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La féminisation de la police afghane piétine

par Arnaud Bihel

C’est l’un des échecs de la reconstruction en Agfhanistan : les femmes représentent moins de 1% des forces de police, trois fois moins qu’attendu.


 

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En 2011, il y avait un millier de femmes dans les rangs de la police en Afghanistan, soit 0,5% des effectifs. L’État promettait de multiplier ce nombre par cinq d’ici 2014. Mais à un an de l’échéance, il n’a même pas multiplié par deux. Malgré les efforts financiers et les campagnes de recrutement, les policières sont un peu plus de 1 500, moins de 1% des effectifs de la police afghane. Soit une seule agente de police pour 10 000 habitantes. Dans deux provinces, le Panshir et le Nouristan, les forces de police ne comportent absolument aucune femme.

« Il n’y a qu’une pression très limitée sur les responsables de la police, pour recruter des femmes, de même que sur le ministère de l’Intérieur afghan (…) pour initier les réformes », déplore l’ONG Oxfam dans un rapport publié mardi 10 septembre

La présence de femmes dans la police est pourtant une nécessité pour les Afghanes. « La violence à l’égard des femmes est endémique dans le pays, mais en l’absence d’agents de police féminins, les Afghanes répugnent à porter plainte et restent cruellement privées de justice », explique Elizabeth Cameron, porte-parole d’Oxfam. Et pourtant les policières « ont rarement la possibilité de travailler auprès des victimes d’actes criminels et d’abus sexuels, alors que c’est là que leur apport pourrait le plus compter », observe le rapport.

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Pourquoi est-il si difficile de recruter des policières ? D’une part parce que « les femmes qui intègrent la police afghane courent des risques considérables et sont confrontées à d’énormes difficultés tant au sein des services de police qu’à l’extérieur. Elles se heurtent à l’opposition et aux menaces de leurs propres familles et communautés, qui considèrent que ce n’est pas un emploi convenable pour une femme, et ce avec des conséquences parfois funestes. »

D’autre part, se faire une place au sein de l’institution est aussi un combat, souligne Oxfam. Selon le rapport, les femmes agents de police sont souvent sous-équipées : il arrive qu’elles n’aient même pas d’uniforme. Nombre d’entre elles « se retrouvent confinées à des tâches ingrates », comme faire le thé.

Pire, au sein même de leurs services, les femmes font « l’objet de harcèlement et d’agressions sexuelles de la part de leurs collègues et supérieurs masculins ; des demandes de faveurs sexuelles en échange d’une promotion ont été rapportées dans plusieurs provinces. Leurs perspectives de carrière sont limitées. »

A l’approche de 2014, qui verra le retrait des troupes internationales du pays, « le temps presse pour l’Afghanistan », insiste Elizabeth Cameron. « Faute d’un renforcement de l’État de droit et du rôle de la police afghane, les avancées des droits des femmes accomplies au fil des ans risquent d’être gravement compromises. Les femmes agents de police ont mieux à faire qu’à préparer le thé. Des effectifs de police féminins, en mesure de travailler efficacement dans un environnement sûr, constituent un facteur essentiel de progrès durable ».

 

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Photos © Ellie Kealey/Oxfam 2013

1/ Pari Gul est policière depuis 7 ans et est la seule femme sur l’un des principaux checkpoints de Jalalabad. Elle s’estime heureuse d’être soutenue par ses collègues masculins et son supérieur, le colonel Samsoor.

2/ Ecole de police à Kaboul. Actuellement, 38 femmes sont engagées dans ce programme de formation de 6 mois. Elles y apprennent le maniement des armes et reçoivent une formation légale et en matière de droits humains.

 

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