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Glee, série musicale… et féministe ?

par Arnaud Bihel

GleeLa série Glee met en scène des femmes viriles, des garçons “reines de la promo” et une adolescente ambitieuse. Faut-il la montrer à nos enfants comme un modèle de féminisme appliqué ? Le débat est ouvert. Une chronique de Marlène Schiappa.


 

 

De prime abord, Glee est une série gentillette et bien marketée. Diffusée aux USA sur le réseau Fox, elle se voit régulièrement récompensée par de nombreux prix (Kids Choice Awards, Golden Globes, Teen Choices Awards…) Ses B.O. se hissent à chaque fois en tête des ventes iTunes et CD. La disparition récente de l’un des héros, Cory Monteith (qui campait le quarterback1 paumé Finn Hudson) a renforcé l’intérêt des médias pour cette série estampillée “teenage”. 

Mais derrière son aspect “mainstream”, les intrigues de la série tournent souvent autour d’une déconstruction minutieuse des stéréotypes de genre. Est-ce le reflet d’un engagement sincère, une technique commerciale ou un tropisme ? Décryptages.

Une pub Dove format série

Si vous n’en avez jamais entendu parler, Glee met en scène la vie d’une chorale (un « Glee club ») dans le lycée McKinley à Lima, Ohio. Un prof d’Espagnol adulescent, Will Schuster, réunit les losers, les rejetés du lycée, ceux qui ne correspondent pas aux canons habituels de la popularité (un handicapé en fauteuil roulant, un petit gay, une ambitieuse peu gracieuse, une obèse noire…) Bref, tous ces habituels seconds rôles – “la voisine bizarre” ou “la petite juive triste du fond de la classe” comme le disent les personnages eux-mêmes – habitués à être présents à l’écran pour répondre à un quota politiquement correct imposé par les chaînes.

Tous ont un point commun : un don pour le chant. Au fil des épisodes, ils seront rejoints par le quaterback sexy, trois cheeleraders (pom-pom girls) canons et le don Juan local, donnant finalement naissance au casting original. Le message général que les New Directions (nom de leur chorale) chante sur scène sur tous les tons ? Vous pouvez être différents, soyez vous-même. Beau comme une pub Dove.

Mais quand on s’attarde un peu sur les intrigues, épisode par épisode, on réalise que le « soyez vous-même » passe très souvent par un rejet des stéréotypes de genre. Un discours inattendu et inédit dans une série pour adolescents.

Gossip Girl célébrait les tenues de créateurs et la société de classes, et même le subversif Angela, 15 ans (pour les années 90-2000) ou l’excellent Girls de Lena Dunham (pour les années 2010) restent relativement centrés sur la volonté de leurs héroïnes à se conformer à un idéal de magazine féminin – mince, populaire, en couple hétérosexuel…

L’héroïne a “deux papas”, le coach sportif est une femme

Dans les séries télévisées pour adolescents, les adultes hommes (le proviseur, le professeur, le père…) sont souvent des modèles de virilité. On se souvient du père de famille adulte et responsable de Beverly Hills, M. Walsh, préoccupé par le remboursement de son credit auto. “So cliché”.

Dans Glee, les « deux papas » de l’héroïne, Rachel, sont homosexuels et quand un père correspond au stéréotype général du père de famille beauf (M. Hummel, garagiste macho homophobe et responsable) plusieurs épisodes font comprendre au téléspectateur qu’il pourrait être différent – il finit d’ailleurs par être élu au Congrès pour défendre les chorales dans les lycées, au nom de son fils gay. Dans l’avant-dernière saison, il lui interprète même sur scène la chorégraphie de “Single ladies”, de Beyoncé.

Les femmes adultes ne répondent pas non plus au stéréotype habituel : la mère biologique de Rachel l’a abandonnée à la naissance (instinct maternel, si tu nous regardes…) et la coach Sue Silvester est parée de toutes les qualités (et défauts) présentés comme des « normes masculines » par l’Institut Catalyst : courage, affirmation de soi, esprit de compétition…

« Les séries vraiment féministes sont celles qui l’ont été sans s’en rendre compte, ou presque », analyse Benjamin Fau, co-directeur de l’ouvrage « Le Dictionnaire des séries télévisées » et pas franchement emporté par “l’élan feministe” de Glee.

« Des gens aux USA ont manifesté contre Cagney et Lacey, non parce que la série montrait des filles avec des flingues qui arrêtent des méchants, mais parce qu’elles étaient inspectrices ou commissaires, je ne sais pas, et avaient des hommes sous leurs ordres. La série s’est retrouvé plus féministe qu’elle ne le pensait elle-même. C’était l’anti-Drôles de Dames (cauchemar sexiste s’il en est). Idem pour les attaques de Dan Quayle contre Murphy Brown : pour la série, à l’intérieur de la série, le « féminisme » allait de soi, et ça a crispé tout naturellement les réacs. » Pour Benjamin Fau, Glee aligne en revanche les provocations calculées pour créer des buzz commerciaux.

Une série “queer” ?

Pourtant, l’homosexualité y est par exemple traitée comme faisant partie intégrante de la vie quotidienne, alors que toutes, ou presque, les autres séries pour ados la traitent de manière anecdotique, marginale, périphérique, et toujours problématique. Dans Glee, on croise une dizaine de gays hommes dont deux des personnages principaux (Kurt et Blane) et un bon nombre de lesbiennes dont deux autres des personnages principaux (Santana et Brittany). Ici, les lesbiennes ne sont pas des camionneuses caricaturales comme souvent dans les séries télévisées (à l’exception notable de L World) mais deux cheerleaders.

Bien sûr, la recherche de l’orientation sexuelle est souvent au centre des intrigues, et l’une des héroïnes (Brittanny) se révèle plutôt bisexuelle. Mais c’est une preuve supplémentaire que Glee ne range pas les gens dans des cases… Ainsi, Kurt Hommel, héros gay, est-il élu « reine de la promo ». L’année suivante, c’est Brittany Pierce qui est nommée parmi les “rois de la promo”…

La « nouvelle génération » (à partir de la saison 4) va d’ailleurs plus loin en abordant le thème de la transsexualité et des personnes transgenres, avec un personnage masculin qui aime devenir une fille (“Unique” de son prénom) quand il chante. Si tout le monde tente de le dissuader (“On vit dans l’Ohio, pas à New-York”) c’est finalement grâce à sa prestation que sa chorale sera qualifiée lors d’un championnat. Très Bisounours et papillons.

Comédies musicales & gender studies ?

Le traitement des violences faites aux femmes est aussi beaucoup moins manichéen que dans d’autres séries. Dans Glee, la femme battue est la coach des footballeurs américains, ex-championne de catch, pesant 140 kilos.

« Finalement, Glee avec son enrobage sucré-chanté est peut-être plus efficace qu’une après-midi de gender studies pour des adolescents et des enfants majoritairement soumis aux diktats du marketing de genre – cartables roses en tête », explique un jeune couple, qui télécharge les épisodes pour les regarder en boucle avec leur fille de 7 ans.

Un procédé que Christine Kelly, du CSA, a récemment qualifié de « placement d’idées » dans une dépêche AFP.  « Le placement d’idée, ça va plus loin que le placement de produit, c’est encore plus subjectif. C’est toucher le téléspectateur sans qu’il en soit averti. A partir de quel moment le message sera-t-il positif ou négatif ? Personne ne peut le dire », estime-t-elle. Pourtant, à voir les autres créations ultra-stéréotypées de Ryan Murphy, comme Nip/Tuck, difficile de se dire qu’il passe par Glee pour faire du militantisme.

C’est juste en adéquation avec l’état de l’industrie”

Bien sûr, Glee reste une série pour adolescents, grand public et américaine. Il n’y est jamais question de viols, et l’avortement n’est pas présenté comme une option sérieuse. Néanmoins, Glee est aussi la première série télévisée à succès pour ados à mettre en scène des personnages principaux en permanence en fauteuil roulant (Artie) atteints du syndrome de Down (Becky), obèses (Mercedes, Lauren).

Alors, Glee : une série qui déconstruit les stéréotypes de genre ? Pas pour Benjamin Fau : « Ryan Murphy ne déconstruit rien, il joue de l’effet de transgression, et n’en fait rien de constructif. C’était le cas avec Nip/Tuck (oh oui, choquons le bourgeois, car le bourgeois n’est qu’un ado doté d’un gros portefeuille qui aime être choqué car ça lui donne l’impression d’exister), American Horror Story, The New Normal (mais là c’était tellement foiré que la ruse n’a même pas pris) et Glee (proposons à l’adolescent des personnages transgressifs par rapport à l’image qu’il a des personnages de fictions écrits pour ses parents, parce qu’il aime bien avoir l’impression de mieux percevoir la réalité du monde que ces parents, l’adolescent… Et par contre faisons lui acheter des disques que ses parents ont déjà acheté (en mieux) 10, 20, 30 ans avant – oui, conceptuellement c’est très fort). C’est un peu comme si quelqu’un essayait de vendre un GTA ou un Call of Duty en remplaçant le personnage principal par un personnage principal féminin et en prétendant que c’est une déconstruction des stéréotypes machistes. »

Benjamin Fau pointe une simple adéquation avec l’époque, dans un univers télévisuel nourri de rediffusions ou de suites (90210, Melrose Place nouvelle génération, sans parler des Vacances de l’amour et de l’improbable buzz gay entre Nicolas et José). « Glee aurait été tourné dans les années 60, j’aurais trouvé ça formidable. Parce que là, pour le coup, en avance sur son temps télévisuel. Dans les années 2010, c’est juste en adéquation avec l’état de l’industrie. »

Certes, Mercedes refuse de poser dénudée pour la pochette de son album et Marley nous fait comprendre que l’anorexie, c’est mal ; mais l’esprit de “la lose” (le « L » sur la tête figurant sur les jaquettes des DVD) fonctionne plus difficilement quand Rachel est couronnée reine de la promo et part réaliser son rêve à New-York.

Après avoir pleuré la mort de Finn Hudson dans un épisode subtil mais émouvant, les fans attendent les deux prochaines (et dernières) saisons. Pour voir si l’héroïne finira mariée avec beaucoup d’enfants…

 

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1 commenter

PASDACCORD 19 décembre 2013 - 20:58

GLEE est une serie dans laquelle l’on peut s’identifier ! Et elle reflete plus la vie de tout les jours que n’importe quelle autre serie !!!!!! Cette article est totalement FAUX !

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