Accueil SagaInitiatives Guide pour une communication sans stéréotype de sexe : « Nous allons balayer devant notre porte »

Guide pour une communication sans stéréotype de sexe : « Nous allons balayer devant notre porte »

par Marina Fabre
Guide stéréotypes

Olivier Faron, administrateur général du Conservatoire National des Arts et Métiers, signe la convention s’engagement, entre Danielle Bousquet et Pascale Boistard.

Les Nouvelles NEWS ont assisté à la présentation du Guide de communication sans stéréotype de sexe par le Haut Conseil à l’Egalité. Un outil pratique qui se décline en Convention d’Engagement déjà signée par plusieurs instances publiques. Un pas en avant vers l’égalité. Témoignages.


 

Dans la salle du Ministère des Droits des femmes, ce matin du 5 novembre, chacune – l’assemblée est en majorité composée de femmes – y va de son anecdote en attendant que la rapporteure du « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe », Gaëlle Abily, ouvre les débats.

« Moi, c’est à la banque, je leur ai dit d’arrêter de noter ‘Mademoiselle’ sur le courrier ». Et la voisine de répondre : « J’ai fait changer la rubrique ‘nom de jeune fille’ par ‘nom de naissance’ ». Ici, pas de petits combats car, comme le déclarait un peu plus tard Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes : « Le langage est politique et les représentations ne sont pas neutres dans la persistance des inégalités (…) La question du langage, comme celle de la parité, renvoie à la manière dont s’est construite la République française. Et la République française a exclu volontairement les femmes ». Les arguments sur la futilité de la féminisation de la langue française sont balayés d’une phrase.

Mais pourquoi un guide ? « Nous avons voulu agir tout de suite, être très concrets et pragmatiques. Cela fait 30 ans qu’il y a des textes et des lois, et heureusement ! Car cela nous a permis de les décliner et d’en ressortir cet outil », explique Gaëlle Abily aux Nouvelles NEWS. « Ce guide n’est pas un prêt-à-penser mais un outil d’aide en direction des pouvoirs publics », a-t-elle précisé dans sa tribune de présentation.

Pour cause, les premiers destinataires seront ici les entités publiques, celles-là mêmes qui dépensent « des millions et des milliards chaque année en communication. C’est donc un enjeu de responsabilité politique que de dire comment et à quoi ces millions vont servir ». Bien sûr, l’ambition est également que les acteurs privés s’emparent de cet outil très complet. « Le guide doit être vivant, il faut l’utiliser, il faut s’en emparer pour modifier les usages et changer les choses », avance la rapporteure.

« Cette règle du masculin qui l’emporte sur le féminin a été inventée par des grammairiens masculinistes »

Ici, rien n’est inventé. Seule l’égalité est rétablie dans tous les secteurs de la communication. D’abord le langage : « Cette règle du masculin qui l’emporte sur le féminin a été inventée par les grammairiens masculinistes », explique Eliane Viennot, autrice de Le masculin ne l’emporte pas sur le féminin. Et d’enflammer le public qui l’applaudit : « Et qu’est ce que ce musée de l’Homme qu’on vient d’ouvrir ! C’est l’humain qui nous intéresse, pas l’homme ! ». La question de l’appellation « droits humains » prend ici une nouvelle dimension. Il s’agit de « déconstruire les stéréotypes », affirme la Secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard.

Mais aussi les images : « Dans les campagnes de publicités, il y a trois dérives essentielles. La première est l’invisibilisation des femmes. La deuxième, l’hypersexualisation des corps des femmes. Et enfin, les stéréotypes sexistes », estime Brigitte Gresy, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle. Exemple à l’appui : cette publicité d’une joueuse de volley aux fesses à moitié dénudées.

Après ces constats, le but est donc de donner tous les outils nécessaires aux instances publiques. Et de rappeler l’existence du site des Expertes, lancé en juin dernier, qui recense aujourd’hui plus de 1500 spécialistes. « On est dans l’illusion de l’égalité. On a toujours seulement 20% de femmes expertes dans les médias », s’insurge Lisa Pleintel du groupe Egalis. Mais justement, grâce au guide, certaines rédactions essayent de faire changer les mentalités. Le directeur de France Info, Laurent Guimier, le confirme : il est encore très difficile de renouveler les experts car il y a une question de fidélisation. Mais « essayer le Guide des Expertes, c’est l’adopter », assure-t-il. « C’est un renouvellement du carnet d’adresse ». Selon Laurent Guimier, il faudrait surtout « ouvrir les portes des rédactions pour former les journalistes », les résistances sont encore trop nombreuses. « En tant que patron de chaîne, c’est à moi d’ouvrir cette porte ».

Des paroles aux actes : la signature d’une Convention d’Engagement

Et justement, le guide s’accompagne d’une « convention d’engagement » signée par plusieurs instances. Un pas de plus vers la concrétisation, un pas de plus pour passer des paroles aux actes. C’est en tout cas ce qu’affirme Olivier Faron, administrateur général du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), signataire de la convention. Sur le site du CNAM pourtant, pas de féminisation des noms : « ingénieur » ne se décline qu’au masculin. « Mais ça c’était avant la signature ! », s’exclame Olivier Faron quand nous le lui faisons remarquer. « Nous avons beaucoup à progresser ; si tout était parfait, nous n’aurions pas signé la convention et nous n’aurions pas besoin de ce texte. »

Le but pour le CNAM, à travers cette convention, est avant tout de « donner un message en interne parce qu’il faut sensibiliser, il faut qu’on fasse un travail sur nous-mêmes, à commencer par moi. Il y a un tas de documents que je valide en n’ayant pas assez intégré cette donne de l’égalité », admet-il. Une prise de conscience comme une première étape vers l’égalité. La deuxième étant la mise en application du guide. Mais comme l’affirme Bruno Macquart, président d’Universcience, lui aussi signataire de la convention d’engagement, citant Einstein : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ». La mise en application du guide les y aidera : « Nous allons balayer devant notre porte. Il y a beaucoup de textes à reprendre. Il faut être à la hauteur de cette convention », avoue Jean-François Balaudé, Président de l’Université Paris Ouest Nanterre La défense. Au boulot. 

 

Lire aussi :

Dossier – STÉRÉOTYPES PARTOUT

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com