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Les Indiens du Canada sortent de leur réserve

par auteur

Idle3Un mouvement de protestation de grande ampleur fait aujourd’hui l’actualité des médias outre-Atlantique. ‘Idle No More’, lancé au Canada par les peuples autochtones en octobre dernier, multiplie les actions et s’étend grâce aux réseaux sociaux.


 

« La passivité, c’est fini ! » Le mouvement ‘Idle No More’ n’en finit plus de grandir et déborde maintenant les frontières canadiennes pour gagner les États-Unis et plus timidement l’Europe. Depuis un mois, ils et elles dansent et manifestent au son des tambours devant le parlement, la résidence du Premier ministre canadien Stephen Harper, dans de nombreuses villes du pays, et ont bloqué routes, chemins de fer et postes frontières. Les manifestants bien décidés à se faire entendre ne s’arrêteront ni aux promesses ni aux discours du gouvernement.

Relayée notamment sur Facebook et sur Twitter par le hashtag #idlenomore et maintenant #J11 (en référence à la journée de mobilisation qui doit se tenir le vendredi 11 janvier), la contestation née de l’opposition à un projet de loi fédérale porte désormais sur des revendications plus larges, bien qu’encore mal définies. Conditions de vie des Premières Nations (voir encadré) et relation avec le pouvoir politique sont au cœur des préoccupations des manifestants. ‘Idle No More’ n’est pas sans rappeler le mouvement Occupy né il y a deux ans et celui des Indignés qui a traversé l’Europe en pleine crise économique.

 

Qui sont les Premières Nations ?
Largement utilisée, l’expression Premières Nations ne possède pas de définition officielle. Elle désigne généralement l’ensemble des Indiens habitant au Canada qu’ils en aient le statut ou pas.

Indien ou membre des Premières Nations ?
Le terme Indien (utilisé dans le contexte de la Loi sur les Indiens) décrit collectivement tous les peuples indigènes au Canada, à l’exception des Inuit. Depuis une décision du 8 janvier 2013 de la Cour fédérale canadienne qui pourrait être portée en appel par Ottawa, ce terme au sens de la loi inclut également les Métis et les Indiens vivant hors réserve. Certaines personnes trouvent le terme Indien désuet ou offensif et préfèrent plutôt être identifiées comme membres des Premières Nations.

Qui sont les peuples autochtones ?
Ce sont les descendants des premiers occupants de l’Amérique du Nord. La constitution canadienne reconnaît trois peuples autochtones : les Indiens (maintenant connus sous le nom de Premières Nations), les Métis et les Inuit. Ce sont trois peuples distincts ayant des patrimoines, des langues, des pratiques culturelles et des croyances spirituelles qui leur sont propres. Le Recensement du Canada de 2006 évaluait à un peu plus d’un million le nombre d’autochtones, ce qui représentait 3,8 % de la population canadienne.

(Sources : site du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada et site des Ressources humaines et du Développement des compétences Canada)

Quatre femmes contre des lois fédérales imposées aux autochtones

En octobre 2012, au moment du dépôt du projet d’une loi fédérale, quatre femmes de la province de la Saskatchewan – Jessica Gordon, Sheelah McLean, Sylvia McAdams et Nina Wilsonfeld – échangent des courriels sur ce texte sur leurs craintes des changements législatifs qu’il entraînerait pour les Premières Nations. Elles organisent un événement le 10 novembre dans la ville de Saskatoon. Grâce aux réseaux sociaux et au mot d’ordre incitatif ‘Idle No More’, pouvant être traduit par « Fin à l’immobilisme ! » ou « Fini l’apathie ! », d’autres rassemblements s’organisent à travers le pays, toujours dans une ambiance pacifique. Le mouvement est né.

Sa cible : les deux lois budgétaires C-38 et C-45 votées en juin et décembre 2012. Surnommées « lois mammouth » en raison de leur longueur de plusieurs centaines de pages, elles cachent, derrière des dispositions budgétaires, la modification de plusieurs dizaines de lois, menaçant les droits ancestraux des Premières Nations. Avec les modifications apportées à la Loi sur les pêches et à la Loi sur la protection des eaux navigables, ce sont pour les Amérindiens une bonne partie des protections environnementales de leurs terres qui sont détruites : désormais seules les espèces faisant l’objet de pêche commerciale, traditionnelle ou récréative, ou celles dont elles se nourrissent seront protégées, tandis que sont réduits les processus d’évaluation environnementale des grands projets d’infrastructure ou d’exploitation des ressources naturelles. La protection, en vigueur depuis 1882, de la plupart des milliers de lacs et cours d’eau navigables du pays est supprimée. Les Premières Nations redoutent de futurs développements économiques préjudiciables à l’environnement, comme des projets de pipelines à partir des sables bitumeux, défendus par Stephen Harper.

Ces dispositions concernent ainsi l’ensemble des Canadiens, ce qui semble expliquer l’intérêt montré par de nombreux sympathisants aux revendications d’Idle No More. Le mouvement pourrait bien devenir le catalyseur de la grogne contre les initiatives du gouvernement, notamment au Québec, province peu favorable aux conservateurs.

Le texte modifie également les conditions selon lesquelles un conseil de bande autochtone peut céder des terres de sa réserve, n’exigeant plus que la majorité d’une assemblée ad hoc, au lieu de la « majorité des électeurs » de la bande. D’où la crainte que les réserves soient ainsi grignotées par des non-autochtones et privatisées plus aisément. Le projet obligera enfin les responsables des Premières Nations du Canada à publier leurs budgets et le montant de leurs rémunérations, dans un souci de transparence. Certes l’opposition au contenu de ces deux nouvelles lois est importante, mais c’est surtout l’absence de consultation des autochtones par le gouvernement qui est dénoncée.

De la ténacité et une rencontre avec le Premier ministre

Le 10, puis le 21 décembre 2012, et maintenant le 11 janvier 2013, à chaque journée de mobilisation le mot d’ordre d’Idle No More est le même, l’unité. Ce n’est pas la première fois que les Premières Nations s’expriment sur la scène publique mais, en donnant l’apparence d’un mouvement unifié, Idle No More rompt avec le passé. Contrairement aux précédents événements restés isolés et portés par les discours des chefs, ce mouvement spontané et citoyen a la particularité de venir de la base et d’avoir été impulsée par des femmes. D’ailleurs elles continuent à être les fers de lance de la mobilisation, comme au Québec où deux jeunes femmes de 28 et 35 ans, Widia Larivière et Mélissa Mullen-Dupuis, ont cofondé la section québécoise qui a adopté la plume rouge comme emblème, clin d’œil au carré rouge des étudiants québécois lors du « printemps érable ».Idle2

Sans oublier celle qui est devenue le symbole de la contestation et cristallise l’attention des Canadiens, Theresa Spence. Vendredi 5 janvier 2013, après 25 jours de grève de la faim et plusieurs refus, la chef de la réserve d’Attawapiskat a finalement obtenu du Premier ministre canadien Stephen Harper qu’il accepte de rencontrer les dirigeants des Premières Nations. Installée dans un tipi face au parlement d’Ottawa, cette mère de cinq enfants âgée de 49 ans a arrêté de se nourrir le 11 décembre dernier, au lendemain de la première grande journée de mobilisation organisée par Idle No More. Une réunion de travail aura lieu vendredi 11 janvier entre le chef du gouvernement et des représentants autochtones en présence du ministre des Affaires autochtones John Duncan. Elle portera sur « les relations fondées sur les traités et les droits des peuples autochtones, ainsi que le développement économique ». Un signe d’ouverture dont les contestataires ne se contenteront pas. Theresa Spence avait déclaré suite à l’annonce du Premier ministre qu’elle continuerait sa grève de la faim « jusqu’à ce que la rencontre ait eu lieu » et attend de « voir les résultats ». Après avoir laissé entendre qu’elle participerait à la rencontre, elle ne s’y rendra finalement pas.

 

Le mouvement en images :

Pour aller plus loin :

– le site officiel du mouvement Idle No More (en anglais) : http://idlenomore.ca/

– les médias canadiens francophones : http://www.ledevoir.com ; http://www.radio-canada.ca

– le site du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada : http://www.aadnc-aandc.gc.ca

– le site du secrétariat aux affaires autochtones du Québec : http://www.autochtones.gouv.qc.ca

– Pierre Lepage, Mythes et Réalités sur les peuples autochtones, édité par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, 2009 : http://www.autochtones.gouv.qc.ca/publications_documentation/publications/mythes-realites-autochtones.pdf

 

Photos :

1 – Manifestation Idle No More à Vancouver le 27 décembre 2012 © Caelie_Frampton
2 – Manifestation à Montreal le 21 décembre 2012 © Thien V

 

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1 commenter

Co 10 janvier 2013 - 19:01

Superbe iniciative, la vídeo est super. Good luck!!

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