Accueil CultureCinéma Deux femmes cinéastes à découvrir

Deux femmes cinéastes à découvrir

par Valérie Ganne

« L’orphelinat » et « Made in Bangladesh », en salles actuellement, sont deux films de pays rares sur les écrans français. Et fait encore plus rare, chacun est signé par une réalisatrice.

L’une, Rubaiyat Hossain, vient de la ville de Dacca, au Bangladesh. L’autre, Shahrbanoo Sadat, d’Afghanistan. Toutes deux sont réalisatrices dans des pays où il est particulièrement difficile de prendre la caméra quand on est une femme. Et où d’ailleurs les femmes ne vont tout simplement pas au cinéma.

Dans « Made in Bangladesh », Rubaiyat Hossain dénonce les conditions de travail des ouvrières du textile de son pays. Elle a fait de longues recherches et mobilisé une des premières syndicalistes bengali, Daliya Akter, devenue conseillère sur le tournage. La cinéaste a eu la chance de pouvoir faire des études, notamment de cinéaste à New York, avant de revenir filmer au Bangladesh celles dont le cinéma ne parle pas. Celles pour qui le travail est une porte vers l’autonomie mais y retrouvent une forme d’esclavage, celles qui affirment en riant : « Nous sommes des femmes. Fichues si l’on est mariées, fichues si on ne l’est pas. » Pour pouvoir filmer discrètement, la réalisatrice a tourné dans une ancienne usine, fermé le plateau et engagé une équipe féminine derrière la caméra (ingénieure du son, décoratrice, monteuse et directrice de la photo, toutes cheffes de poste). Habituée des sujets militants, Rubaiyat Hossain avait traité dans son premier film de l’amour d’une femme bengali et d’un soldat pakistanais. Il avait été retiré des salles au Bengladesh. On espère que celui-ci pourra y être projeté… En attendant, nous avons la chance de pouvoir le découvrir en France.

Quant à Shahrbanoo Sadat, son trajet vers le cinéma est mouvementé et marqué par sa volonté d’échapper à un destin de femme au foyer : d’origine iranienne, elle a grandi à Téhéran avant de suivre ses parents à 11 ans dans le village de bergers de ses grands-parents… en Afghanistan. Elle réussit à aller à l’école (une école de garçons à trois heures de marche) puis, dès ses 18 ans, à rejoindre sa sœur à Kaboul. Elle y a travaillé pour la télévision et à la réalisation de documentaires. Tenace, elle a créé sa propre société de production (Wolf Pictures) pour ses courts métrages. Avant même ses 20 ans, elle a été la plus jeune réalisatrice sélectionnée à la Cinéfondation, une résidence parisienne de quelques mois mise en place par le Festival de Cannes pour les jeunes cinéastes étrangers. Cette pépinière de talents lui a ouvert les portes du cinéma : son premier film a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs, comme le deuxième, « L’orphelinat », d’ailleurs coproduit par des sociétés européennes, tourné au Tadjikistan avec des acteurs non-professionnels afghans et une équipe réduite. Aujourd’hui cette cinéaste que rien n’arrête vit encore à Kaboul et rêve de pouvoir tourner ses prochains films en Afghanistan.   

 

« Made in Bangladesh » : syndicalisme au féminin

Shimu est la meilleure ouvrière d’un atelier bengali qui confectionne chaque jour des milliers de TShirts pour une société américaine. Toutes les femmes y travaillent dans des conditions plus que difficiles et y perdent parfois la vie. Shimu décide donc de monter un syndicat pour les défendre. C’est évidemment le début d’une aventure. Rien à voir avec les habituels films de Bollywood, à l’exception des couleurs vives des étoffes dont les femmes s’habillent et les décorations des rickshaws. « Made in Bangladesh » c’est la réalité d’un pays tout proche de l’Inde, deuxième exportateur mondial de vêtements derrière la Chine. Mais là aussi les choses changent :  la bataille contre l’exploitation capitaliste va de pair avec le combat contre  la domination masculine.

“Made In Bangladesh” de Rubaiyat Hossain Avec Rikita Shimu, Novera Rahman, Parvin Paru, Deepanwita Martin, Mayabi Maya Distributeur : Pyramide, en salles le 4 décembre 2019

Un adolescent sauvé par « L’’orphelinat »

Dans le Kaboul de la fin des années 80, à l’époque de l’occupation soviétique, un adolescent fan de films de Bollywood qui survit dans la rue se retrouve enfermé dans un orphelinat. A la fois historique et comique, « L’orphelinat » est parsemé de fausses séquences musicales façon Bollywood et même de batailles façon kung fu, hommages à un cinéma populaire que les afghans adorent. C’est le portrait à la fois léger et triste d’un pays en guerre depuis quarante ans à travers le parcours de ce jeune afghan inspiré par la vie d’un cousin de la réalisatrice. Ce deuxième volet après « Wolf  and  Sheep » en 2016, devrait être suivi de trois autres films qui nous conduiront peut-être jusqu’à l’Afghanistan d’aujourd’hui.   

« L’orphelinat » de Shahrbanoo Sadat Avec Qodratollah Qadiri, Sediqa Rasuli, Anwar Hashimi Distributeur : Rouge Distribution, en salles le 27 novembre 2019

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire