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Femmes et santé : « Il faut faire plus pour celles qui en ont le plus besoin »

par Arnaud Bihel

Pour les femmes en situation de précarité, la santé est dégradée et l’accès aux soins entravé, avertit le HCE qui demande plusieurs mesures. Les Nouvelles NEWS font le point avec son co-rapporteur, le docteur Gilles Lazimi.


 

« La santé et l’accès aux soins : une urgence pour les femmes en situation de précarité ». C’est le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) qui lance cette alerte dans un rapport remis au gouvernement vendredi 7 juillet. Conditions de travail, difficultés financières, « freins culturels et symboliques » : les femmes en situation de précarité subissent l’effet combiné des inégalités de genre et des inégalités sociales. Conséquence : malgré une santé plus dégradée, elles ont moins recours ou accès à la prévention et aux soins de santé, avertit le HCE.

Les femmes représentent aujourd’hui en France « la majorité des personnes en situation de pauvreté. Et elles sont 70% des travailleurs pauvres, occupent 82% des emplois à temps partiel et 62% des emplois non qualifiés », rappelle Gilles Lazimi, médecin et co-auteur du rapport.

Double charge mentale

Et en parallèle, « on ne tient pas compte de la pénibilité pour un grand nombre de ces femmes, qui occupent des emplois précaires, avec parfois plusieurs employeurs, et des temps de trajet importants qui ne sont pas comptabilisés. »

On a beaucoup parlé ces derniers temps de la ‘charge mentale’ qui empêche les femmes de penser à leur bien-être. Pour les femmes précaires, c’est même « une double charge » souligne Gilles Lazimi, « puisqu’il leur faut en plus gérer les contraintes financières. » Sans compter que les familles monoparentales sont à 85% des mères qui s’occupent seules de leurs enfants. Et un tiers de ces familles vivent sous le seuil de pauvreté. Faut-il s’étonner, dès lors, que selon une récente étude les femmes représentent 64 % des personnes ayant reporté ou renoncé à des soins au cours des 12 derniers mois ?

« L’égalité c’est bien, mais en matière de santé c’est l’équité qu’il faut : c’est à dire faire plus pour ceux et celles qui en ont le plus besoin, et peut-être moins pour ceux qui en ont le moins besoin. Et aujourd’hui, malheureusement, on fait plus pour ceux qui n’en ont pas forcément besoin », assène Gilles Lazimi.

« Sur les risques psychosociaux, notamment les violences au travail, ce sont les femmes qui sont en première ligne »

Face à ce diagnostic, le rapport du HCE appelle à une politique volontariste de lutte contre les inégalités de santé qui tienne compte des inégalités de sexe, et encourage le développement de dispositifs spécifiques à destination des femmes en situation de précarité. Il établit en tout 21 recommandations. Son co-rapporteur en évoque ici quelques unes :

Mieux évaluer les risques et la pénibilité des postes majoritairement occupés par des femmes en situation de précarité. Car « la pénibilité au travail a toujours été étudiée du côté des hommes, jamais du côté des femmes », souligne Gilles Lazimi. « Il faut vraiment qu’on en prenne la mesure : ce ne sont pas les mêmes travaux, ce ne sont pas les mêmes facteurs de pénibilité. Sur les risques psychosociaux, notamment les violences au travail, ce sont les femmes qui sont en première ligne, il faut impérativement que ce soit pris en compte. »

Simplifier l’accès aux soins. « Nous demandons par exemple la fusion de l’aide médicale d’État (AME), l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) et la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C). C’est une mesure qui peut être mise en place très rapidement, et il est absolument incroyable qu’aujourd’hui un tiers des personnes qui peuvent en bénéficier n’en fassent pas la demande, alors même que ce sont les personnes qui en ont le plus besoin pour leur santé. »

« Ce qu’on attend, c’est une vision à long terme »

« Il faut aussi la généralisation effective du tiers payant, une mesure essentielle pour permettre au plus précaire de se soigner. Elle été annoncée, mais n’a pas été accompagnée de suffisamment d’aide pour que les professionnels l’appliquent. »

Lever les freins financiers, c’est également assurer « la prise en charge à 100% des soins psycho-thérapeuthiques pour les femmes victimes de violences. Cela fait des années qu’avec les associations nous le demandons. Et cela a déjà fait partie des recommandations du HCE dans plusieurs rapports. Manifestement on n’a toujours pas réussi à convaincre. Les femmes en situation de précarité sont victimes de violences comme toutes les femmes en général, mais la précarité peut être un facteur supplémentaire de risque dans la mesure où un certain nombre d’agresseurs peuvent tirer profit de cette situation ; et quand ces femmes sortent du cadre des violences elles peuvent faire face à des dettes, des problèmes de logement… donc si on veut vraiment aider ces femmes, et les enfants qui sont avec elles, à s’en sortir, il est impératif que soit enfin décidée la prise en charge des soins. »

« Pour les femmes enceintes, il y existe un entretien prénatal précoce, qui est formidable. N’importe quel.le médecin ou sage-femme peut le pratiquer, il est remboursé à 100%, et cela permet pendant 45 minutes ou une heure de parler avec la femme, et de voir ses difficultés, de logement, d’isolement, d’argent, de travail… C’est majeur, parce que ça peut permettre éventuellement d’enclencher le travail d’autres partenaires ou de réseaux pour aider ces femmes. Il faut qu’il soit généralisé pour qu’on puisse aider ces personnes qui sont trop souvent hors des parcours de soin. »

« C’est aussi une question d’argent public », insiste Gilles Lazimi. « Les associations qui s’occupent des femmes précaires, pauvres, en grande difficulté, n’ont pas assez de moyens. Il faut des aides pour les médiatrices santé, pour les groupes de parole… pour toutes ces associations qui les accompagnent pour la prise en charge des soins et les aident dans leurs démarches. Ces dernières années, pour elles, les financements ont baissé. On n’attend pas des discours, on veut vraiment des actes pour aider ces personnes qui ont le plus besoin de soins et qui pourtant sont celles qui y ont le moins recours. Ce qui est très inquiétant, car retarder les soins, cela veut dire risquer des pathologies plus graves… ce qui implique un coût plus élevé pour elles et pour la société. Si à l’inverse on améliore la prévention, ça coûte un peu au départ, mais c’est rentable sur le long terme. Ce qu’on attend, c’est une vision à long terme. »

 

 

 

 

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