Accueil Culture Hoshi et le chroniqueur sexiste : une polémique salutaire

Hoshi et le chroniqueur sexiste : une polémique salutaire

par Rebecca Wolozinsky

Déferlante de soutien à Hoshi contre les propos sexistes d’un chroniqueur. Le système de consécration du sexisme dans la culture est cassé.

« Elle est effrayante » : ce sont les mots employés par le chroniqueur de musique, Fabien Lecoeuvre, mardi 6 avril dernier à propos de la chanteuse Hoshi. Des propos qui ne passent plus du tout et ont déclenché une polémique salutaire. A l’antenne de la webradio indépendante Arts-Mada, le chroniqueur s’est lancé dans une diatribe sexiste contre l’artiste, sans aucune réaction sur le plateau : « Quand est-ce qu’on va nous sortir des filles sublimes? Quand vous regardez Hoshi, par exemple, qui a un talent incroyable, indiscutable, vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre vous? […] J’ai rien contre cette fille qui est géniale. […] Mais qu’elle donne ses chansons à des filles sublimes, comme des Vanessa Paradis, Vartan, Françoise Hardy », a-t-il ajouté.

Hoshi a réagi sur Twitter :« Tellement grave de tenir ce genre de propos. On lui offre un poster ou un miroir ? J’hésite » 

Dans ce qu’il a dû voir comme une excuse, le chroniqueur persiste et signe : « ça ne change en rien ce que je pense de toi, tu restes une artiste talentueuse. Je continuerai de venir te voir en concert dès que la crise sanitaire nous le permettra. » Se justifiant d’une « différence d’époque où les maisons de disques et les publics faisaient beaucoup plus attention aux physiques des artistes qu’aujourd’hui. »

La chanteuse lui a répondu directement via son compte Instagram : « Moi je ne veux pas de vous dans mes concerts. Mes concerts sont des lieux safes pour mon public. Vos propos sont trop graves pour que vous soyez quelqu’un de bien. Et le « ça ne change rien » lol. Je suis « effrayante, moche » je devrais « donner mes titres à d’autres » mais bon j’ai du talent quand même alors monsieur veut venir me voir en concert malgré tout. Putain de réponse patriarcale. Vous êtes à vomir. »

Les réactions se sont ensuite enchaînées sur les réseaux sociaux de la part d’un grand nombre de célébrités. La chanteuse Clara Luciani répond au chroniqueur sur Instagram : « Fabien Lecœuvre, honte à vous. Vous êtes à vomir. C’est vous le monstre, le laid, l’erreur. C’est les pin up qu’on accroche au mur pour faire joli, pas les artistes. » Même son de cloche du côté du chanteur Pascal Obispo : « Pardon mais je ne peux pas laisser passer. Au début tu réécrivais à la télévision et dans tes livres, et de manière plus qu’approximative les histoires des artistes et de leurs chansons ! Et ça nous fatiguait tous ! Aujourd’hui tu veux assassiner la beauté !? T’es sérieux là Fabien Lecœuvre ?! Respect et soutien à Hoshi ! Une magnifique artiste. » Puis Michel Polnareff : « Complètement d’accord avec Pascal ; comme je l’ai écrit sur mes réseaux, c’est Hoshi et non HoNshi ; je connais bien le personnage qui, non content d’écrire des bouquins sur des chanteurs disparus qu’il n’a jamais rencontrés, s’attaque maintenant à une artiste vivante et bien vivante » a-t-il expliqué, avant d’ajouter: « Une honte totale, je me félicite de l’avoir viré il y a deux ans et je lui serai reconnaissant d’arrêter de dire à ce jour qu’il est mon attaché de presse. Tout mon soutien à Hoshi et aux autres artistes qu’il salit ».
Europe 1, où Fabien Lecœuvre officiait comme chroniqueur régulier a annoncé sa suspension temporaire dans les jours qui ont suivi. L’artiste a été invitée à s’exprimer dans plusieurs médias comme C à vous sur France5 le 13 avril où elle a dénoncé les propos blessants. Réagissant aux (fausses) excuses du chroniqueur, elle a souri : « il creuse profond là ». A côté de ces célébrités, une foule d’internautes a réagi. Le tweet d’Hoshi a été rapidement « liké » plus de 22 000 fois. Et Lecœuvre a reçu très peu de messages de soutien bien que les raids sexistes soient souvent légion sur la toile.

Des réactions qui montrent un net recul du sexisme dans les médias grâce aux réseaux sociaux. Avant l’existence d’Internet, seuls les grands médias pouvaient influencer l’opinion et le discours du chroniqueur, adoubé par l’animateur de l’émission, serait passé sans problème. Depuis, il y a eu le mouvement « metoo » rendu possible lui aussi par les réseaux sociaux. Et le sexisme décomplexé ne passe plus.

On revient de très loin. Le décès récent d’Anne Sylvestre et l’histoire de cette grande artiste ont rappelé que les chanteuses à texte, les chanteuses engagées, n’étaient pas les bienvenues dans le monde de la musique où des Fabien Lecoeuvre faisaient la pluie et le beau temps. Pire encore si elles étaient féministes. Anne Sylvestre qui a été contrainte à fonder son propre label, « Production Anne Sylvestre », pour faire entendre sa voix, ses mots et ne pas limiter son répertoire à ce que les hommes voulaient bien entendre. Les maisons de disque misogynes préféraient faire chanter à « d’innocentes jeunes filles » des tubes comme «Annie aime les sucettes».  (lire : ANNE SYLVESTRE, CHANTEUSE ENGAGÉE)

Aujourd’hui c’est un « non » franc et massif qu’envoient Hoshi et ses soutiens à ce système de consécration du sexisme dans la culture.

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