Accueil International Les « filles » du Canada veulent leur place dans l’hymne national

Les « filles » du Canada veulent leur place dans l’hymne national

par Arnaud Bihel
Hymne O Canada

Hymne O CanadaUne campagne appelle à modifier l’hymne ‘O Canada’, qui dans sa version anglaise ne fait référence qu’aux « fils » du pays.


 

C’est un peu comme si la Marseillaise s’ouvrait par ces mots : « Allons, fils de la patrie ! » Une campagne vient d’être lancée au Canada pour changer les paroles, jugées sexistes, de l’hymne national. Ou plutôt, pour lui redonner ses paroles d’origine, qui étaient neutres.

C’est le deuxième vers de l’hymne « O Canada » qui est en cause : il fait référence aux seuls « fils » du pays : « in all thy sons command » (dans la version française, les paroles sont différentes et la question ne se pose pas).

Retour à l’original

Le mouvement est mené par plusieurs personnalités, dont l’écrivaine Margaret Atwood et Kim Campbell, la seule femme à ce jour à avoir dirigé le gouvernement canadien (pendant quelques mois, en 1993). Elles en appellent au Premier ministre (conservateur) Stephen Harper pour redonner un genre neutre à l’hymne national. Redonner, car c’est il y a tout juste 100 ans que ce vers a été modifié pour évoquer les « fils » du Canada. Dans la version originale, celle que les militantes voudraient voir restaurée, il était question de « all of us », un « nous » au genre indéterminé.

Cette campagne s’appuie sur un site internet : RestoreOurAnthem.ca. Lequel prend soin d’anticiper les critiques sur le mode « Le gouvernement n’a-t-il pas plus utile à faire ? » (comme cela avait été le cas en France au sujet du terme ‘mademoiselle ‘). Réponse : oui, mais on attend d’un gouvernement qu’il puisse s’occuper de plusieurs dossiers à la fois ». Et amender l’hymne national « est l’un des nombreux sujets sociaux à traiter ; le fait qu’il ne soit que l’un d’eux ne le rend pas moins significatif ou important ». Au final, il s’agit de « ne changer que deux mots afin de dépeindre une nation qui considère les deux sexes comme égaux ».

L’opinion pas convaincue

Pas sûr que les militantes obtiennent gain de cause. En 1993 et 2002, des tentatives n’avaient rien donné. Et pas plus tard qu’en 2010 la Gouverneure générale du Canada (représentante de la reine d’Angleterre, souveraine des pays du Commonwealth auxquels appartient le Canada) avait appelé le Parlement à procéder à cette modification des paroles. Elle avait même le soutien de Stephen Harper qui était déjà Premier ministre. Mais celui-ci faisait marche arrière deux jours plus tard seulement, après la publication d’un sondage selon lequel trois-quarts des Canadiens ne voulaient pas qu’on touche aux paroles de l’hymne.

Et cette nouvelle mobilisation n’aura pas le soutien de l’opposition. Thomas Muclair, le leader du NDP, principal parti de gauche, a réagi en jugeant l’hymne « formidable ».

OCanada

 

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2 commentaires

MEP 2 octobre 2013 - 16:44

Ben nous on a quand même « nos fils et nos compagnes » qui sont égorgés par des féroces soldats… Donc les compagnes attendaient sagement à la maison (celui qui chante la chanson ne peut pas être une femme, ou bien une lesbienne mais je doute qu’ils y aient pensé), et les fils étaient avec eux. Les filles, boaf, ça compte pas vraiment, dans les combats.

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Lili 4 octobre 2013 - 09:53

@Mep : certes, mais nous on n’a pas changé notre hymne il y a à peine 100 ans pour remplacer du neutre par du masculin.

La Marseillaise a été écrite par un homme à une époque où, effectivement, des soldats hommes égorgeaient (et violaient mais bon…) les fils et les compagnes qui attendaient à la maison la fin des combats. Et où les filles étaient à marier.

Alors on peut changer les paroles mais une hymne du 18e siècle est forcément le reflet du 18e siècle. On ne refait pas le passé.

Du reste, quitte à changer la Marseillaise, on peut aussi en faire autre chose qu’un appel au massacre.

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