Accueil International En Irak, risque d’un recul sans précédent pour les droits des femmes

En Irak, risque d’un recul sans précédent pour les droits des femmes

par Arnaud Bihel

IrakUn projet de loi permettrait aux Chiites de marier les filles dès 9 ans et validerait le viol conjugal, entre autres mesures régressives à l’encontre des femmes et des filles.


 

Plus de 10 ans après la chute de Saddam Hussein, un projet de loi pourrait signer une régression majeure pour les Irakiennes. Le texte, approuvé il y a deux semaines en conseil des ministres et en attente de ratification par le Parlement, s’appliquerait à la majorité chiite d’Irak. Il permettrait à ses membres de se soumettre aux règles de la Charia dans les domaines personnel et familial.

Ainsi, les filles pourraient être mariées dès l’âge de 9 ans (et les garçons à 15 ans). Le texte autorise également la polygamie et souligne que les hommes peuvent avoir des relations sexuelles avec leur(s) femme(s) à leur convenance – autrement dit, il légitime le viol conjugal. Les femmes, elles, ne peuvent quitter le domicile sans l’accord de leur mari. En cas de divorce, le père aurait automatiquement la garde de l’enfant.

Violation du droit international

Autant de dispositions contraires aux textes internationaux – Convention internationale des droits de l’enfant et la Convention sur 1’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes – que l’Irak a ratifiées.

Le projet de loi est vivement critiqué par des organisations de la société civile dans le pays, et des ONG en dehors. Human Rights Watch y voit un « recul désastreux » et même les autorités religieuses chiites ont pris leurs distances, note le quotidien anglophone du Moyen-Orient Al Monitor.

Le texte « est une humiliation pour les femmes et pour les Irakiens en général. C’est un désastre non seulement pour les femmes mais aussi pour les enfants », déclare au Guardian Safia al-Suhail, l’une des 82 femmes siégeant au Parlement irakien.

Boîte de Pandore

Pour autant, le ministre de la Justice défend le texte avec vigueur. Un motif d’espoir tout de même : il est peu probable que le Parlement étudie prochainement le texte, en raison de l’approche des élections législatives, le 30 avril.

Mais dans le cadre même de la campagne électorale le message qu’il renvoie est déplorable et risque d’ouvrir une boîte de Pandore. Dans un pays traumatisé par les oppositions religieuses, d’autres mouvements pourront s’appuyer sur ce statut dédié aux Chiites pour proposer leurs propres statuts régressifs pour les femmes, juge Al Monitor qui y voit, « plus qu’une crise légale, une crise civilisationnelle » et un retour mille ans en arrière.

Un récent rapport de la Thomson Reuters Fondation déplorait « une dramatique détérioration des conditions de vie des femmes depuis l’invasion [le terme est d’origine, NDLR] menée par les États-Unis en 2003 ». Elles sont « affectées de façon disproportionnée par la violence qui frappe quasiment tous les Irakiens », souligne la Fondation qui évoque notamment la hausse des violences domestiques, de la prostitution et le recul de l’alphabétisation.

 

Photo : Une jeune Irakienne regarde par la fenêtre de sa classe, dans une école chiite, durant une opération médicale de l’armée U.S. Le 15 décembre 2008 à Samalaat. Photographe : Kevin S. Farmer
Joint Combat Camera Center Iraq o the 4th Infantry Division. Via Flickr.

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