Accueil International Elliot Rodger, assassin misogyne

Elliot Rodger, assassin misogyne

par Arnaud Bihel

MisogynyUn « mec normal » imprégné de culture masculiniste. Les féministes rappellent la nécessaire prise en compte du caractère misogyne de la tuerie de Santa Barbara.


 

« Quand ce sera le jour de faire les comptes, je vais rentrer dans la sororité1 la plus importante de l’université de UCSB, et je vais massacrer chacune de ces salopes coincées de blondes pourries gâtées que j’y trouverai. » Cette menace, Elliot Rodger, étudiant de l’université californienne de Santa Barbara, l’a mise à exécution vendredi 23 mai, tuant six personnes, et en blessant plus d’une dizaine, avant de se donner la mort.

Pourquoi ? « Male entitlement », avance Megan Murphy, sur son blog militant Feminist Current. Parce qu’il était sûr de son bon droit. Que ce fils d’un réalisateur hollywoodien ait été atteint du syndrome d’Asperger ne peut pas, ne doit pas, faire figure d’explication plausible, assènent les féministes de la toile depuis le massacre. « Si le rôle joué par l’apparente fragilité de sa santé mentale reste encore à déterminer, le rôle joué par sa misogynie est évident », affirme la journaliste militante Jessica Valenti dans son article pour The Guardian (« Une preuve supplémentaire que la misogynie tue »).

« Les misogynes naissent de notre culture »

« Attribuer la mort de six personnes à un homme dérangé serait fermer les yeux sur une vérité crue de notre société. Rodger était si furieux de ne pas avoir ce que tout homme mérite – un accès sexuel aux femmes – qu’il a tué », répond comme en écho Megan Murphy dans son billet sur le sujet. De même, sur son blog, la chercheuse Anne-Charlotte Husson critique le traitement médiatique de l’événement dans un billet intitulé « C’est l’histoire d’un tueur misogyne qui n’intéressait personne«  : « Le Monde nous apprend que le tueur souffre de « troubles mentaux ». Peut-être. Il arrive en effet que les troubles mentaux rendent violent·e. En revanche, personne n’est jamais devenu misogyne en raison de problèmes psychologiques. »

« Se contenter de qualifier ces misogynes violents de « dingues » est une façon bien pratique de se persuader que la misogynie est un problème individuel, et non culturel », tweetait la blogueuse féministe Melissa McEwan.

« La vérité », poursuit Jessica Valenti, «  c’est qu’il n’y a pas de misogynie isolée. Les misogynes naissent de notre culture et de communautés qui leur disent que leur haine des femmes est à la fois banale et justifiée ».

Un « Mâle Alpha » parmi les autres

Sur Youtube, Elliot Rodger a publié plusieurs diatribes enflammées dans lesquelles il décrit l’indifférence des femmes à son égard comme une « injustice » et un « crime » : « C’est pas juste. Vous, les filles, vous n’avez jamais été attirées par moi. Je ne sais pas pourquoi vous les filles vous n’avez jamais été attirées par moi, mais je vais vous punir pour tout ça. C’est une injustice, un crime, parce que je ne sais pas ce que vous ne voyez pas en moi. »

« Je vais prendre un grand plaisir à toutes vous massacrer. Vous allez enfin voir que c’est en réalité moi qui suis supérieur. Le vrai Mâle Alpha. ». Le discours d’un déséquilibré ? Pas d’après Anne-Charlotte Husson : « Le discours de Rodger n’est pas unique, c’est même tout le contraire. C’est le discours habituel des « Men’s Rights Movements », qu’on appelle en français masculinistes. Rodger était lié à ces mouvements, on le sait grâce à ses abonnements Youtube », rappelle-t-elle.

Dans son article « Portrait du tueur en mec normal«  le sociologue Denis Colombi se désole : « Le discours qu’il tient ne présente finalement qu’une forme extrêmement banale de discours tenus par des adolescents et des hommes adultes sur les femmes ». De l’autre côté de l’Atlantique Megan Murphy ironise : « A quoi nous attendions-nous exactement en répétant aux hommes que le sexe est un droit ? Que les femmes le leur doivent ? ».

« Sans doute », tempère Denis Colombi, « faut-il quelques traits exceptionnels pour passer à l’acte. (…) Mais quels que soient les traits « exceptionnels » que l’on pourra trouver au tueur, il ne faut pas perdre de vue qu’il était aussi un mec normal ».

#YesAllWomen

De nombreuses femmes ont pris d’assaut Twitter pour réagir au carnage. Sur le site internet du mensuel américain The Atlantic, le journaliste Conor Friedersdorf se félicite : « Avec le hashtag #YesAllWomen, les femmes témoignent de la façon dont elles ne sont pas traitées comme des personnes à part entière. Ces réflexions ont transcendé le drame qui les a inspirées ».

Toutefois, peu de temps après pourtant, Twitter a vu émerger une nouvelle tendance #YesAllPeople, qui affirme que ce genre de traitement n’est pas réservé aux femmes. « #YesAllWomen parce que nous ne pouvons même pas partager nos peurs et nos expériences sans que les hommes les détournent avec le hashtag #YesAllPeople », s’est indignée une Twitta.

« Tous ces discours, toutes ces attitudes, et des actes comme celui de Rodger sont les manifestations d’une seule et unique idéologie. C’est la même idéologie qui consiste à ne pas prendre en compte, à ne même pas nommer la dimension misogyne de la tuerie californienne », conclut Anne-Charlotte Husson.

 

Photo : Dans un vide-grenier à Portland, Oregon. © 2011 Todd Mecklem (sur Flickr)

 

 


 

1/ Organisation d’étudiantes américaines

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire