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Deux femmes et un couffin

par Valérie Ganne

Rencontre fortuite de deux femmes autour d’une grossesse cachée, « Adam » traite avec délicatesse de l’universel sujet de la maternité. Juste et émouvant.

La Médina de Casablanca est un quartier labyrinthique qui cache bien des secrets. Celui de Samia est abrité dans l’appartement qui jouxte un magasin de pâtisseries marocaines : Samia est enceinte. Abandonnée par le père de son enfant qui lui avait promis le mariage, elle a quitté son village pour trouver du travail et a été recueillie par Abla et sa fille de huit ans, Warda : trop heureuse de voir quelqu’un rompre enfin la tristesse de leur vie.

« Adam » n’est pas un film social de plus sur la difficile condition de fille-mère, c’est surtout le portrait de deux femmes qui vont en quelques semaines se rapprocher et s’entraider. Car la vie d’Abla, veuve qui ne sourit jamais – jouée par l’immense Lubna Azabal – a aussi besoin d’une grande bouffée d’air.

La caméra de la réalisatrice suit cette amitié en huis clos entre l’appartement et les quatre murs de la petite pâtisserie : une seule fenêtre ouvre sur le monde extérieur, bordée d’un rideau de fer que l’on tire le soir. A l’intérieur, les scènes entre les deux femmes sont comme des tableaux de Vermeer animés de couleurs plus chaudes. Entre les mains de Samia, la confection des pâtisseries devient un art sensuel. L’appartement est moins une prison qu’un refuge, ouvert par une terrasse sur le toit d’où Abla contemple la ville, où Samia peut jouer et rire avec la petite fille Warda. Nommée ainsi parce que sa mère adorait la chanteuse du même nom, cette petite fille est le double de la réalisatrice : spectatrice de la cruauté du destin de mère célibataire dans son pays, elle découvre surtout la solidarité et la bienveillance entre femmes qui permet de dépasser les épreuves.

 

Adam de Maryam Touzani (France-Maroc, 1h38)

Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda

Produit par Ali N’Productions, Les Films du nouveau monde, Artemis Productions, distribué par Ad Vitam

En salle le 4 février

 

Ce qu’en dit la réalisatrice :

« Adam » est le premier film de Maryam Touzani qui a réalisé plusieurs courts métrages et est également journaliste. Elle a été accompagnée à la production par le cinéaste Nabil Ayouch : souvenez-vous, en 2015, son film « Much loved » avait fait grand bruit en abordant pour la première fois les vies nocturnes d’une bande de prostituées marocaines. « Adam » est inspiré d’une histoire vraie vécue par la réalisatrice lorsqu’elle était enfant.

« Ce film est né d’une vraie rencontre, douloureuse mais inspirante, qui a laissé en moi des traces indélébiles. J’ai connu la jeune femme qui m’a inspiré le personnage de Samia. Elle a atterri à Tanger, fuyant sa famille, après avoir été mise enceinte puis quittée par un homme qui lui avait promis le mariage. Par crainte, par honte, elle n’avait rien dit à ses proches et avait caché sa grossesse pendant des mois. Loin de chez elle, elle espérait accoucher en cachette de son enfant et le donner pour revenir dans son village. Mes parents l’ont accueillie quand elle est venue sonner à notre porte, sans la connaître. Son séjour, censé durer quelques jours, a duré plusieurs semaines, jusqu’à la venue au monde de son enfant. »

« Les femmes marocaines ne sont plus prêtes à se laisser faire. Elles réclament le droit à l’égalité, le droit à disposer de leur corps. Les jeunes générations s’en mêlent et viennent se joindre aux anciennes. C’est du jamais vu et c’est très émouvant. J’espère aussi, de tout mon cœur, que la jeune femme qui a inspiré Adam verra le film et que cela lui donnera du réconfort, qu’elle saura que je ne l’ai jamais oubliée, que ce film lui donnera peut-être de l’espoir, du courage… Car, malgré ces combats, être une mère célibataire est encore une des pires choses qui puisse arriver à une femme aujourd’hui au Maroc, y compris dans les classes sociales instruites ou dites modernes, et le nombre des enfants abandonnés par des filles-mères est effrayant. Une fille-mère qui accouche à l’hôpital est passible de prison.« 

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