Accueil Eco & SocialEnvironnement Faut-il « arrêter de manger du Nutella » ?

Faut-il « arrêter de manger du Nutella » ?

par Arnaud Bihel

NutellaSégolène Royal conseille de « ne plus manger de Nutella » car « il fait des dégâts considérables » à l’environnement. Mais pourquoi s’en prendre particulièrement à ce produit ? Décryptage.
(Mise à jour : la ministre a finalement présenté des excuses. Voir en fin d’article)


 

Ségolène Royal tourne autour des pots : après celui du désherbant Roundup dont la ministre de l’Ecologie voudrait interdire la vente en libre service aux particuliers, c’est contre celui du Nutella qu’elle part en guerre.

En pleine promotion pour la COP 21 (conférence sur le changement climatique, en France en décembre prochain), la numéro trois du gouvernement s’en est pris, lundi 15 juin dans le Petit Journal sur Canal+, à la pâte à tartiner du géant Ferrero : « Il faut replanter massivement des arbres parce qu’il y a eu une déforestation massive qui entraîne aussi du réchauffement climatique », a expliqué Ségolène Royal. « Il faut arrêter de manger du Nutella, par exemple, parce que c’est l’huile de palme qui a remplacé les arbres. Et donc il y a eu des dégâts considérables ».

Le premier responsable de la déforestation, c’est le soja

Apparemment la ministre n’aime pas le Nutella. Au-delà du débat diététique, il s’agit avant tout des conséquences de l’huile de palme sur l’environnement : « Il faut qu’ils utilisent d’autres matières » a-t-elle préconisé. De fait, la production d’huile de palme est « à l’origine de 90% de la déforestation en Malaisie », selon la fondation Nicolas Hulot. Et justement, la fameuse pâte à tartiner Nutella en est composée à plus de 20% (Ferrero ne souhaite pas révéler le chiffre exact car cela fait partie de son « secret de fabrication »).

Mais Ségolène Royal a-t-elle raison de faire de la pâte à tartiner un exemple de mauvais élève ? Pas vraiment. D’abord parce l’huile de palme n’est pas la première responsable de la déforestation. Le soja arrive loin devant. Selon une étude de la Commission européenne, les cultures destinées à la consommation des Européens étaient associées à la destruction de 7,2 millions d’hectares de forêts ailleurs dans le monde entre 2000 et 2011.

L’huile de palme – importée essentiellement de Malaisie et d’Indonésie – représente un peu moins de 15% de ce total : 0,97 millions d’hectares. C’est la deuxième culture responsable de la déforestation, mais loin derrière le soja, avec 4,29 millions d’hectares. Le soja, lui, provient en quasi-totalité d’Amérique du Sud, et est principalement utilisé pour nourrir les animaux d’élevage.

Le gouvernement contre la « taxe Nutella »

Ensuite, pourquoi ne citer que Nutella, quand on sait que près d’un produit alimentaire sur dix vendus en Europe contient de l’huile de palme ? Sans doute parce que la pâte à tartiner en est devenue un symbole depuis quelques années en France. En 2011, les sénateurs avaient adopté un amendement visant à augmenter de 300% la taxe sur l’huile de palme, précisément surnommée « taxe Nutella ». Une taxe finalement annulée en 2013 par le gouvernement Jean-Marc Ayrault, gouvernement dont celui auquel Ségolène Royal appartient est la continuité.

Ce veto du gouvernement Ayrault n’empêchait pas, en juillet 2014, la sénatrice écologiste Aline Archimbaud, lors du débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, de proposer un nouvel amendement visant à relever la taxation de l’huile de palme – à la fois pour des raisons sanitaires et environnementales. Un amendement rejeté.

Et en mars dernier à nouveau, le groupe écologiste déposait, toujours sans succès, un amendement similaire à l’Assemblée nationale, cette fois dans le cadre de la Loi Santé, pour alourdir la taxe sur l’huile de palme. Cadre du texte oblige, leur amendement ne mentionnait pas de raisons environnementales ; uniquement les risques supposés de l’huile de palme pour la santé.

Ferrero, plutôt bon élève

Enfin, si le gouvernement Ayrault avait enterré la « taxe Nutella », c’est notamment parce que six entreprises, dont Ferrero, avaient décidé de créer en 2013 une Alliance française pour une huile de palme durable, en adhérant aux critères de durabilité définis par la RSPO (Round Table on Sustainable Oil, ou Table ronde pour une huile de palme durable.) » Et donc en s’engageant à n’utiliser qu’une huile de palme respectueuse de certaines garanties sociales et environnementales.

Voir : L’huile de palme peut-elle être responsable ?

Un engagement qui porte apparemment ses fruits (à coque). Dans un rapport de 2013 de la Fondation WWF – qui lutte pour la protection de l’environnement – l’italien Ferrero arrive en seconde position des entreprises « responsables » sur l’utilisation de l’huile de palme… devant plusieurs entreprises françaises.

Mise à jour : mercredi 17 juin, dans l’après-midi, après la polémique déclenchée par ses propos (et notamment en Italie) Ségolène Royal a présenté ses excuses :

 

Photo Pixabay

 

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2 commentaires

flo 18 juin 2015 - 11:52

Perso quand je mange une cuillère de nutella j’ai l’impression d’avaler la même quantité de gras.. mais bon avis très personnel !
Au delà de ces considérations culinaires, je trouve ce lynchage médiatique assez hallucinant.. Que s’est-il vraiment passé au fait ? lors d’une émission de divertissement, l’animateur exhibe une pancarte sur laquelle on voit une cuillère de nutella, et pose à la ministre la question (piège) « faut-il manger du nutella ? » la ministre (de l’écologie, c’est important de le préciser pour la suite), dans son rôle de ministre de l’écologie donc, en profite pour rappeler que l’huile de palme étant source de destructions massives de forêts, et donc de déséquilibres écologiques graves, et le nutella contenant massivement de l’huile de palme, il ne faut pas manger de nutella. CQFD. Emballement médiatique, tweets incendiaires, hashtag touche pas à mon pot hashtag occupez-vous de vos migrants hashtag rendez-nous la joconde, les politiques italiens s’en mêlent, l’épouse du ministre Renzi fait manger à sa fille une crêpe au nutella devant les caméras genre je BRAVE l’interdit de déforestation tropicale (on s’en fout c’est pas chez nous et en plus on connaît pas personnellement d’orang outan hein ?) et le PDG de la firme, Giovani Ferrero, frémissant à l’idée de perdre le monopole des causes potentielles d’obésité et de maladies cardio-vasculaires des petits français (+ de 80% de parts de marché en France) jure la main sur le coeur -et sur la noisette- que son huile est certifiée CSPO. Madame la Ministre n’a plus qu’à s’excuser. De quoi au fait ?

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Imeon 18 juin 2015 - 12:32

le 1er facteur de déforestation est le soja oui mais vous oublier un détail qui n’en est pas un : ce soja est destiné au bétail et donc à la production de viande. Devenir végétarien.e est la seule solution que nous avons pour lutter vraiment pour l’environnement.

et le nuté + c’est tellement mieux à tout point de vues ! (bio,éthique, écologique..)

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