Accueil Société Trop gras, trop sucré, trop salé : la pub rend les enfants obèses

Trop gras, trop sucré, trop salé : la pub rend les enfants obèses

par Arnaud Bihel

DonutC’est l’accusation de l’OMS, selon laquelle « une réglementation laxiste du marketing » d’aliments peu sains « joue un rôle dans la crise d’obésité chez les enfants » en Europe.


 

L’Organisation mondiale de la santé dénonce « le marketing des aliments à haute teneur en matières grasses, en sel et en sucre auprès des enfants ». C’est le titre d’un nouveau rapport publié mardi 18 juin par l’OMS.

« Alors que les adultes sont conscients d’être ciblés par la publicité, les enfants ne font pas la distinction entre annonce publicitaire et dessin animé, par exemple. Cela les rend particulièrement réceptifs et vulnérables aux messages qui entraînent des choix mauvais pour la santé », assène l’OMS, selon laquelle ce marketing « auprès des enfants s’est avéré effroyablement efficace ». Son rapport s’attarde notamment sur un panel d’études, pour aboutir à cette conclusion : « Il existe une forte corrélation entre le fait de regarder la TV et l’obésité chez les enfants. »

Le marketing migre sur les médias sociaux

Et il y a un double effet télévision : « les enfants deviennent obèses non seulement parce qu’ils regardent la TV au lieu d’être actifs, mais aussi parce qu’ils sont exposés à de la publicité et à d’autres tactiques de marketing. La plupart des produits vantés ont une teneur élevée en graisses, en sucres ou en sel. La publicité porte principalement sur les sodas, les céréales sucrées pour petit déjeuner, les biscuits, les confiseries, les en-cas, les plats préparés et les établissements de restauration rapide. »

La télévision reste le support publicitaire dominant. Mais la situation évolue. C’est l’autre grand constat du rapport de l’OMS. Entre 2005 et 2010, en Europe occidentale, les investissements publicitaires pour les aliments et boissons non alcoolisées ont baissé, de 8,5 à 6,5 milliards d’euros. Mais cela ne veut pas dire que les messages se sont affaiblis : car les prix de la publicité télévisée ont diminué… Et les dépenses se sont aussi déplacées. Inexistantes en 2005, les campagnes sur internet pesaient déjà en 2010 plus d’un milliard d’euros. Et, via les campagnes virales sur les réseaux sociaux, le marketing peut avoir un maximum d’impact à moindre coût. Un marché en plein boom est par exemple celui des « advergames », qu’on pourrait traduire par « publijeux », autrement dit des jeux pour médias sociaux développés par les marques et qui véhiculent des messages publicitaires.

« Gérer la réalité de l’enfance obèse du XXIe siècle »

En France, constat « moins sombre » qu’ailleurs

Les taux d’obésité sont relativement faibles chez les enfants français, en dessous de 10% pour les garçons comme pour les filles, et ils n’ont pas augmenté durant les 20 dernières années, selon l’OCDE. Par ailleurs « les perspectives pour l’obésité infantile sont moins sombres en France que dans la plupart des pays de l’OCDE » : les taux devraient rester en-dessous de 10% durant les 10 prochaines années. Il existe en revanche un risque d’augmentation du nombre d’enfants en surpoids.

Pour l’OMS, l’Europe manque globalement de réglementations pour répondre à ce matraquage publicitaire ciblant les enfants. De ce point de vue, la France est l’un des meilleurs élèves. Elle fait partie des 6 pays (avec le Danemark, l’Espagne, la Norvège, la Slovénie et la Suède) sur les 38 pays européens étudiés par l’OMS a avoir « intégralement appliqué une démarche réglementaire ». Qui reste pour autant limitée. Les annonceurs doivent accompagner leurs sports TV et radio des messages que l’on connaît bien désormais, tels que « Évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé ». En 2008, rappelle le rapport, le gouvernement a étudié la possibilité de réguler les publicités dans les programmes pour enfants. Mais le débat n’a débouché que sur une charte de bonne conduite.

Une conférence réunira les 4 et 5 juillet, à Vienne (Autriche), les ministres de la Santé européens. Ils « évoqueront un amendement des politiques nationales pour protéger la nouvelle génération », souligne l’OMS. Pour sa directrice régionale pour l’Europe, Zsuzsanna Jakab, « les politiques doivent tout simplement être mises à jour et gérer la réalité de l’enfance obèse du XXIe siècle »

 

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Photo : woodleywonderworks sur Flickr

 

 

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