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Dansant, le harcèlement ?

par Juliette Sabatier
#LacheMoiLaVille, slogan de l'association Stop Harcèlement de Rue - ©Holly R.

#LacheMoiLaVille, slogan de l’association Stop harcèlement de rue – © Holly R.

Un clip de RnB montre sous un jour sympathique le harcèlement… L’association Stop harcèlement de rue tire la sonnette d’alarme.

Gros plan sur des fesses dans un legging moulant. Deux jeunes hommes suivent de près une jeune femme, mimant leur excitation… C’est le point de départ d’une courte vidéo promotionnelle du chanteur JSK (John-Steve Kend) pour l’un de ses derniers titres : « T Trop Moche ».

Anne Favier, membre du comité de pilotage de l’association Stop harcèlement de rue a épinglé ce clip, déjà vu plus de 1,6 millions de fois sur Facebook : « Il pose un problème de sexisme ordinaire flagrant, avec une objectivation de la femme. Le comportement des hommes dans cette vidéo banalise le harcèlement de rue, qui est un problème de société à prendre au sérieux, sans aucune prise de recul qui pourrait indiquer un second degré. C’est une insulte à toutes les personnes qui le subissent tous les jours. »

Facebook #StopHarcelementdeRue

En réponse, l’argument de l’humour est avancé, comme toujours, par les défenseurs du chanteur. Que le « scénario » soit censé amuser est certain : sa chute repose sur le fait que la jeune femme harcelée est laide et ses poursuivants sont médusés de voir son visage « trop moche ». Mais la défense par « l’humour »‘ est grossière et ne tient pas, quand on lit les messages par lesquels le chanteur introduit sa vidéo : « Voilà comment ça s’passe quand Jaymaxvi et moi, on voit une fille chargée ! », « Quel kiffe [sic] de faire bouncer et faire rire des MILLIONS de personnes à la fois !!!! »

Consternant, pas hilarant

Montrer, sans décalage ni caricature, une scène de harcèlement de rue, qui se termine par une insulte à la jeune femme, n’a rien de comique. Certes, les clips de rap et de RnB nous ont habitués à toutes les outrances sexistes. « Mais, souligne Anne Favier, ce n’est ni argument valide pour éviter de traiter un problème existant (plutôt une manière de le fuir), ni un point de vue construit. La relativisation à outrance est l’ennemie de l’évolution sociale, ce n’est pas comme ça que l’on peut espérer s’améliorer. » Surtout concernant une forme d’agression des femmes, dans l’espace public, qui commence seulement à être dénoncée et combattue.

Cette vidéo, commise en complicité avec Jaymaxvi, jeune vidéaste, bat en brèche, devant un public jeune, le discours des associations qui expliquent précisément que le harcèlement est inacceptable, dans la rue, les transports (Voir : Harcèlement dans les transports : réveiller les consciences). Il est désolant de voir deux jeunes artistes montant mettre en avant des images aussi rances. On espère qu’après le « carwash » (où des filles en bikini nettoient une voiture avec leur corps), le harcèlement de rue ne deviendra pas une figure de style des clips de RnB.

 

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