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Les harceleurs sont-ils des bêtes sauvages ?

par Arnaud Bihel

Une nouvelle campagne contre le harcèlement dans les transports en commun d’Île-de-France dépeint les agresseurs en animaux prédateurs. Au risque de faire oublier que les harceleurs sont des « monsieur Tout le Monde » ?


 

« Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel : victimes ou témoins, donnez l’alerte ! » À partir de mardi 6 mars, et pendant un mois, ce message sera visible sur plus de 20 000 affiches sur les réseaux RATP et SNCF Transilien ; 55 000 dépliants d’information seront également distribués dans les gares.

Cette vaste campagne d’information lancée par la Région Île-de-France, Île-de-France Mobilités, la SNCF et la RATP, a pour principal objectif de rappeler le numéro d’urgence 3117, ainsi que le numéro SMS 31177, instauré en 2015 dans le cadre du plan de “lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles” dans les transports.

« En Île-de- France, 43% des agressions graves à l’encontre des femmes sont commises dans les transports en commun et les gares », souligne la Région qui rappelle aussi ce chiffre d’une enquête menée en 2016 par la FNAUT, association de défense des usagers des transports : 87% des répondantes affirmaient avoir déjà été victimes de harcèlement dans les transports. Par ailleurs, moins de 30% des répondantes disaient connaître ces numéros d’alerte.

Sur les visuels de cette campagne, « les harceleurs sont des prédateurs symbolisés par des animaux », résume la présidente de région Valérie Pécresse.

 

À noter que le même jour, l’opérateur de transports de l’agglomération toulousaine, Tisséo, prolongeait d’un an sa campagne lancée en avril 2017, et déclinée sur le même principe : les harceleurs, agresseurs, frotteurs, y sont représentés en horribles monstres.

Mais ce choix de déshumaniser les harceleurs, justement, fait débat. Le communicant Valerio Motta, ancien membre du cabinet de Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des droits des femmes en 2015, a ainsi développé cette réflexion sur Twitter :

« Une des difficultés majeures qu’on a sur tous les sujets de violences faites aux femmes, particulièrement sur les violences sexuelles, est de faire comprendre qu’elles sont massives et qu’elles impliquent beaucoup d’hommes, de tous milieux sociaux », explique-t-il. « Pousser chacun à s’interroger sur son comportement, son sexisme, est déjà difficile. Je crains que le choix de représenter l’agresseur comme un animal sauvage n’aide pas : non pas qu’il faille les idéaliser ou les ménager, mais parce qu’il faut révéler que c’est monsieur Tout le Monde. »

 

Plusieurs autres internautes ont questionné ce choix de visuels.

https://twitter.com/FatiElo/status/970620266924658689

 

La réflexion peut même être poussée un cran plus loin. Ne pas accepter qu’un harceleur puisse ressembler à « monsieur Tout le Monde », cela illustre, note Valerio Motta, la difficulté qu’il y a « à admettre collectivement que si une femme sur deux est victime de violences sexuelles dans sa vie, ces violences sont tellement massives qu’elles sont statistiquement nécessairement produites par certains de nos collègues, de nos amis, des membres de nos familles. »

Un déni qui peut expliquer « les réactions d’une violence inouïe envers Caroline De Haas ». La militante féministe est en effet devenue une cible, ces derniers jours, après qu’un journal lui a fait dire (elle réfute l’avoir énoncé de façon aussi abrupte) : « Un homme sur deux ou trois est un agresseur ».

 

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