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Euro 2016, l’avènement des nouveaux stades

par Arnaud Bihel

Image : le futur stade lyonnais dans le dossier de candidature de la FFF à l’Euro 2016

Esprit de 1998, es-tu là ? A quelques jours de la Coupe du monde en Afrique du Sud, la France a été retenue, ce vendredi 28 mai, pour organiser l’Euro 2016 de football. De quoi faire parler du ballon rond dans l’hexagone pour les années à venir (même si la moitié des Français n’aime pas le foot). Mais l’enjeu de la candidature française était aussi de permettre, dans cet élan, la mutation des stades français.

Car l’organisation de l’événement va nécessiter de nouvelles enceintes sportives. « Il faut les construire ces stades, maintenant ! », s’est exclamée la secrétaire d’Etat aux sports Rama Yade après l’annonce de la victoire de la candidature française.

Pour accueillir la compétition, 7 stades seront rénovés et 4 seront construits : à Bordeaux, Lille, Lyon, et Nice. Quatre villes qui avec leurs clubs, Euro ou pas, projetaient de se doter de nouvelles enceintes et verront d’un bon oeil une labellisation Euro 2016.

Cette politique de construction de stades est une ambition affichée du gouvernement. Et un (léger) coup de pouce à l’emploi puisque la Fédération française de football promet que la phase de construction et de rénovation pourvoira 15 000 emplois. Le chef de l’Etat ne s’y trompe pas en affirmant : « Nous, nous pensons en France que le sport c’est une réponse à la crise. »

Pourtant, on ne retrouve pas le même enthousiasme chez tous les élus, comme le rapportait lexpress.fr. A Strasbourg par exemple, « la priorité est à la construction d’un nouveau Palais des congrès et d’un quartier d’affaires européen, qui seront situés à deux pas des institutions européennes. Un projet à 200 millions d’euros jugé bien plus utile pour assurer l’avenir économique de la ville qu’un stade de football », la rénovation du stade de la Meinau étant estimé à 160 millions.

Changement de mentalité

Le coût de l’ensemble des travaux sur les sites qui accueilleront l’Euro est évalué à 1,7 milliards d’euros. Il devrait être financé à 60% par le privé. Un moindre mal, donc, pour les finances publiques, mais surtout la perspective d’un changement de mentalité pour les stades français. Car cet engagement devrait impliquer en contrepartie une plus grande participation des investisseurs privés dans la gestion des stades – qui sont aujourd’hui en quasi-totalité propriété des collectivités territoriales. Les nouvelles enceintes qui verront le jour s’érigeront sur des principes de partenariat public-privé.

L’Euro est ainsi un beau prétexte pour transformer le paysage des enceintes sportives en France. Fin 2008, une commission présidée par Philippe Seguin rendait un rapport sur les « grands stades » dans la perspective de l’Euro 2016. Sa conclusion était sans nuance : en terme d’infrastructures, la France est à la traîne par rapport à d’autres grandes nations de sport européennes – Angleterre, Italie, Espagne ou Allemagne. 

Complexes sportifs et commerciaux 

Et il ne s’agit pas seulement de capacité d’accueil et de modernisme des stades ; il s’agit aussi, et surtout, de les doter de nouvelles fonctionnalités : « La tendance actuelle veut que les stades soient plutôt conçus comme des équipements offrant une palette de divertissements ou de services au public, lui permettant sur le même site, de voir un match, de se restaurer, de faire ses courses ou d’organiser un séminaire d’entreprise. »

Le rapport préconisait l’avènement de ce nouveau modèle de stades où se côtoient sport et commerce (1), « qui voit le jour partout en Europe, et dont la France est encore cruellement dépourvue ». Ce ne sera plus aussi cruel désormais, puisque les projets de Lyon et Lille, bien avancés, prévoient de nombreux services commerciaux annexes.

Qu’en sera-t-il, enfin, d’une autre tendance sur laquelle insistait la commission Seguin : le besoin de renforcer en France le « naming », très répandu chez nos voisins ? Le « naming » consiste à donner au stade le nom de son investisseur, à l’image de l’Emirates Stadium d’Arsenal ou de l’Allianz Arena de Munich. Le principal actionnaire des Girondins de Bordeaux, la chaîne M6, doit investir 100 millions d’euros dans le nouveau stade bordelais. Verra-t-on alors, à l’Euro 2016, TF1 retransmettre des matchs en direct du Stade M6 ?

 


(1) Voir par exemple cette présentation de l’Allianz Arena, dès 2002, dans les Cahiers du Football

 

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2 commentaires

Marie-Pierre 28 mai 2010 - 20:33

Bouygues participera-t-il à ces chantiers ? suspens…

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Camille069 31 mai 2010 - 17:48

marrant, qui s’insurge?? quel média a osé levé la voix pour râler noon on en veut pas??!! le pouvoir politique et les médias sont indépendants, je vous assure!! mais on va encore nous prendre pour des jambons..

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