


 

Le roman Pas son genre, de Philippe Vilain, racontait à la première personne la rencontre d’un jeune professeur de philosophie avec une jolie coiffeuse : a priori pas du tout son genre. Avec justesse, le film de Lucas Belvaux choisit de donner autant d’importance à Jennifer la coiffeuse qu’à Clément le philosophe-écrivain, pour qui quitter Paris équivaut à mourir socialement.

Le temps d’une année scolaire, le beau jeune premier (Loïc Corbery, estampillé Comédie française) se laisse peu à peu dépasser et submerger – comme le spectateur – par la vague Emilie Dequenne. L’héroïne du Rosetta des frères Dardenne et d’A perdre la raison de Joachim Lafosse nous avait déjà épatés en incarnant des héroïnes intenses et sombres. La voici lumineuse et solaire, un rôle en or au sens propre du terme. L’actrice, ici blonde platine, donne davantage que la simple « gaieté bonne et courageuse de tout son être » (portrait de Denise dans Au bonheur des dames de Zola que lui lit un jour Clément). Bonus imprévu, elle s’avère excellente chanteuse : du « You can’t hurry love » du début de leur histoire d’amour au « I will survive » qui en sonne la fin, les séances de karaoké sortent le film de son classicisme parfois pesant. On aurait même aimé qu’Emilie Dequenne chamboule davantage l’univers de son compatriote belge Lucas Belvaux, devenu plus sérieux de film en film (Rapt, 38 témoins pour les deux précédents).

Quand, sans vouloir y mettre du mépris, Clément s’applique à lui expliquer la philosophie, Jennifer somnole sur Kant sans y croire, sachant qu’à vouloir expliquer et disséquer, on en oublie de vivre. Pas son genre n’est pas une comédie romantique à la française : amèrement, Lucas Belvaux souligne l’immobilisme de notre société. On peut aimer quelqu’un d’une autre classe sociale et culturelle, mais ces histoires finissent mal en général. La coiffeuse le comprendra bien avant le philosophe et son renoncement en fait une poignante héroïne moderne.

 

Pas son genre de Lucas Belvaux, adapté du roman éponyme de Philippe Vilain avec Emilie Dequenne et Loïc Corbery, produit par Agat Films et Artemis, distribué par Diaphana. Sortie le 30 avril 2014.

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