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Ennemi intérieur

par Arnaud Bihel

EnnemiDeux hommes, une femme, l’Amérique : La voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb est un lent western dans un Nouveau-Mexique étouffant. La critique du mardi de Valérie Ganne.


 

Garnett (Forest Whitaker) sort de 18 ans de prison et tente de se réinsérer dans un bled à la frontière du Mexique. Malgré l’aide de son agent de probation, il est harcelé par la haine d’un shérif (Harvey Keitel) dont il a tué l’adjoint et par un ancien truand qui le veut à nouveau à ses côtés.

Librement inspiré du film Deux hommes dans la ville, de José Giovanni (1973), transposé de nos jours, La voie de l’ennemi est signé Rachid Bouchareb, cinéaste franco-algérien (souvenez-vous d’Indigènes en 2005). L’éducateur du film de Giovanni est devenu ici une éducatrice, la meilleure idée de cette adaptation très libre : âgée, célibataire, ne manquant pas d’autorité, son leitmotiv reste que seule la confiance permet d’avancer vers la réinsertion. Pour une fois que dans un western les deux héros ne se battent pas pour la même femme…

« Chez les Indiens d’Amérique, la voie de l’ennemi est un cercle imaginaire qui les protège du mal », raconte Brenda Blethyn, qui joue l’éducatrice avec énergie et 30 cm de moins que son « protégé » Whitaker. On peut y voir une analogie avec le héros Garnett, qui se protège en s’installant simplement dans une maison avec la femme qu’il aime. Mais une autre interprétation est possible : pour le héros, choisir la voie de l’ennemi c’est choisir l’adversaire, le diable, autrement dit, le mal. Le principal ennemi de ce personnage, c’est malheureusement lui-même.

L’écueil du manichéisme est évité, grâce au travail de toute l’équipe : le cinéaste a mené des semaines d’enquête avec son co-scénariste, Olivier Lorelle, au Nouveau-Mexique, donnant toute sa place au thème de l’immigration clandestine ; les comédiens se sont coltiné le réel avant le tournage, l’un fréquentant des shérifs, l’autre apprenant l’arabe et le Coran, la troisième côtoyant un agent de probation : tout cela nourrit ce second volet d’une trilogie américaine sur les relations entre les Etats-Unis et le monde arabe, trilogie ouverte avec Just Like a Woman, sorti très discrètement en 2013.

On ne peut manquer de faire le lien avec Zulu de Jérôme Salle, chroniqué ici : Whitaker est à nouveau un héros qui se débat contre son ennemi intérieur, la violence. Le vieux combat du bien et du mal, vu cent fois et pas facile à rajeunir, irrigue ce beau western au rythme lent, à la fin malheureusement lourdement symbolique que l’on ne dévoilera pas. On gardera le plaisir des paysages magnifiques en HD-Scope dans lesquels évoluent de grands acteurs déjà monuments du cinéma.

 

La voie de l’ennemi, réalisé par Rachid Bouchareb, scénario de Rachid Bouchareb, Olivier Lorelle, et Yasmina Khadra, avec Brenda Blethyn, Forest Whitaker, Harvey Keitel, Luis Guzman. Produit par Tessalit, distribué par Pathé. Sortie le 7 mai 2014.

 

La bande-annonce :

 

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