Accueil International En Inde, 63 millions de filles et femmes manquantes, 21 millions « non désirées »

En Inde, 63 millions de filles et femmes manquantes, 21 millions « non désirées »

par Arnaud Bihel

Écolières à Chennai, 2009. Par Pippa Ranger/Department for International Development [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

Un rapport remis au Parlement indien estime que 63 millions de filles et de femmes manquent dans le pays en raison de la « préférence aux garçons ». Et théorise la « méta-préférence » qui fait qu’il existe 21 millions de filles « non désirées ».


 

Pour la première fois, l’édition 2018 du Rapport annuel de perspectives économiques présenté au Parlement indien lundi 29 janvier, contient un chapitre consacré au genre. Le document souligne tout particulièrement que la société indienne doit s’interroger sur sa « préférence accordée aux garçons », pour laquelle « le développement ne s’avère pas être un antidote ».

De fait, au cours des 15 dernières années, la majorité des indicateurs montrent des progrès pour les droits des femmes en Inde dans les domaines économiques comme sociaux. Mais dans le même temps le ratio de sexe à la naissance, en faveur des garçons, n’a cessé d’augmenter. Ce ratio est naturellement de 1,05 : il naît 1,05 garçons pour une fille. En Inde, il atteignait 1,108 en 2015.

« D’une certaine façon, une fois qu’elle sont nées, la vie des femmes s’améliore, mais la société apparaît encore souhaiter qu’elles soient moins nombreuses à naître », assène le rapport.

En 1990, l’économiste indien Amartya Sen avait estimé que la préférence aux garçons conduisait à ce que 100 millions de filles et de femmes manquent dans le monde, dont 40 millions rien qu’en Inde. Ce rapport actualise ce chiffre. En raison des avortements sélectifs pour favoriser la naissance de garçons, mais aussi par négligence des parents pour la santé des filles, l’Inde compterait aujourd’hui 63 millions de filles et de femmes « manquantes ».

Les autorités du pays cherchent à contrer ce phénomène. En 2015, par exemple, le Premier ministre lançait un plan d’action contre cette « honte » que constituent les avortements sélectifs.

Voir : L’Inde ne veut plus voir disparaître les bébés filles

Le rapport évoque un autre phénomène : la « méta-préférence » pour les garçons : les familles font des enfants jusqu’à avoir le nombre de garçons désiré. Ce phénomène conduit, selon le rapport, à ce qu’il existe en Inde 21 millions de filles « non désirées ». Ce qui peut s’avérer « préjudiciable aux filles, car cela peut conduire à ce qu’elles bénéficient de moins de ressources ».

C’est autant à l’État qu’à « la société dans son ensemble » d’agir, en favorisant l’éducation et l’emploi des filles et des femmes, pour mettre un terme à ces « odieuses » inégalités, conclut le rapport. Dans cette « compétition entre les forces irrésistibles du développement et ces objets inébranlables que sont les normes culturelles, les premières auront besoin de tout le soutien possible ».

 

 

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09 Aziza 2 février 2018 - 17:28

Quand un progrès(l’échographie) est utilisé contre les femmes par la domination masculine pour la reproduction du même. Quand la liberté (légitime) d’avorter est détournée vers ce me^me but. Mais il est très dur de faire admettre en Occident que être obligée ou interdite d’avorter est pareil; tout comme être contrainte ou interdite d’être voilée.
Ce qui explique que les luttes sont moins pugnaces. Or la violence sur le corps et la vie de ces femmes interdites d’être mères de filles, est terrible; l’eugénisme des filles est criminel.

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