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Grève des femmes en Pologne : deuxième round pour défendre le droit à l’avortement

par Marina Fabre
"On ne dépose pas les parapluies. Grève des femmes". Visuel du mouvement "Grève des femmes, deuxième round"

« On ne dépose pas les parapluies. Grève des femmes ». Visuel du mouvement « Grève des femmes, deuxième round »

Quelques semaines après le rejet d’une proposition de loi anti-avortement à l’Assemblée, le parti au pouvoir revient à la charge. Les groupes anti-choix, eux aussi, multiplient les attaques. Les défenseur.e.s du droit à l’avortement prévoient une nouvelle journée de mobilisation lundi 24 octobre.


 

Une proposition de loi anti-avortement à peine rejetée au Parlement polonais, une autre prend sa place. Même deux, pour bien enfoncer le clou. D’abord, un texte (pas encore déposé), émanant du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir. Le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski, a en effet déclaré qu’il présenterait un projet de loi pour « la protection de la vie ». « Nous nous efforcerons de veiller à ce que même une grossesse très difficile ne condamne pas un enfant à mort, mais donne naissance à un enfant qui peut être baptisé », a-t-il déclaré.

Un texte « pire » que celui du collectif Stop avortement rejeté le 6 octobre dernier à l’Assemblée, juge sur Facebook le mouvement « Grève des femmes, deuxième round » qui organise un nouveau lundi de ‘grève en noir’ et de manifestations parapluies à la main, lundi 24 octobre. Des rassemblements de soutien auront lieu dans plusieurs villes d’Europe. À Paris, ce sera la veille, dimanche 23 octobre.

Un projet pour interdire l’avortement même en cas de malformation du fœtus

Actuellement, la loi polonaise autorise l’avortement dans 3 cas : en cas de malformation du fœtus, de menace sur la santé de la mère ou de viol/inceste. Le texte de ‘Stop avortement’ prévoyait de pénaliser les femmes voulant avorter, un point sur lequel l’Église avait posé son veto, considérant ces femmes comme « des deuxièmes victimes de l’avortement ».

100 000 femmes polonaises avaient alors défilé dans les rues, le 3 octobre, pour protester contre cette proposition de loi, et avaient obtenu gain de cause avec un rejet du texte à l’Assemblée. Un revirement de situation généré davantage par la position de l’Église que par les voix des manifestantes. Pour preuve, ce nouveau projet de loi de PiS, qui entend interdire l’avortement en cas de malformation du foetus, est encore plus restrictif que la loi actuelle polonaise. Ce qui confirme la stratégie mise en place par le parti : reculer pour mieux contre-attaquer, avec l’Église comme appui.

L’exemple des Islandaises

« Lors du lundi noir, nous avons dit un NON fort. Et nous le redirons !  Même si vous ne nous écoutez pas, nous sommes là. Et nous allons nous battre », affirment les militantes du mouvement ‘Grève des femmes, deuxième round. Leurs revendications ? « Non au mépris et à la violence contre les femmes, non à l’ingérence de l’Église dans la politique ».

Cette nouvelle grève en noir du 24 octobre contient un autre symbole : c’est le jour d’anniversaire de la grève suivie par la quasi-unanimité des Islandaises, le 24 octobre 1975. Et les militantes Polonaises d’afficher cette déclaration de soutien envoyée par Gudrun Jonsdottir, une de ces Islandaises qui avaient manifesté 41 ans plus tôt pour être considérées comme des égales : « Cet événement a façonné l’Islande (…) Quand je me tenais alors dans le centre de Reykjavik, avec 25 000 femmes, je me suis aperçue que rien ne serait plus comme avant (…) Sœurs polonaises, faites tout votre possible pour changer la situation dans votre pays « .

Un texte pour interdire la contraception

Mais elles devront aussi faire face à une autre attaque, émanant non pas du gouvernement mais de la ‘Fédération polonaise des Mouvements de Défense de la vie’. Celle-ci a déposé une proposition de loi de la société civile, signée par 170 000 citoyens, un nombre suffisant pour que le texte soit examiné en commission. Cette dernière a trois mois pour statuer sur son sort : rejeté ou examiné par le Parlement.

Présenté comme un compromis parce qu’il ne pénalise pas les femmes désirant avorter, le texte est en fait l’un des pires proposés par les organisations anti-choix. L’avortement serait illégal dans tous les cas sauf un : un danger imminent pour la vie de la femme enceinte ou du foetus, dans le cas d’une grossesse multiple. Autre point : la Fédération polonaise des Mouvements de Défense de la vie souhaite interdire… la contraception. En particulier la « pilule du lendemain ». Pourquoi ? Parce que le point commun à ces mouvements traditionalistes est de concevoir la vie à partir de la conception. 

« Je ne suis pas membre de cette association, je ne soutiens pas de telles idées », a commenté le vice-président du groupe PiS au Parlement, Marek Suski, prenant ses distances avec le texte. Une façon, une nouvelle fois, de reculer pour mieux sauter ?

 

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