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Femen, alerte au Lavoir

par Arnaud Bihel

Les activistes de Femen ont ouvert leur centre d’entraînement international à Paris, d’où elles veulent lancer une « nouvelle révolution féministe ». Leur combat sera aussi celui du Lavoir Moderne : le théâtre qui les accueille est menacé de fermeture.

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« Nous pouvons nous mettre au travail ». C’est par ces mots qu’Inna Shevchenko a officiellement ouvert le « centre d’entraînement international » de Femen à Paris, mardi 18 septembre. Pour l’occasion une quinzaine d’activistes, ukrainiennes et françaises, ont manifesté seins nus de la station de Métro Château-Rouge, dans le 18ème arrondissement de Paris, jusqu’au théâtre du Lavoir Moderne, non loin de là, qui est désormais le quartier général des Femen. « Le lieu où la nouvelle révolution féministe va commencer », lance l’Ukrainienne Inna Shevchenko, une des leaders du mouvement.

Les Femen prônent le « sextremisme », un « terrorisme pacifique qui utilise les corps comme armes », explique Inna Shevchenko. Né en Ukraine, Femen a essaimé de par le monde, de la Tunisie au Brésil. Le Lavoir Moderne parisien sera « son camp d’entraînement international, pour les féministes, les femmes activistes. Elles seront entraînées à être des soldates, à mener le combat contre le patriarcat ».Y seront dispensés des entraînements physiques, mentaux, tactiques. Avec trois cibles dans le viseur : « les dictatures, l’exploitation sexuelle et la religion. » Femen04_L250

« Un test pour la démocratie »

Les termes guerriers ne sont pas que des mots en l’air pour les militantes de Femen. Rien que le fait d’oser s’exposer seins nus n’est pas anodin. Mais il faut aussi s’attendre à des violences. Trois Ukrainiennes ont déjà subi des sévices de la part des services secrets après s’en être prises à la dictature biélorusse. Souvent, leurs actions se soldent par des arrestations musclées et des séjours en garde à vue. Aujourd’hui, Inna Shevchenko ignore si elle pourra retourner en Ukraine, qu’elle a fuie cet été après s’être attaquée à une massive croix de bois dans le centre de Kiev. « Chaque manifestation de Femen est un test pour la démocratie », juge-t-elle.

C’est contre l’intégrisme religieux qu’était dirigée leur manifestation ce 18 septembre à Paris. « Intégrisme dégage », « Laïcité, liberté », « Musulmanes, déshabillez-vous », étaient leur slogans. Et Marina, l’une des Femen françaises, de rendre hommage à Aliaa Magda Elmahdy, la jeune Égyptienne qui il y a un an s’était affichée nue sur internet « contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie »

Verdict le 17 octobre

Femen06_h256C’est donc au Lavoir Moderne que Femen a installé son quartier général parisien. Mais pour combien de temps ? La question se pose car le lieu est précaire. Ouvert en 1986 par des artistes du quartier de la Goutte d’Or, il est aujourd’hui menacé de fermeture. Les prix de l’immobilier ont doublé en 10 ans et le bâtiment a été racheté par un investisseur privé. Le 9 août, l’équipe du Lavoir Moderne a été « sommée de quitter les lieux », explique Hervé Breuil, figure historique du centre culturel. Une procédure judiciaire est en cours, la décision est attendue le 17 octobre.

C’est au printemps dernier que les contacts se sont noués entre le théâtre parisien et les activistes ukrainiennes. Apoline Breuil, la fille d’Hervé, s’est rendue en Pologne pour suivre une action de Femen contre la prostitution, dans le cadre de la Coupe d’Europe de football. Un peu plus tard, les Ukrainiennes de passage à Paris se sont arrêtées dans le 18ème. Le 28 juillet, l’association était enregistrée en préfecture à Paris, avec son siège social à l’adresse du Lavoir Moderne, et Femen lançait son projet de centre d’entraînement. « Nous partageons des combats, une créativité », souligne Hervé Breuil, admiratif de ces femmes « en train d’inventer une nouvelle forme de lutte, tout en restant dans une dimension artistique ».

« Jamais vu ça »Femen05_L260

Depuis plusieurs semaines de nombreuses femmes, surtout des jeunes, intéressées par le mouvement, passent les portes toujours ouvertes du Lavoir Moderne. Un accord gagnant-gagnant, Femen disposant d’un vaste espace à Paris, et le théâtre en sursis pouvant profiter de l’impact médiatique du mouvement. « Autant de journalistes, je n’avais jamais vu ça ici », observe Hervé Breuil, mi-ironique, mi-désabusé. Car la presse qui s’est déplacée en masse ce 18 septembre était là pour l’image des Femen, pas pour l’avenir en pointillés de son théâtre.

Mais quelle que soit la décision de justice rendue dans un mois il n’envisage pas de voir disparaître cet « élément du patrimoine culturel et social ». Un lieu qui, bien avant que des féministes modernes s’y installent pour apprendre la guerre déshabillée, était effectivement un lavoir où les femmes venaient battre leur linge sale.

 

Pour aller plus loin :

Le site internet de Femen (en anglais)

Le site internet du Lavoir Moderne, 35 rue Léon, 75018 Paris

La pétition pour « sauver le Lavoir Moderne » approche de son objectif de 20 000 signatures.

A lire aussi, l’intéressant questionnement de la blogueuse Olympe : « Femen, féminisme d’un nouveau style ? »

 

 

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10 commentaires

Lora 18 septembre 2012 - 16:16

Elles sont très courageuses. Mais j’ai des doutes sur l’efficacité de leurs actions. Je pense qu’utiliser un outil d’oppression des femmes (leur nudité) comme moyen est à double tranchant. Oui, ça attire les caméras, mais pas pour leurs messages. Tout le monde les connaît, mais pour leurs seins nus. Elles se rhabillent? Elles disparaissent.
On peut penser qu’elles retournent cette arme contre les agresseurs, mais ne la retourne t-elle pas aussi contre elles-mêmes donc contre toutes les femmes?

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Maryse 18 septembre 2012 - 17:22

… surtout que les journalistes qui en parlent ne font pas vraiment passer le message de lutte contre le patriarcat…

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hic 19 septembre 2012 - 08:10

Et il y a je trouve comme une ironie de demander aux musulmanes de se déshabiller (et je trouve que c’est une injonction très violente!), alors que la nudité est également un outil oppressif, effectivement.

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Lirelle 19 septembre 2012 - 08:42

bizarre bizarre… le mouvement féministe ressurgit en France, nous avons même réussi à obtenir un « ministère des droits des femmes », les médias en parlent du coup un peu (mais fort heureusement on a été habituées à se passer de leur publicité donc on a nos réseaux sociaux, sites, etc.) et BOUM… une nouvelle asso féministe seins nus débarque… d’Ukraine pour s’installer où ?… en France. Leur site n’a pas d’ailleurs de page en français mais… en russe et en anglais. Je crois que les journalistes vont comme ça faire mine de « couvrir » l’info féministe en offrant en fait juste de quoi se rincer l’oeil… pendant que les féministes continueront à organiser leur propre information… de manière indépendante ! et on sera bien prudente et avisées de continuer à faire comme ça. Ceci dit, Bienvenue à Femen et … bon courage avec les machos français ! :o(

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hic 19 septembre 2012 - 16:57 Répondre
Aude 20 septembre 2012 - 06:27

C’est sur ça attire les gens car elles sont seins nues! Mais au moins ça attire des gens !
Hier elle faisait la couverture du 20 minutes Grenoble
Alors oui y’a tous les pervers qui les mattent, mais ça les fait connaître au « petit féministe »
J’ai plein de personne à la fac qui les ont trouvées géniales, c’est important de se faire connaitre

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rivi 20 septembre 2012 - 06:30

C’est un féminisme élitiste réservé aux femmes jeunes et à belle poitrine.

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courroux 1 octobre 2012 - 14:45

Qui va payer les pots cassés des mythes masculins perpétués de l’amazone et des matriarcats. Ne désirant qu’une inversion du patriarcat… ?

Alors qu’il est question de s’en débarrasser et non pas de se référer à ses menées guerrières et mécanismes de domination. L’inversion n’est pas la lutte féministe de fond.

La philosophie morale de l’inversion nous submerge de liberté à tout prix, de consommer à tout-va. Plan de comm’ et avanti. On en parle, et après ? Cela va plafonner, en verre ou pas.

Demander le respect par l’affichage, par l’apparence, par la nudité -comme dit plus haut, se tournant oppressive, à la moindre occasion-

Les féminicides pour disparaître ont besoin de droit http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/definitions-feminicides.html

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Ahimsa 5 octobre 2012 - 16:07 Répondre
Christine Gamita 24 novembre 2012 - 23:54

Alors que je n’ai entendu à peu près que de l’intérêt pour leur action, de l’indulgence généralement, même des féministes de longue date, c’est fou ce que leur réaction du 23 novembre est sympathique et mesurée- Très solidaires envers toutes les femmes, qu’elles considèrent toutes comme des attardées, que ce soit de refuser le système patriarcal -féministes rassies- ou que ce soit de le louanger et de peaufiner toujours plus la féminité (faite pour toujours mieux séduire les hommes) que les premières critiquant ont tort aussi…

Savent-elles vraiment ce qu’est le féminisme, ont-elles lu les textes ? On peut se le demander. Jugez-en sur pièce, je vous recommande tout particulièrement :  » de même le féminisme et sa garde prétorienne policière ainsi que toute son idéologie anti-virile ont provoqué la massification des midinettes, des pimbèches et des vénales. Toutes ces idiotes et ces « pétasses » (pour reprendre une catégorie, pertinente, élaborée par Soral) se sentent toutes puissantes et sans doute certaines éprouvent un plaisir à frustrer les hommes. Elles sortent un peu, elles vont sur internet (paradis pour les femmes) et hop, des compliments par-ci, des regards par-là. Un bon concentré d’ »egoboost », si j’ose cet anglicisme inélégant. »
http://femen.info/leffet-femen/

A comparer avec en bas de la page de leur blog
About FEMEN The mission of the « FEMEN » movement is to create the most favourable conditions for the young women to join up into a social group with the general idea of the mutual support and social responsibility, helping to reveal the talents of each member of the movement.

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