Accueil Médias Une année de télé et radio : les chiffres « insuffisants » de la représentation des femmes

Une année de télé et radio : les chiffres « insuffisants » de la représentation des femmes

par Arnaud Bihel
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Sylvie Pierre-Brossolette entourée de membres du Comité d’orientation pour les droits des femmes du CSA, Jean-Paul Cluzel, Carole Bienaimé-Besse, Jacques Sanchez et Janine Mossuz-Lavau.

Les télévisions et radios nationales doivent désormais fournir au CSA des chiffres exhaustifs sur la représentation des femmes et des hommes dans leurs programmes. La première fournée montre le chemin qui reste à parcourir.

« Cela n’avait jamais été fait, ni en France, ni ailleurs », se réjouit Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du groupe de travail « droits des femmes » du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). C’est en effet une « première évaluation d’une ampleur totalement inédite » sur la représentation des femmes dans les programmes qu’a dévoilée le CSA mardi 8 mars.

Pour la première fois, l’ensemble des chaînes de télévision diffusées sur la TNT et les radios nationales ont dû, en 2015, fournir au CSA des données détaillées sur la place des femmes dans leurs programmes. Une conséquence de la loi du 4 août 2014 suivie d’une délibération du CSA début 2015.

Voir aussi : En trois ans, pas plus de femmes à l’écran

Contrairement aux comptages effectués jusque là par le CSA, l’INA ou le GMMP, qui portent sur des périodes et souvent des horaires définis, c’est sur l’ensemble de leurs programmes, sur l’année entière, que les chaînes et stations doivent désormais rendre des comptes. « Cette année c’est une photographie, c’est un point de départ, qui permettra d’observer les évolutions à partir de l’année prochaine », relève Sylvie Pierre-Brossolette. Qui se dit « persuadée qu’il y aura des progrès dans les prochaines années. Car les chaînes vont découvrir les scores des autres, il va y avoir un effet d’entraînement. »

En attendant, ces premiers chiffres restent complexes à appréhender. « C’était une année de rodage, et il subsiste quelques imperfections », admet Sylvie Pierre-Brossolette.

Les expertes loin du compte

Principal constat : selon les chaînes et stations, il existe de fortes disparités. Notamment sur la part des femmes et des hommes parmi les présentateurs/animateurs (seulement 17% de femmes sur RMC mais 51% sur TF1). Globalement, la plupart sont proches de la parité. Idem chez les journalistes/chroniqueurs, où là encore RMC se distingue comme le média audiovisuel le plus masculin, avec seulement 19% de femmes, quand elles sont 60% sur France 3.

En moyenne, d’ailleurs, la télévision met en avant davantage de femmes que la radio. Le CSA en profite pour rappeler qu’il avait déjà dressé ce constat en 2014 : « Lorsque le média ne comporte plus d’image mais seulement des voix, les présentatrices, en augmentation sur les écrans, disparaissent de l’antenne pour laisser la place aux hommes ».

Sans grande surprise, les chiffres sont « plus préoccupants » en ce qui concerne la place des expertes, des invitées politiques et « autres intervenantes ». Globalement, elles représentent entre 20% et 30% des invités. Côté télévision, cartons rouges à Paris Première (15% d’expertes), Canal+ et BFMTV (18%). Côté radios, France Inter ne fait guère mieux avec 20% d’expertes et 21% d’invitées politiques. Europe 1 affiche 36% d’expertes mais seulement 18% d’invitées politiques.

« Ces chiffres sont tout à fait insuffisants », juge Sylvie Pierre-Brossolette. « Il faut absolument que davantage de femmes soient invitées en tant que ‘sachantes’ , pour remettre en cause les stéréotypes ».

Entre 20% et 30% d’expertes, c’est toutefois davantage que ce que les études observaient jusque là, avec toujours moins de 20% d’expertes. Mais il est difficile d’analyser ces chiffres dans la mesure où « ils ne sont pas raffinés », admet Sylvie Pierre-Brossolette. « Il faudrait croiser par l’audience, cibler davantage selon les tranches horaires. Année après année, il faudra être plus exigeant. » La chaine M6 avance ainsi avoir fait appel à une majorité de femmes expertes (59%). Mais « elles s’exprimaient sans doute dans des émissions féminines plutôt que sur le nucléaire », reconnaît Sylvie Pierre-Brossolette. Difficile d’y voir, dans ce cas, une remise en cause des stéréotypes.

‘Prenons la une’ veut des engagements

« Plus que jamais nous demandons que les discours sur la représentation des femmes dans les médias soient accompagnés d’actions concrètes, pour que l’année prochaine, lors du prochain rapport du CSA, les médias n’apparaissent plus comme une caricature de notre réalité, avec des femmes expertes sous-représentées », a réagi le collectif de femmes journalistes ‘Prenons la une’, en demandant « aussi que les chaînes s’engagent sur des objectifs de progression pour l’année 2016. Un simple état des lieux annuel ne suffira pas à faire progresser la part des femmes dans les médias. »

La veille, ‘Prenons la une’ publiait une série de 14 entretiens vidéo avec des personnalités responsables de médias, le collectif de femmes journalistes relève que « si la majorité de ceux qui nous ont répondu sont sensibilisés à la question – ce qui est une avancée – on retrouve hélas peu d’actions concrètes pour faire évoluer la situation. »

Les actions concrètes sont pourtant possibles, remarque ‘Prenons la une’. « Marie-Christine Saragosse (présidente de France Médias Monde) ou Delphine Ernotte ont fait du combat pour la représentation des femmes une marque de fabrique, au risque de s’attirer quelques critiques ». De fait, seule France Médias Monde a fourni au CSA des engagements concernant la future programmation et les ressources humaines. C’est que de tels engagements étaient facultatifs, contrairement aux données chiffrées qui sont obligatoires. Facultatifs, et donc… « oubliés », reconnaît Sylvie Pierre-Brossolette.

La présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a de son côté assuré à ‘Prenons la une’ qu’elle portera l’objectif de 30% de femmes expertes invitées sur les plateaux, atteint en 2015 après un engagement de son prédécesseur, à 35% d’ici la fin de l’année 2016. « C’est une avancée, mais à quand une représentation des expertes qui soit paritaire ? », interroge le collectif.

 

Voir aussi notre dossier :

FEMMES À L’ANTENNE

 

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flo 8 mars 2016 - 19:26

Il faut aller voir la gueule du site Politiquemedia du jour ! Un gros effort pour cette journée du 8 mars : que des femmes ! Non je blague… on leur a laissé une petite place jusqu’à 8 heures du matin, après, on a sorti l’artillerie lourde… Faut pas déconner non plus..

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