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Le cri d’alarme de ministres européens contre la montée du racisme

par Arnaud Bihel

17 gouvernements étaient représentés à Rome lundi 23 septembre pour apporter leur soutien à la ministre italienne de l’Intégration, Cécile Kyenge, et rappeler leur condamnation unanime de la montée de la xénophobie.


 

« Parce que le racisme ne peut rester sans action ni réaction, nous demandons un pacte européen pour la diversité réussie. » A l’initiative de la ministre belge de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet, 17 représentants de gouvernements de l’Union Européenne étaient réunis à Rome lundi 23 septembre pour témoigner leur soutien à la ministre italienne de l’Intégration, Cécile Kyenge, victime « de propos racistes outranciers. »

Dans une lettre ouverte, les 17 ministres s’indignent de la xénophobie et de l’intolérance « encore trop présentes en Europe » et s’insurgent contre « les partis populistes (qui) prennent de l’ampleur dans de nombreux pays européens ». Ils dénoncent ainsi un racisme latent et grandissant au sein de l’Europe, relayé par des partis dont les « messages sont empreints d’idées xénophobes, nationalistes et protectionnistes. »

« Promouvoir une société ouverte et tolérante »

Rappelant que « la xénophobie et la haine de ‘l’autre’ ont alimenté les guerres en Europe pendant des décennies, voire des siècles », la lettre ouverte de ces 17 ministres – notamment français, britannique, belge, roumain, suédois – réclame « instamment à la Commission européenne de proposer un pacte pour une Europe de la diversité, une Europe engagée dans la lutte contre le racisme. »

Cécile Kyenge, d’origine congolaise, est la première ministre noire à être entrée au sein du gouvernement italien, le 28 avril dernier. Appels au viol, menaces de mort, propos racistes ont rythmé ses cinq premiers mois d’exercice politique en tant que ministre de l’Intégration. En apportant leur soutien à celle qui est devenue malgré elle le symbole de la lutte contre le racisme et l’extrême-droite, les ministres de l’Union Européenne tiennent surtout à remettre au goût du jour la défense des valeurs universelles que sont les droits de l’Homme. « En tant qu’Etats membres de l’UE, il nous incombe de protéger et de promouvoir les droits de l’Homme au sein même de l’Union mais aussi de par le monde », écrivent-ils, en soulignant :« chaque jour, nous devons promouvoir une société ouverte et tolérante, une société européenne de la diversité réussie. »

Les Roms, l’autre racisme

Une lettre ouverte qui prend tout son sens dans le climat empreint de racisme anti-Roms qui règne actuellement en Europe. Ironie du sort, ce cri du cœur des ministres a été publié le même jour que la révélation par le quotidien suédois Dagens Nyheter de l’existence d’un fichier créé par la police suédoise de la région de Scanie, dans le sud du pays, répertoriant plus de 4.000 Roms, dont 1.000 enfants. Une information qui a scandalisé la Suède. Alors que le ministre de l’Intégration suédois, Erik Ullenhag, a estimé qu’une telle pratique était « révoltante », la ministre de la Justice, Béatrice Ask, a rappelé pour sa part que la constitution de fichiers reposant sur des critères ethniques était illégale en Suède, la loi garantissant une protection étendue des droits individuels.

Mais le pays scandinave n’est pas le seul à connaître ce type de débordements. En France, outre un juge toulousain qui aurait accusé les Roms de « piller la France », ce sont aussi les élections municipales qui se jouent sur fond de polémiques liées aux Roms. La candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, n’avait pas hésité à affirmer le 18 septembre : « Vous avez l’impression qu’on harcèle beaucoup les Roms ? Parce que moi, j’ai l’impression que les Roms harcèlent beaucoup les Parisiens ». Sa rivale socialiste lui emboîtait le pas lundi 23 septembre, en soulignant que « Paris ne peut pas être un campement géant ».

« Certains politiques au sein de l’Union européenne expriment ouvertement leur haine de ‘l’autre’, qu’il soit rom, juif, ou musulman, bref à l’égard de tout individu qui diffère de la norme », pourfend la lettre ouverte des 17 ministres européens. Une dénonciation qui devrait faire siffler les oreilles de certains… Ou pas.

 

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