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L’INSEE, les cougars… et Macron

par Arnaud Bihel
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Photo Mike Fisher sur Flickr (CC BY 2.0)

Les couples dans lequel l’homme est le plus jeune deviennent plus fréquents, même s’ils restent très largement minoritaires. Et voilà que surgissent dans la presse l’image de la « cougar » et celle d’Emmanuel Macron. N’en jetez plus !


 

Il y a en France « de plus en plus de couples dans lesquels l’homme est plus jeune que la femme « , observe une étude de l’INSEE publiée vendredi 2 septembre. La norme sociale qui fait considérer comme normal un couple dans lequel l’homme est plus âgé, et anormale la situation inverse, serait-elle en train de se fissurer ? Pas si simple. La diversité des situations évoquées dans cette étude rend difficile toute analyse tranchée.

D’abord, la « conception traditionnelle du couple dans laquelle l’homme est le plus âgé » reste bien ancrée. Les couples hétérosexuels dans lesquels l’homme a au moins un an de plus que la femme sont toujours largement majoritaires : c’est le cas de 56% des couples en 2012. Dans 3 cas sur 10 les conjoints ont le même âge (à un an près). Et dans seulement 14% des cas l’homme est le plus jeune.

Reste que globalement, en effet, la configuration dans laquelle l’homme est le plus jeune devient « plus fréquente » : cela concernait 10 % des couples formés dans les années 1960, et 16 % de ceux formés dans les années 2000.

Dans les griffes de la cougar

Une évolution suffisante pour que certains journaux s’emballent, en brandissant le concept de « cougar » : cette femme plutôt agée en couple avec un « petit jeune ». Un terme plutôt péjoratif qui, comme le note Le Monde « n’a pas d’équivalent masculin, malgré l’abondance d’exemples inverses (Mick Jagger a 43 ans de plus que sa compagne). »

« Les françaises seraient-elles en passe de devenir des cougars ? Peut-être bien ! », lance ainsi La Parisienne. Quand, pour LCI « le « phénomène des cougars » [qui] squatte depuis plusieurs années les pages people (…) tend désormais à se démocratiser ».

D’autres journaux, heureusement, ne tombent pas dans ce piège, en relevant cet autre constat de l’INSEE : les écarts d’âges sont « souvent peu élevés »… et ils le sont bien davantage quand l’homme est le plus âgé. Ainsi « dans 19 % des couples, l’homme a 5 à 9 ans de plus que sa conjointe ; la situation inverse ne concerne que 4 % des couples. » Et dans 7,2% des cas l’homme a au moins 10 ans de plus. Seuls 1,3% des couples connaissent la situation inverse.

« Le cliché de la ‘cougar’ entichée d’un jeune éphèbe ne se reflète donc pas dans le miroir de cette savante étude », note ainsi Le Télégramme. Et Madame Figaro renchérit : « Ne criez pas à la cougar ! Le cliché de la quinqua accessoirisée d’un rutilant jeune premier à son bras tient plus du mythe de cinéma ».

« Le deuxième effet Macron »

Ce qui n’empêche pas une autre image sur laquelle nombre de médias ont foncé tête baissée ; la frénésie médiatique de ces derniers jours était trop tentante : il s’agit bien sûr d’Emmanuel Macron et du couple qu’il forme avec Brigitte Trogneux, de 24 ans son aînée (et parfois, d’ailleurs, qualifiée de « cougar »).

Réapparaît alors l’idée qu’un couple dans lequel la femme bien plus âgée pose problème. « Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, de vingt-quatre ans son aînée, n’ont pas à rougir : il y a de plus en plus de couples dans lesquels monsieur est plus jeune », lit-on ainsi dans Le Télégramme.

Macron partout, donc, même si l’étude de l’INSEE montre précisément que la différence d’âge dans son couple n’a rien de représentatif. Aucun article ne vient rappeler que François Hollande a 18 ans de plus que Julie Gayet, Nicolas Sarkozy 13 ans de plus que Carla Bruni, même différence d’âge entre Alain Juppé et sa femme Isabelle, 22 ans entre l’ancien ministre de l’Economie Pierre Moscovici et son épouse Anne-Michelle Bastéri – la liste est loin d’être close… Et qu’ils « n’ont pas à rougir ».

Madame Figaro relève bien que le couples « avec plus de quinze ans d’écart en faveur de Madame, à l’instar d’Emmanuel Macron et Brigitte Trogneux, (…) ne forment que 2% des couples où la femme est la plus âgée ». Ce qui n’empêchait pas de dire dès le début de l’article que l’ancien ministre de l’Économie et sa femme, Brigitte Trogneux « vont se sentir moins seuls. Les couples où l’homme est plus jeune que la femme sont plus nombreux qu’avant. »

La palme à Atlantico qui, sans qu’il y ait évidemment le moindre lien de cause à effet, va jusqu’à s’interroger : « Serait-ce le deuxième effet Macron ? » (Ouest-France posait la même question en titre avant de le modifier). L’effet Macron c’est dans la presse.

 

 

 

1 commenter

flo 3 septembre 2016 - 09:47

Le Monde note que « cougar » n’a pas d’équivalent masculin… sauf que « cougar » EST un nom commun masculin ! détourné, argotisé, féminisé et donc péjoratif pour la circonstance. Je propose d »appeler Hollande « la » panthère. Non ?

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