Accueil International Aux USA, les femmes transgenres demandeuses d’asile maltraitées

Aux USA, les femmes transgenres demandeuses d’asile maltraitées

par Marina Fabre
Capture d'écran, entretien de Human Rights Watch

Capture d’écran, entretien de Human Rights Watch

Fuir un pays dans lequel on subit des violences sexuelles, pour les retrouver à l’arrivée. C’est le quotidien des femmes transgenres demandeuses d’asile aux Etats-Unis qui subissent des maltraitances dans les centres de détention de l’immigration.


 

Elles fuient les abus subis dans leur pays, pour les retrouver dans leur nouvelle terre « d’accueil ». Une enquête de l’ONG Human Rights Watch, publiée mercredi 23 mars, dénonce les conditions des femmes transgenres dans les centres de détention des services de l’immigration aux Etats-Unis.

Des dizaines d’entre elles auraient été « exposées à des agressions sexuelles et des mauvais traitements pendant leur détention, tandis que d’autres sont placées à l’isolement pendant une durée indéterminée ». Ces détentions peuvent en effet durer des années, jusqu’à ce qu’un tribunal statue sur leur demande d’asile. Elles seront expulsées ou obtiendront le statut de réfugiées.

« Je suis venue dans ce pays en quête d’asile parce que je ne voulais plus souffrir mais j’ai fini par revivre tout cela »

Mais jusqu’au jugement, « les mauvais traitements » sont nombreux, note HWR. À leur arrivée dans ces centres, la moitié des 28 femmes transgenres interrogées par l’ONG ont été installées dans des sections réservées aux hommes. « Elles ont été la cible d’agressions sexuelles et ont été fréquemment harcelées par les hommes détenus et par les gardiens », explique HRW. En témoigne Sara V, femme transgenre originaire du Honduras, qui raconte avoir été violée par trois hommes dans un centre de détention en Arizona.

Nicoll Hernandès-Polanco, elle, a fui le Guatemala après avoir subi des abus sexuelles et avoir été torturée parce qu’elle est une femme transgenre. À son arrivée aux Etats-Unis, en tant que demandeuse d’asile, elle a été placée six mois dans un centre de détention. « Ils m’ont tant harcelée dans ce centre », raconte-t-elle. « Une fois j’ai protesté et j’ai demandé à l’agent de l’immigration : Pourquoi les gardiens me touchent d’une manière sexuelle et pourquoi les autres détenus me traitent aussi sans respect ? Je suis dans un centre de détention et non dans une prison, je ne purge pas de peine. Je suis venue dans ce pays en quête d’asile parce que je ne voulais plus souffrir mais j’ai fini par revivre tout cela ». 

« L’un d’eux m’a dit qu’il était fatigué de voir des pédés. Ils m’ont traitée comme un animal »

Quant à l’autre moitié des personnes interrogées, elles ont placées en isolement, « souvent supposément pour leur protection. Mais l’isolement constitue en soi une forme de mauvais traitement, et la plupart de celles qui en ont fait l’expérience ont subi un traumatisme et une détresse psychologique profonde. »

« Un gardien m’a dit qu’ils m’avaient placée à l’isolement parce que j’avais des cheveux longs et de la poitrine », raconte Gloria L., elle aussi du Honduras. « L’un d’eux m’a dit qu’il était fatigué de voir des pédés. Ils m’ont traitée comme un animal ».

Des unités distinctes pour les transgenres 

Le gouvernement avait pourtant promis en juin 2015 d’améliorer leur condition de détention « mais les mesures prévues ne prévoient pas de mécanisme indépendant de surveillance garantissant qu’elles sont appliquées dans les centres de détention individuels », alerte HWR. Et même lorsque ces femmes transgenres sont envoyées vers des unités distinctes, leurs droits ne sont pas respectés. « On leur refuse l’accès aux médicaments appropriés », notamment leur traitement hormonal.

Adam Frankel, coordinateur HWR de la section LGBT est radical ; pour lui, « Si le gouvernement n’a pas la possibilité ou la volonté de prendre les mesures nécessaires, il devrait s’abstenir complètement de placer des femmes transgenres dans des centres de détention de l’immigration. »

 

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