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Hélène Périvier : « De la maternité à la parentalité »

par Arnaud Bihel

 

Hélène Périvier est économiste à l’OFCE, spécialiste du marché du travail, des inégalités entre les sexes et des politiques sociales et familiales. Elle estime que les propositions du rapport Grésy (voir notre article) sur le congé paternel et le congé parental peuvent « changer la donne ».


Quel regard portez-vous sur les propositions du rapport Grésy ?

Ces mesures sont très positives dans l’ensemble. Les normes sociales font que le poids de la famille pèse essentiellement sur les femmes. Et qu’il est difficile pour les hommes de s’engager dans la famille, parce que c’est perçu comme un manque d’investissement personnel dans leur carrière.

Le congé maternité est encore une source de discrimination importante à l’encontre des femmes sur le marché du travail. Les employeurs, trop souvent, ont une anticipation négative quand ils voient arriver une jeune femme de 30 ans, se disant qu’elle va avoir des enfants et s’arrêter de travailler plusieurs semaines.

Donner le même congé aux hommes qu’aux femmes – 4 semaines après la naissance de l’enfant – et le rendre obligatoire, cela permet de déplacer la focale de la question de la maternité vers celle de la parentalité. Face à un jeune homme de 30 ans, le patron va aussi se dire qu’il peut avoir un enfant et va s’arrêter. Cela change la donne du point de vue de la discrimination.

Le rapport propose que le congé paternité reste facultatif ; selon vous, il devrait être obligatoire ?

Je pense que si ce n’est pas coercitif, le congé ne sera pas davantage pris par ceux qui ne s’y seraient pas engagés autrement. Mais je comprends l’esprit du rapport. Il se place dans une optique de faisabilité rapide. C’est un peu compliqué de dire : « on va mettre en place un congé paternité obligatoire ». Alors en effet, commençons déjà par ce premier pas. Un certain nombre de pères vont effectivement prendre ce congé de 4 semaines, sachant que deux tiers des pères, tout de même, prennent déjà leur congé paternité de 11 jours.

Il y a ensuite un petit effet de génération à attendre. Il faut que le système soit connu, que les jeunes pères le prennent sufisamment pour qu’ensuite l’employeur, au moment de recruter, n’ait pas plus de réticence à l’égard d’une jeune femme que d’un jeune homme.

Avec Dominique Méda, en 2007, vous proposiez une autre réforme du congé parental, un an et demi à partager entre le père et la mère. La proposition du rapport Grésy (un an, dont deux mois pour le père) est différente…

Ce qui est sûr, c’est que celui qui est en place actuellement n’est pas satisfaisant à de nombreux points de vue. Mais cette question, en terme de politiques publiques, est plus compliquée à traiter. Il faut s’entendre sur des normes par rapport au bien-être de l’enfant, par rapport au désir des parents – certains souhaitent passer du temps avec leurs jeunes enfants, d’autres pas. Le congé parental doit-il durer 3 ans, 18 mois, un an ; comment le financer ; comment le partager entre le père et la mère ?.. Ces questions doivent faire l’objet d’un débat démocratique.

C’est de toute façon un sujet qu’on ne peut pas traiter de façon isolée. En fait, il faut penser le congé parental comme un dispositif de prise en charge de la petite enfance. Si on raccourcit ce congé de trois ans à un an sans créer les places de d’accueil nécessaires, ce sera pire que tout. Ce serait encore plus dommageable à l’emploi des femmes. J’estime qu’il faudrait 500 000 places supplémentaires, et on n’est même pas à 200 000. Le rapport Grésy rappelle d’ailleurs l’insuffisance de l’offre de garde pour les enfants de moins de trois ans.

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