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Eastern Boys, rencontre de gare

par Arnaud Bihel

EasternBoysQui sont ces garçons de l’Est qui traînent près de la Gare du Nord à Paris ? De quoi vivent ces migrants, d’où arrivent-ils, veulent-ils repartir pour un autre Eldorado ou rester en France ? Sous forme de fiction, Robin Campillo raconte avec talent l’aventure liant à vie un Parisien et un jeune Ukrainien. La critique du mardi de Valérie Ganne.


 

Divisé en chapitres, Eastern Boys est un conte moderne. Il y a là une bande de mauvais garçons, un prince charmant, le tout dans une jungle contemporaine qui se charge de nuancer ces personnages d’abord caricaturaux. Le film s’ouvre sur une longue séquence tournée à hauteur de vigie à la Gare du Nord : sur le parvis se joue un ballet de jeunes qui n’ont pas de train à prendre mais une journée de combines et de vols à assurer. Beaux, jeunes, malins, ces garçons de l’Est intéressent Daniel, qui vient dans la gare chercher ce que l’on appelle – faussement pudiquement – une « relation tarifée ». Dès cet instant, Daniel tombe dans un piège : les garçons vont s’inviter chez lui (un cambriolage presqu’en douceur lors d’une « fête dont il devient l’otage »), avant que le jeune ukrainien Marek ne s’invite dans sa vie. Prédateur, victime, chaque personnage est tout cela à la fois et successivement. Daniel, d’abord exploiteur silencieux et peu sympathique, se sauvera en sauvant.

Le cinéaste sait jouer à merveille des instruments du documentaire, de la fiction, du fantastique et du suspense. Les acteurs sont tous excellents : mention spéciale au jeune inconnu Marek et à son Boss russe, Kirill Emelyanov et Daniil Vorobjev, qui ne déméritent pas aux côtés d’Olivier Rabourdin (Daniel) dont le talent se bonifie avec le temps. La singularité troublante de ce film est nourrie par une image lumineuse, souvent surexposée, et des décors privilégiant la périphérie (après la gare du Nord, le film se déroule entre un appartement près du périphérique et l’hôtel de banlieue où vit la bande des garçons). Évitant clichés et bons sentiments, tiré d’une histoire réelle, Eastern Boys suscite aussi l’émotion, mais comme par effraction.

On attendait depuis longtemps des nouvelles de Robin Campillo comme réalisateur (il est scénariste et monteur, notamment des films de Laurent Cantet) : son premier long métrage très réussi, à l’origine de la série télévisée à succès Les revenants, date d’il y a déjà dix ans, mais n’était donc pas qu’une étoile filante. Le deuxième prouve définitivement que Campillo est un cinéaste de grand talent.

 

Eastern Boys de Robin Campillo, avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov, Daniil Vorobjev, produit par Les Films de Pierre, distribué par Sophie Dulac. Prix Orizontti du meilleur film à la Mostra de Venise. Sortie le 2 avril 2014.

 

 


EASTERN BOYS de Robin Campillo – Bande Annonce par SDulacDistribution

 

 

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1 commenter

zazaopera 1 juillet 2014 - 11:19

J’ai vraiment adoré ce film, dont la scene de cambriolage, toute en douceur comme l’a écrit Valérie Ganne, est également trés angoissante et cependant libératrice ! Mais à quoi me servent donc ces grand tableaux qui recouvrent les murs de mon appart, ainsi que cette énorme TV ? trés belle réalisation. Avec une froideur, un coté chirurgical qui finit cependant par toucher et émouvoir, tant le personnage de Malek est mystèrieux, sensible et beau. « Tu es beau, tu es trés beau, tu le sais ? » Ce film l’est aussi !

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