Ouest extrême

par Arnaud Bihel

Deux films en salles actuellement ont pour point commun l’Ouest des États-Unis, à un siècle et demi d’écart. Tous deux en compétition au festival de Cannes, The Homesman et Maps to the Stars font un constat similaire : dure est la vie… Par Valérie Ganne.


TLJonesUn bon western tiré d’un bon roman avec de bons acteurs : que demander de plus ? Un point de vue sur un thème peu traité dans ce type de films, soit la condition des femmes à l’époque. The Homesman de Tommy Lee Jones n’est pas un film féministe, mais tout simplement humaniste. Étonnant de la part d’un vieux cow-boy.

En 1854, Mary Bee Cuddy, une pionnière solide jouée par Hilary Swank, traverse les USA en carriole, du Nebraska à l’Iowa, pour emmener trois femmes devenues folles chez des protestants qui les accueilleront. Les esprits de ces trois passagères n’ont pas survécu aux difficultés de la conquête de l’Ouest : le travail, les enfants qui meurent trop souvent, la brutalité masculine, ont eu raison d’elles. La conductrice de ce drôle d’équipage, célibataire de 35 ans (autant dire une vieille dame) que les hommes refusent d’épouser parce qu’elle est trop autonome, est accompagnée par un vieux soldat qui a déserté depuis un bail, Tommy Lee Jones himself.

Rythmé par la beauté des paysages, les disputes entre les deux conducteurs, leurs rencontres avec les indiens ou autres dangers, The Homesman souligne à quel point ce pays a été conquis dans des conditions extrêmes.  Et que plusieurs générations de femmes y ont laissé quelques plumes. 

 

The Homesman de Tommy Lee Jones, d’après le roman Le Chariot des Damnés de Glendon Swarthout ; avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, David Dencik. Produit et distribué par par EuropaCorp, en salles le 18 mai 2014.

 

Les enfants perdus d’HollywoodCronenberg

Un siècle et demi plus tard, pas si loin sur la côte Ouest, la situation décrite par David Cronenberg n’est pas plus glorieuse. La dure loi d’Hollywood, objet de tant de films, est décrite par le réalisateur canadien avec une jubilation cruelle et contagieuse.

Maps to the Stars, au titre évidemment cynique, est un projet porté par Cronenberg depuis huit ans, mais il ne trouvait pas de financement du côté américain tant le trait est acerbe. On y trouvera une fausse ingénue (jouée par Mia Wasikowska, une révélation), un enfant star qui a déjà vécu quelques vies, des fantômes, un gourou-psy-manipulateur incestueux et surtout Julianne Moore.

Formidable de culot, l’actrice incarne avec fougue une star prête à tout pour éviter la mise à l’écart sous prétexte qu’elle a passé la cinquantaine [Mise à jour : Ce rôle a valu à Julianne Moore le prix d’interprétation féminine].

Le puzzle qui se met en place inexorablement dévoile le tableau terrible d’une ville qui dévore ses enfants. 

 

Maps to the Stars réalisé par David Cronenberg, écrit par David Wagner, avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Olivia Williams, produit par Prospero Pictures et SBS Films, distribué par Le Pacte. Sortie le 21 mai 2014.

 

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