Accueil Société « Femmes après coup », montrer et surmonter les violences

« Femmes après coup », montrer et surmonter les violences

par Arnaud Bihel

Des silhouettes, des images, des parcours de femmes.

Pour Médecins du Monde (MdM), commanditaire de l’exposition « Femmes après coup », l’ambition était de sortir de l’abstraction les violences faites aux femmes, sous toutes leurs formes ; « témoigner de ce que voient nos équipes sur le terrain », explique Olivier Bernard, le président de MdM France. Femmes battues au Pakistan, violées en Haïti, exploitées au Guatemala (on en parlait déjà ici), fillettes des rues de Kinshasa, sans-papiers et sans droits en France… des portraits de femmes mais aussi, souvent, des parcours de reconstruction

comme l’explique Olivier Bernard :

Ces images, ce sont celles prises par Lâm Duc Hiên. Photographe engagé, il s’est plongé pendant des semaines auprès des équipes de MdM, dans 7 pays sur 4 continents. Car avant de faire parler l’objectif, l’important était d’écouter ces femmes, comprendre leurs histoires

et, le plus difficile : ne « pas s’apitoyer sur leur sort » :

« Femmes après coup », ce sont des images fortes, portraits et tranches de vies ; ce sont aussi, pour porter la parole de ces femmes, des textes, des sons et des vidéos. Témoignage direct des sujets autant que de leur photographe. Des témoignages qui ne sont pour autant que des fragments. Lâm Duc Hiên en est bien conscient : son travail ne peut appréhender « l’étendue du problème »

mais il invite chacun, comme lui, à « faire ce qu’il peut » :

Et de même que le travail photographique de Lâm Duc Hiên ne se limite pas au regard, de même que le terme « coup » du titre de l’exposition comprend les violences en général, le travail de MdM ne s’arrête pas au strictement médical.

Accompagnement social, juridique font aussi partie des missions de l’ONG, ne serait-ce qu’en France où Médecins du Monde est en première ligne pour défendre l’accès aux soins des sans-papiers.

Car la santé est une question sociale et politique, insiste Olivier Bernard :

« Femmes après coup », jusqu’au 24 avril, Hôtel de Ville de Paris, accès parvis. Entrée libre, du lundi au samedi de 10h à 19h. http://www.femmesaprescoup.com/


Photos

Haut de page : Puerto Cabezas, Nicaragua. M, est une indigène miskita. Elle a fui son domicile à la campagne pour échapper aux coups de son mari violent. Au centre d’accueil CAIMCA (Centre d’accueil pour les victimes de violences intrafamiliales, partenaire d’MdM), elle peut recevoir une aide médicale, psychologique, sociale et une assistance juridique.

Milieu : Dar Ul Aman Bahawalpur, refuge d’Etat pour femmes, Pakistan. Les femmes réfugiées dans les Dar Ul Aman n’ont aucun accès à l’extérieur. Ici 36 femmes et 11 enfants tentent de se reconstruire loin des pressions familiales qu’elles subissaient.

Bas : Saint-Denis, France. Suite à une violence, seules 11 % des femmes interrogées ont eu recours à la police et 22 % à un professionnel de santé, médecin ou psychologue. La plupart jugent ces démarches « inutiles » tandis que d’autres ont peur, en raison de leur situation administrative irrégulière, ou honte de se confier. Source : Médecins du Monde, centre d’accueil, de soins et d’orientation de Saint-Denis et Paris, enquête 2009.

Page d’accueil : Cynthia, 14 ans, RDC, Kinshasa. Elle raconte : « Mon père est mort et a laissé ma maman enceinte, elle est morte de désespoir. Je suis restée chez ma grand-mère, puis elle m’a chassée. Elle disait que j’étais une sorcière, mais je ne suis pas une sorcière… Pour manger, nous allions nous prostituer avec mes amies. Je ne suis pas venue par ma propre volonté mais parce dans la rue, une Yaya (une aînée) m’a prise pour sa Kamuke. Moi je ne savais pas que kamuke signifiait prostituée. Un soir, nous sommes sorties, nous nous tenions debout dans un coin. Un jeune garçon est arrivé, il voulait une Yaya mais elle a refusé et lui a dit : « Va avec ma Kamuke, prend la de force et allez-vous en. Elle vient de commencer, c’est une débutante. Couche la de force jusqu’à ce qu’elle s’habitue ». Yaya a pris l’argent, lui a donné un préservatif et le garçon m’a prise de force. Je me suis habituée, je suis allée avec beaucoup d’hommes. Jusqu’à 5 heures du matin, ils sont nombreux, 80 ou 90…. Sans capote, je ne fais pas. Depuis que je suis au centre, je reste là, je dors au centre, je ne sors pas. On me donne des conseils, on me dit qu’il y a des maladies, le sida et que je peux mourir. Je suis mieux au centre. Dans la rue en se prostituant il y a beaucoup de risques. A l’avenir, j’ai envie de travailler pour qu’un jour je devienne quelqu’un aux yeux des gens. J’aimerais travailler dans un salon de coiffure. »

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