Accueil Médias New York Times : Jill Abramson, trop ‘pushy’ pour être directrice ?

New York Times : Jill Abramson, trop ‘pushy’ pour être directrice ?

par Arnaud Bihel

AbramsonLa directrice de la rédaction du New York Times a été poussée vers la sortie. Victime d’une réputation d’« autoritaire » et « arriviste ». Parce qu’elle est une femme ?


 

Elles étaient deux femmes directrices de grands journaux. Elles ont toutes deux quitté leur poste le même jour, mercredi 14 mai. Natalie Nougayrède, qui avait pris les commandes de la rédaction du Monde en février 2013, a démissionné. Jill Abramson a été remerciée. En juin 2011 elle était devenue la première directrice de la rédaction en 160 ans d’histoire du prestigieux New York Times. En France comme aux Etats-Unis, les femmes occupent moins de 10% des postes de directions stratégiques dans la presse.

Inégalité salariale ?

Dans les deux cas, leur départ résulte de tensions avec la rédaction, et avec le propriétaire du titre. Mais si la démission de Natalie Nougayrède n’est pas vraiment une surprise, de profonds désaccords ayant éclaté ces derniers jours au sein du quotidien, l’éviction de Jill Abramson a fait l’effet d’une bombe.

Si elle a été ainsi débarquée, c’est peut-être parce qu’elle s’était plainte, tout récemment, d’inégalité salariale. C’est la raison que met en avant le journaliste du New Yorker Ken Auletta : « Il y a quelques semaines, elle a découvert que son salaire et ses pensions de retraite étaient considérablement inférieures » à celles de l’homme qu’elle avait remplacé, Bill Keller. Et qu’à son poste précédent son adjoint, un homme, gagnait plus qu’elle. Elle s’en était donc plainte auprès de ses supérieurs.

Avait-elle raison ou tort sur ce point ? Les témoignages recueillis par le journaliste du New Yorker divergent. Quoi qu’il en soit, la complainte de Jill Abramson n’a pas arrangé les relations déjà tendues qu’elle avait avec le propriétaire du quotidien, Arthur Sulzberger.

« Bossy », « pushy »

Au-delà de cette affaire salariale, Jill Abramson était régulièrement critiquée ces derniers temps. L’aurait-elle autant été si elle n’avait pas été une femme ? La question est posée par plusieurs observateurs aux Etats-Unis. Elle se voyait en effet reprocher son caractère « bossy », autoritaire. Autre qualificatif qui lui était régulièrement accolé : « pushy », arriviste. Un adjectif « indéniablement genré » qui « renvoie aux profonds problèmes auxquels les femmes sont confrontées dès qu’elles insistent pour quelque chose », analyse Ruchika Tulshyan dans le magazine Forbes.

Et c’est justement le reproche récurrent associé aux femmes. Une forme de sexisme langagier que dénonce une campagne lancée récemment par des femmes leaders (Voir : Ni « bossy » ni « bitch » les femmes de pouvoir).

Dans le magazine Salon, Daniel D’Addario conclut : « Reste à voir dans quelle mesure le nouveau directeur de la rédaction [Dean] Baquet sera ‘pushy’, et si cela sera considéré comme de la détermination et de la force ».

 

Photo : Jill Abramson le 2 juin 2011 lors de sa prise de fonction au New York Times. Par John Niedermeyer sur Flickr

 

 

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1 commenter

flo 15 mai 2014 - 13:37

Etre une femme devient vraiment compliqué… j’ai l’impression que des millions d’yeux et d’oreilles nous épient, nous jugent, nous qualifient, nous matent, nous jaugent… ras le bol !

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