Accueil International Homophobie : quels moyens de pression sur la Russie ?

Homophobie : quels moyens de pression sur la Russie ?

par Arnaud Bihel
Vodka

Photo : Jon Åslund sur Flickr. Une marque de vodka suédoise affiche autrement la couleur (2008).

Boycott de la vodka ou des Jeux Olympiques : après l’adoption de plusieurs lois homophobes en Russie, les appels à réagir se multiplient ailleurs dans le monde. Mais pas sans contradictions.


 

Au Canada, aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, certains bars gays ne servent plus de vodka russe. Une réaction aux récentes lois adoptées à Moscou, interdisant notamment la « propagande homosexuelle ». Le terme est si vague qu’informer des jeunes sur l’homosexualité ou simplement lutter contre l’homophobie pourrait être passible d’une amende. En juin dernier la Douma, le parlement russe, a également interdit aux couples homosexuels ou aux célibataires issus de pays autorisant le mariage homosexuel l’adoption d’enfants russes.

Pour autant, le boycott des boissons russes n’est pas forcément la solution. Le militant gay Nikolai Alekseev est très sceptique : « Quel est le but de ce boycott ? », s’interroge-t-il. « Les producteurs, même s’ils font faillite à cause de ça, ce qui est improbable, ne pourront pas influencer la politique russe, le président Poutine ou les décisions de la Douma. »

Pour lui il faut viser directement les auteurs de ces lois : « Trois ou quatre personnes interdites de visa pour l’Union Européenne, les États-Unis, le Royaume-Uni et plusieurs autres pays dissuaderont les autres politiciens de suivre ce chemin. » Il encourage les militants à « [mettre] la pression sur [leurs] gouvernements pour interdire de visa d’entrée les auteurs de ces lois. » « Ils vont souffrir et les autres y penseront à deux fois » commente-t-il. « Rien d’autre ne marchera ! »

Profiter des Jeux Olympiques

Les Jeux Olympiques de 2014, à Sotchi, pourraient aussi être une occasion de dénoncer ces lois. La Human Rights Campaign (HRC, la Campagne pour les Droits de l’Homme) a déjà demandé aux chaînes de télévision de ne pas diffuser la cérémonie d’inauguration. NBC ne compte pas se conformer à cette requête, mais a promis de « ne pas taire la question gay ».

Des voix se sont également élevées, dont celle de la journaliste et écrivaine canadienne Anne Morris-Dadson, pour demander le boycott des JO eux-mêmes. A l’inverse, certains athlètes homosexuels comptent bien s’y montrer. « Je suis contre le boycott car il n’y a aucune raison que je change, que je ne sois pas moi-même ou que je retourne dans le placard à cause de ma sexualité », a expliqué le patineur de vitesse néo-zélandais Blake Skjellerup. Il envisage de porter à cette occasion un badge arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT.

Le gouvernement russe a assuré que les athlètes et supporters gays ne courraient aucun risque pendant les Jeux Olympiques, ce que les députés les plus conservateurs ont d’ores et déjà dénoncé, déclarant que les spectateurs venaient pour « voir du sport et non pour enfreindre les lois du pays d’accueil. »

L’association All Out a lancé une pétition, qui sera remise au Comité International Olympique, pour que les organisateurs fassent pression sur la Russie.

Les activistes LGBT russes eux-même ont prévu une gay-pride à Sotchi le jour de la cérémonie d’inauguration. Ironie du sort : pour éviter les problèmes avec la justice l’agence de presse russe qui l’annonce précise que « cette dépêche pourrait contenir des informations déconseillées aux moins de 18 ans ».

Notons que des appels au boycott avaient déjà été lancés pour d’autres raisons : en 2012 des Français l’avaient réclamé pour protester contre les violations des droits de l’Homme en Russie tandis que les Américains l’avaient envisagé à cause de l’asile accordé à Edward Snowden. L’application de ce boycott semble néanmoins improbable.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

JO de Sotchi : silence, on exploite

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire