Accueil International « Elles ne sont pas des criminelles » : Amnesty dénonce la loi sur l’avortement en Irlande

« Elles ne sont pas des criminelles » : Amnesty dénonce la loi sur l’avortement en Irlande

par Arnaud Bihel
Avortement Irlande

Manifestation pour le droit à l’avortement, le 17 novembre 2012 à Dublin, après la mort de Savita Halappanavar, qui a relancé le débat sur l’IVG dans le pays. Par William Murphy from Dublin, Ireland [CC BY-SA 2.0], via Wikimedia Commons

En Irlande, on risque 14 ans de prison pour un avortement. Amnesty International presse l’Irlande de dépénaliser l’IVG (au moins en cas de viol, d’inceste et d’anomalie du foetus), quelques semaines après l’adoption du mariage pour tous par référendum.


 

La loi sur l’avortement en Irlande, pays de l’Union européenne, est l’une des plus restrictive au monde. Dans un rapport publié mardi 9 juin, « Ce n’est pas une criminelle. La loi sur l’avortement en Irlande et ses conséquences », Amnesty International déplore que dans le pays, la vie du fœtus passe avant celle de la mère.

La loi irlandaise contraint chaque jour une dizaine de femmes et jeunes filles à se rendre à l’étranger pour y avoir recours à une interruption de grossesse, « avec un coût considérable sur le plan psychologique, financier et physique », insiste l’ONG. « Celles qui ne peuvent pas effectuer le voyage se retrouvent privées des soins nécessaires, ou risquent des sanctions pénales si elles avortent illégalement chez elles. »

« Climat de peur »

Malgré une petite avancée en juin 2013 (la loi autorise l’IVG en cas de danger pour la vie de la mère, mais avec des garde-fous), la situation n’a pas vraiment changé : « La législation draconienne de l’Irlande a créé un climat de peur, dans lequel les accompagnants risquent des amendes s’ils disent aux femmes comment obtenir des soins médicaux ; en conséquence, certaines femmes fuient purement et simplement les médecins », déclare Colm O’Gorman, directeur exécutif d’Amnesty International Irlande.

L’ONG avance plusieurs témoignages, comme celui de Róisí, contrainte de porter un fœtus mort pendant plusieurs semaines car les médecins voulaient être absolument sûrs que son cœur ne battait plus.

Un référendum ?

A l’été 2014, c’est le Comité des droits humains des Nations Unies qui appelait le pays à « réviser sa législation sur l’avortement, jusque dans sa Constitution, pour envisager des exceptions supplémentaires dans les cas de viol, d’inceste, de risques graves pour la mère ou de malformation du foetus ».

Voir : Avortement : l’ONU presse l’Irlande

Amnesty International interpelle à son tour l’Irlande pour dépénaliser l’IVG (au moins en cas de viol, d’inceste et d’anomalie du foetus), alors que le pays vient de jouer les pionniers en devenant le premier à approuver par référendum le mariage entre personnes de même sexe. En septembre 2014, une coalition d’associations lançait une campagne pour réclamer un référendum sur le 8ème amendement, inclus à la constitution en 1983, qui érige en principe le « droit à la vie de l’enfant à naître ».

Voir : En Irlande, le « train de la pilule abortive »

C’est d’ailleurs par référendum que ce 8ème amendement avait été adopté il y a plus de 30 ans. Aujourd’hui, selon un sondage de Sunday Independent et Millward Brown, 63% des Irlandais seraient favorables à l’IVG dans le cas d’une anomalie du fœtus et 67% dans le cas d’un viol. Mais seulement 32% jugent l’avortement acceptable s’il n’est pas lié à un viol, à des risques médicaux ou un risque de suicide.

 

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Photo : manifestation pour le droit à l’avortement, le 17 novembre 2012 à Dublin, après la mort de Savita Halappanavar, qui a relancé le débat sur l’IVG dans le pays. Par William Murphy from Dublin, Ireland [CC BY-SA 2.0], via Wikimedia Commons

 

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