Des lycéens en jupe à Nantes ? Les anti-genre s’étranglent

par Arnaud Bihel

JupeLe Figaro relaie les cris du président de l’UNI et de la « manif pour tous » nantaise contre une journée d’action anti-sexisme dans l’académie de Nantes. Où l’on observe que Conchita Wurst hante toujours les esprits.


 

Des garçons en jupe ou maquillés dans les lycées de l’académie de Nantes ce vendredi 16 mai ? C’est un article du Figaro étudiant qui a mis le feu aux poudres ce mercredi en évoquant ce qui n’avait rien de secret. Dans 27 lycées de l’académie de Nantes, vendredi, aura lieu une action de lutte contre le sexisme : « Ce que soulève la jupe » (du nom d’un ouvrage de Christine Bard).

Il ne s’agit pas seulement que les garçons portent une jupe. Et ce n’est d’ailleurs même pas l’objectif premier. Il s’agit d’« inviter filles et garçons, élèves et adultes, à porter une jupe ou un autocollant “Je lutte contre le sexisme, et vous ?” ». Mais aussi, et surtout, d’organiser des échanges sur les « formes de discriminations, de sexismes et de préjugés à l’égard des filles ». Un événement organisé par des lycéens eux-mêmes, élus au Conseil Académique à la vie lycéenne (Les 4 pages d’explications à télécharger ici).

La phobie Conchita Wurst

Mais évidemment, les opposants à la prétendue « théorie du genre » s’étranglent. « Et les filles, elles portent une barbe ? », interroge sur Twitter Frigide Barjot, qui n’a pas encore digéré la victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision. Pas plus qu’Olivier Vial, président du syndicat UNI, à l’origine d’un « observatoire de la théorie du genre ».

VialWurst

Conchita Wurst, toujours, illustre la page Facebook créée la veille par le groupe local « les Nantais pour la famille », émanation de la ‘Manif pour tous’. Dont l’indignation ne fait pas le plein puisque, mercredi midi, seules 31 personnes prévoyaient de manifester devant le lycée Clémenceau de Nantes. La « Manif pour tous » nantaise canal historique, de son côté, appelle à manifester dès jeudi 15 mai devant le même lycée contre cette « opération de féminisation des garçons »… et ne manque pas de commenter : « Nous devrions suggérer à l’établissement de se renommer « Lycée Conchita Wurtz »… »

Le Figaro, créateur de polémique

Le pire, dans le déferlement d’indignation de la réacosphère, est que cette « journée de la jupe » n’est pas une première. Sa première édition a eu lieu l’an dernier, sans soulever la moindre indignation. Déjà, à l’époque, une vingtaine d’établissements de l’académie y avaient participé.

L’article du Figaro le rappelle d’ailleurs. Mais ne manque pas, comme souvent quand il s’agit de questions liées au genre (Voir : L’éducation à l’égalité hérisse Le Figaro), de jeter de l’huile sur le feu. En titrant sur le fait que l’académie « demande » aux garçons de se mettre en jupe (1), alors que, comme il le précise dans l’article, il s’agit d’une « initiative 100 % lycéenne », même si le rectorat la soutient. Et en montant la polémique en sauce à partir de l’indignation d’Olivier Vial. Même le syndicat de parents d’élèves PEEP, marqué à droite, soutient l’initiative « Ce que soulève la jupe ».

L’avantage, avec cette polémique montée de toutes pièces, c’est que cette journée anti-sexisme aura une visibilité inespérée.

 

Lire aussi sur les Nouvelles NEWS :

Les dérangés du genre à l’assaut des écoles

Et :

A Cambridge, l’habit ne fera plus le genre

Shorts interdits ? Ils travaillent en jupe

 

 


 

(1) Un  engagement un peu trop voyant. Accusé aussi par Le Lab de chercher à pousser la polémique à l’Assemblée nationale, Le Figaro a changé le mot « demande », dans son titre, par « invite ».

 

 

Partager cet article

Laisser un commentaire